Archives pour la catégorie Poésie

« Tous-Solo » de Dimitri Porcu

C’est avec des mots simples, proches de la langue orale quotidienne, que Dimitri Porcu, poète franco-sarde âgé de quarante-quatre ans, développe une expérience à la fois personnelle et collective, une expérience de l’existence entre ciel et mer, entre père et mère, entre légèreté et engagement, dans un recueil intitulé Tous-Solo.

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Olivier Barbarant et la poésie

Je vous proposais, il y a quelques jours, d’écouter une conférence de Jean-Yves Masson, qui consistait en un « état des lieux » de la poésie contemporaine, à l’occasion des Journées de Lagrasse. Aujourd’hui, je rends compte d’une autre de ces conférences, à savoir celle d’Olivier Barbarant.

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« Son corps d’ombre » de Marilyne Bertoncini

Un univers onirique, peuplé de miroirs et d’ombres, abrite la douleur du deuil. Il y a la souffrance, la blessure, le cri, mais aussi la contemplation du réel tel qu’il est, dans l’effacement des marques personnelles. Des images se télescopent, à l’instar des collages de Ghislaine Lejard qui font face à chaque poème. De la réalité, Marilyne Bertoncini ne retient que quelques détails saillants, recomposés sous un jour mythique : Orion, Ariane, Eurydice apportent le surplomb du mythe au détail quotidien. Le point commun qui relie les poèmes est la mort, cet autre monde si près du nôtre, la perte d’êtres chers qui se laisse deviner sans pathos aucun, et le surcroît de lumière sur les choses et les êtres qu’apporte leur fragilité. Un très beau livre, pudique et lumineux, « au pays de la mort ».

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Il est loisible de tirer profit des hasards du calendrier pour trouver notre citation du jour. Or, il y a 246 ans aujourd’hui, les États-Unis déclaraient leur indépendance vis-à-vis du Royaume-Uni. Je vous propose donc aujourd’hui un poème sur l’Amérique, avec cet extrait d’un poème de Louis Fréchette, auteur d’une épopée de l’Amérique intitulée La Légende d’un peuple.

« Amérique ! — salut à toi, beau sol natal !
Toi, la reine et l’orgueil du ciel occidental !
Toi qui, comme Vénus, montas du sein de l’onde,
Et du poids de ta conque équilibras le monde ! »

Louis Fréchette, « L’Amérique », La Légende d’un peuple, Librairie Beauchemin, 1908, Poésies choisies, 1 (p.15-23).

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« Le Lion et le Moucheron » de Jean de La Fontaine

Cela faisait longtemps que je n’avais pas proposé d’article portant sur le XVIIe siècle. Or, aujourd’hui même, les collégiens composaient, à l’occasion du Brevet 2022, à partir d’une fable de La Fontaine, intitulée Le Lion et le Moucheron. Profitons de ce prétexte pour combler cette lacune, et lisons ensemble ce poème. Il s’agit de la neuvième fable du livre II des Fables.

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« Myrtos mon amour » de Béatrice Bonhomme

« Myrtos mon amour, t’emporter partout où je suis ton sourire et dépasser l’absence, les rideaux verts voguent un bateau amarré sur le bord de ces rochers.
Cette absence toujours à supporter. Je ne sais plus qui je suis. Tu m’as quittée. Depuis cet instant je ne suis plus moi. Ce soir dans la rue, les autres, d’autres gens, d’autres visages. Rien de commun entre eux et moi. Le sentiment d’appartenir à un autre monde.
Le manque, une déchirure qui n’en finit plus d’arracher un à un les lambeaux du passé comme s’il fallait arracher la mémoire.
[…]
Des maisons face à la mer, des façades où nous aurions pu vivre, tout ce en quoi je ne crois plus, une plaie toujours ouverte sur le mal de toi, tu es manque constant, certitude absolue
je t’aime, j’accepte cet amour, je t’accepte, dans la douleur et la joie, pauvre absence perdue dans les pierres de Myrtos, sur le chemin brûlant de quelques ruines. »

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La poésie contemporaine par Jean-Yves Masson

Je viens d’écouter une passionnante conférence, prononcée par Jean-Yves Masson, professeur de Littérature française à l’Université de la Sorbonne, spécialiste de littérature comparée, éditeur et traducteur de poésie, et lui-même poète. Cette conférence a été donnée le 27 mai 2022, dans le cadre du « Banquet de printemps » de Lagrasse.

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La grenouille de Desnos

Robert Desnos doit sans doute une bonne part se sa renommée au fait que certains de ses poèmes, aisément accessibles, sont devenus des classiques des récitations d’école. Il n’est guère de Français qui n’ait eu à apprendre l’un de ses poèmes. Comme La Fontaine avant lui, il met en scène un univers animal censé séduire les enfants : fourmi de dix-huit mètres, oiseau du Colorado, et j’en passe. Mais il ne faudrait pas croire pour autant à une « poésie pour enfants ». La fable est bien le lieu où peut s’exprimer, sous des dehors agréables, une pensée très profonde. Exemple avec « La grenouille aux souliers percés ».

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Jean-Michel Maulpoix au micro d’Inter

Jeudi 9 juin dernier, le poète contemporain Jean-Michel Maulpoix, lauréat du Goncourt de poésie 2022 pour l’ensemble de son œuvre, était l’invité d’Augustin Trapenard dans l’émission radiophonique Boomerang. Le site de France Inter permet de réécouter ce passionnant entretien, dont j’espère qu’il demeurera longtemps disponible en ligne.

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« Le vin du solitaire » de Charles Baudelaire

Si j’ai choisi de vous parler aujourd’hui de ce poème, c’est qu’il fait partie de ma liste des poèmes les moins connus des Fleurs du Mal. En effet, je me suis amusé à compter le nombre de résultats proposés par Google pour chacun des poèmes du célèbre recueil. Il semblerait ainsi que ce sonnet ne fasse pas partie des plus fréquemment évoqués. Sa lecture ne manque pourtant pas d’intérêt.

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Citation du jour : Dimitri Porcu

"Dans la gorge du poète

Les mots douceurs
Les mots piaillés
Les mots cris
Les mots du vent
Au-dessus des immeubles
Les mots-Oiseaux
Planent
Au-dessus des prisons
Au-dessus des ravages
Au-dessus des Hommes en pleurs"

Dimitri Porcu, Tous-Solo, Editions de l’Aigrette, 2022, p. 23.


« En coupant mes oranges ce matin
le monde s’est ouvert en deux
dans un nouveau sens »

Laurence Vielle, Zébuth ou l’histoire ceinte, suivi de l’Imparfait,
Bruxelles, Communauté française de Belgique,
coll. « Espace Nord », 2022, p. 135

Les « Vers de rage » de Stephen Blanchard

La place des poètes n’est pas dans une tour d’ivoire mais bien au cœur de la Cité, à cet endroit même d’où Platon, en son temps, avait voulu l’exclure. Aède, barde, trouvère, griot : le poète parle au nom d’une collectivité à laquelle il donne voix. Aussi le poète a-t-il, autant que le journaliste, le droit d’évoquer l’actualité. C’est bien elle qui est au cœur du vingt-quatrième ouvrage de Stephen Blanchard, Vers de rage, paru aux éditions France Libris.

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Jean-Michel Maulpoix reçoit le Goncourt de poésie 2022

Je viens d’apprendre, grâce à une publication du Mercure de France sur les réseaux sociaux, une nouvelle extrêmement réjouissante : Jean-Michel Maulpoix vient de recevoir le prix Goncourt de poésie Robert Sabatier 2022 pour l’ensemble de son œuvre.

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« Rue des fleurs » de Jean-Michel Maulpoix

À quelle autre adresse un poète pourrait-il rêver d’habiter ? Pour Jean-Michel Maulpoix, le poète habite Rue des fleurs. Quelques années après Boulevard des Capucines, ce nouveau titre suggère à lui seul tout un univers, urbain et campagnard à la fois. Promenons-nous, à notre tour, le long de cette rue des fleurs…

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« Des fois il est tard le silence est quand même là après le travail alors
on comprend soudain combien c’est dérisoire et presque rien d’aimer
ça va passer quelqu’un s’en va comme toujours en marge
le vrai bonheur on sait pas trop quoi vraiment
un geste un visage on n’a pas le temps même
quand c’est présent moment de désespoir anodin petit détail
vif qu’on a vu feuillage dans un jardin parisien le travail
c’est pas fini
peut-être pas bien fait ça continue le vrai bonheur est là »

James Sacré, Figures qui bougent un peu, Paris, Gallimard, coll. « Poésie », 1978, rééd. 2016, p. 62.

L’homme au visage de chanvre et de cuir

Imaginez un être de paille planté dans un champ. Il ne rêve que d’une chose : s’animer et prendre vie. Ce poème, à mi-chemin entre Pinocchio et le Magicien d’Oz, rapporte une invocation aux forces de la nuit, jusqu’à ce que l’homme au visage de chanvre et de cuir prenne vie. Il a été écrit en 2011, à l’occasion d’un atelier d’écriture à la Fac de Lettres de Nice, portant sur le thème de l’épouvantail.

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Miroir : mon premier poème

Je vous propose aujourd’hui de (re)découvrir mon tout premier poème. Composé en 1998, à l’âge de 11 ans, ce poème a aujourd’hui près d’un quart de siècle, ce qui ne me rajeunit pas ! En voici une version vidéo, bercé par le ressac méditerranéen.

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« Rue des fleurs
L’adresse a du charme…
J’en imagine tant d’autres du même genre
Dans des villes qui n’existent pas »

Jean-Michel Maulpoix, Rue des fleurs, Paris, Mercure de France, 2022, p. 73.

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