Je n’avais pas encore cité de poème de Jacques Prévert. Celui-ci est très connu. Il a même été mis en musique. Les enfants des écoles l’apprennent fréquemment. Voici « Chanson pour les enfants l’hiver ».
Je n’avais pas encore cité de poème de Jacques Prévert. Celui-ci est très connu. Il a même été mis en musique. Les enfants des écoles l’apprennent fréquemment. Voici « Chanson pour les enfants l’hiver ».
« Tout ce qui m’entoure est tout ce qui s’en va. J’en deviens l’ombre. Contre l’argile du chemin, cette tache. Ce peu de sombre. »
Alain Freixe, Comme des pas qui s’éloignent,
L’Amourier, Coaraze, 1999.
Je connais mal la poésie étrangère. Mes études ne me l’ont guère introduite. Pourtant, lorsque, parcourant les rayonnages de la bibliothèque municipale, je suis tombé sur le nom de Hugo von Hofmannsthal, ce nom ne m’était pas inconnu. Je l’avais rencontré à plusieurs reprises sous la plume de Jean-Michel Maulpoix, notamment comme exergue du Voyageur à son retour, ainsi que sous celle de Jean-Yves Masson, spécialiste de cet auteur. Il s’agissait d’un tout petit ouvrage, joliment composé, portant un beau titre : Un rêve de haute magie. Il n’en fallait pas davantage pour que je l’empruntasse…
Journal
Meuh-cieux Mad-âme
L’horreur de la nature
Bétail qui clochait
Dans les flaches télévisées
Vache folle c’est terminé
Pouvez manger
Cieux d’âme
Valérie Rouzeau, Neige rien, Éditions Unes, 2000, p. 29.
On m’a plusieurs fois demandé de proposer des titres d’ouvrages à lire, qui permettraient aux lecteurs de s’instruire et de se cultiver, sans pour autant que la lecture cesse d’être un plaisir et un divertissement. Permettez-moi donc de vous rassurer d’emblée : la littérature française n’a rien d’ennuyeux ! Je commence aujourd’hui avec quelques titres. N’hésitez pas, bien entendu, à en proposer d’autres en commentaires.
« Réactionnaire, la poésie ? » C’est la question, un rien impertinente, que se pose Jean-Claude Pinson, poète, essayiste et philosophe, dans une « carte blanche » publiée dans la revue Secousse. Ce grand penseur de la poésie contemporaine livre une réflexion très stimulante, où il revient notamment sur la notion, fondamentale pour lui, de « pastorale ». Plus modestement, je voudrais ici simplement montrer en quoi cette question permet de mieux comprendre la poésie d’aujourd’hui.
Continuer à lire La poésie : réactionnaire ou révolutionnaire ?
L’an 2000 imaginé par Marguerite Duras. Article « reblogué » à partir de « Lire, dit-elle ».
Continuer à lire Reblogué : Quand Marguerite Duras fait de la science-fiction…
Je vous recommande d’aller sur le blog « Lire, dit-elle », pour jouer à un petit jeu fort amusant : saurez-vous reconnaître plusieurs écrivains célèbres à travers leurs portraits d’enfants ? J’en ai trouvé certains, mais pas tous…
► https://lireditelle.wordpress.com/2017/11/19/portraits-denfants/
Patrick Quillier, poète, professeur de Littérature comparée à l’Université de Nice, a récemment publié sur Facebook une « Litanie pour les morts du Bataclan ». Difficile de parler d’un tel sujet, si douloureux, encore à la mémoire de tous. Le poète livre pourtant un poème sublime, d’une très grande sincérité. C’est un magnifique hommage aux victimes des attentats : digne et sobre, élégant et pudique, solennel et chaleureux à la fois. Impossible de ne pas vous en parler.
Continuer à lire L’hommage épique de Patrick Quillier aux morts du Bataclan
Je vous avais annoncé la tenue d’un séminaire universitaire sur « la poésie comme entretien ». Celui-ci a eu lieu mardi et mercredi derniers, au premier étage de la bibliothèque Henri Bosco, à la faculté des lettres de Nice. Voici un compte-rendu de la deuxième journée de ce colloque, la seule à laquelle j’ai pu participer.
Un internaute a récemment atterri sur ce blog en posant à son moteur de recherche une question fort intéressante : « Pourquoi les poètes contemporains sont-ils difficiles ? » Merci beaucoup, donc, à cet inconnu, car il me fournit le sujet de cet article. Je crois que c’est en effet une question qui mérite d’être posée, et qui mérite surtout des réponses.
Continuer à lire Pourquoi les poètes contemporains sont-ils difficiles ?
C’est une platitude que d’affirmer que l’Iliade et l’Odyssée sont des textes admirables. L’influence des épopées homériques sur la littérature et sur la pensée occidentale fut immense. Plus de deux mille cinq cent ans après, elles conservent un intérêt de premier plan. Que serait Joyce, le génial auteur de Ulysses, sans Homère ? Peut-on omettre, lorsqu’on s’intéresse à la poésie d’un Philippe Jaccottet, sa belle traduction de l’Odyssée ? Rappelons encore qu’une poète contemporaine comme Marie-Claire Bancquart puise abondamment dans les mythes antiques. Faire passer ces textes à des enfants est passionnant. Voici comment je m’y suis pris.
Continuer à lire Comment j’enseigne l’Iliade et l’Odyssée à mes élèves
On me pose aujourd’hui la question suivante : « Quel fut le rôle d’Arthur Rimbaud dans la vie littéraire de son temps ? » Je ne suis pas spécialiste de Rimbaud, mais j’espère pouvoir apporter quelques éléments de réponse…
Continuer à lire Arthur Rimbaud dans la vie littéraire de son temps
Voici un poème que j’avais écrit en décembre 2011.
En ce premier jour de novembre, où nous fêtons la Toussaint, l’ironie de Verlaine nous fera peut-être du bien. Voici donc le poème intitulé « L’enterrement », souvent présenté à tort comme faisant partie des Poèmes saturniens.
« Je ne sais rien de gai comme un enterrement !
Le fossoyeur qui chante et sa pioche qui brille,
La cloche, au loin, dans l’air, lançant son svelte trille,
Le prêtre en blanc surplis, qui prie allègrement,
L’enfant de chœur avec sa voix fraîche de fille,
Et quand, au fond du trou, bien chaud, douillettement,
S’installe le cercueil, le mol éboulement
De la terre, édredon du défunt, heureux drille,
Tout cela me paraît charmant, en vérité !
Et puis, tout rondelets, sous leur frac écourté,
Les croque-morts au nez rougi par les pourboires,
Et puis les beaux discours concis, mais pleins de sens,
Et puis, cœurs élargis, fronts où flotte une gloire,
Les héritiers resplendissants ! »
Et nos premières paroles seraient confuses, troublés que nous serions de nous avoir trouvés, et maladroits seraient nos premiers gestes ; nous nous dirions bonjour peut-être, sans vraiment oser nous regarder, je vous dirais mademoiselle, vous me répondriez monsieur, et cette conversation de quelques secondes nous hanterait pour le reste de la journée. Et c’est alors que, chacun de notre côté, après avoir un temps lutté pour n’y plus penser, nous chercherions à nous retrouver. Que ferions-nous ensuite ? Voilà ce que j’ignore, et qu’il faudra que j’explore avec vous. Nos conversations seront une confirmation. Je les imagine d’abord timides, puis s’enhardissant peu à peu, jusqu’à devenir un dialogue intarissable, qui se prolongerait de rires et de chants, lors de longues promenades qui s’éterniseraient jusqu’au soir. Et alors, quand les murmures du jour seraient taris, nous nous tairions à notre tour, et poursuivrions en silence. Où que nos pas nous aient menés, nous y resterions un instant, tout incrédules encore, un peu gênés, et ne sachant soudain que dire. Peut-être à ce moment que l’un de nous, incapable de supporter tant d’émotion en un jour, par une parole vite regrettée, briserait le charme, et, nous rappelant soudain à la réalité, nous prendrions congé. Rendus à notre solitude, nous revivrions alors cette journée en pensée, avec ce seul désir : nous revoir. Le souvenir habitant chaque pensée, nos sentiments naissants se fortifieraient. Nous attendrions, avec ce trouble dans le regard qu’ont les amoureux, et qui leur fait un air niais. Il y aurait sans doute alors quelque chose comme un coup de téléphone, un courrier, un prétexte pour nous retrouver. Puis viendrait l’excitation des préparatifs, l’hésitation sur la tenue à porter – ni trop simple, ni trop coquette –, la coiffure, le parfum, tous ces apprêtements pour une fois réalisés sans lassitude mais au contraire avec envie et application, dans l’attente du coup de sonnette qui signerait le moment de la rencontre. Bien évidemment, la précipitation aidant, il y aurait une maladresse, un vêtement mal boutonné, un pied ayant trébuché, ou que sais-je, et nous ririons, je vous rattraperais, vous tomberiez, enfin, dans mes bras, et ce serait le moment, jamais anticipé, du premier baiser. Vous vous en doutez, nous le ferions durer.
Gabriel Grossi
30 décembre 2016
Ecouter ce poème :
Version audio générée par IA.
La question tourne actuellement sur les réseaux sociaux. Afin d’aider les nombreux élèves et étudiants chargés de composer des dissertations, j’ai décidé de publier ce rapide aide-mémoire, issu de mes propres cours quand j’enseignais en licence de lettres modernes. Je traiterai donc uniquement de la dissertation littéraire, mais de nombreuses remarques valent aussi, mutatis mutandis, pour la dissertation en histoire ou encore en philosophie.
S’il est une œuvre poétique que l’on peut dire méditative, c’est bien celle de Philippe Jaccottet. Celui-ci nous parle de « promenades sous les arbres », de « pensées sous les nuages », il nous rapporte des « éléments d’un songe », il décrit des « paysages avec figures absentes »… Pendant des années, il a noté ses pensées dans des carnets publiés sous le titre de Semaison. On a l’impression, en lisant Jaccottet, qu’il n’y a nulle frontière entre le travail d’écriture et la tentative d’y voir plus clair dans l’existence, ou, pour le dire autrement, entre l’homme et l’écrivain. C’est ainsi que certains poèmes de Pensées sous les nuages font référence à la méditation bouddhiste.
Continuer à lire Poésie et contemplation : Philippe Jaccottet
Il était Grec mais vivait en Égypte, et c’est pourquoi ces deux pays se sont récemment unis pour organiser un colloque sur son œuvre, qui a eu lieu du 15 au 17 octobre 2017 au Caire et à Alexandrie. Si je vous en parle, c’est d’abord pour vous présenter Constantin Cavafy, et c’est ensuite pour signaler l’existence de ce colloque qui a réuni les deux rives de la Méditerranée pour lui rendre hommage.
« La contradiction entre la neige et la neige
atteint
son apogée dans ce qui sépare l’être
de l’être.
C’est en s’inspirant de la pénurie
d’affirmations
que toute chose évite de donner dans le faux.
Ce que le poète commente
est essentiellement
la négation qui le révèle à soi-même. »
François Jacqmin, Le Livre de la neige,
éditions de la Différence, p. 82.