Archives pour la catégorie Poésie

« L’éphémère » sera le thème du Printemps des Poètes 2022

Le thème du prochain Printemps des Poètes est désormais connu : il s’agit de « l’éphémère ». Un très beau mot, qui parle à la fois de fragilité et de fugacité, à l’image de ces insectes dont la vie adulte ne dure que quelques heures.

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Est-ce abîmer un poème que de le commenter ?

C’est une idée que l’on entend parfois ici ou là, à propos de poésie : parler de poésie serait presque illégitime, au sens où le poème devrait se suffire à lui-même. Toute tentative d’explication ou de commentaire est alors présentée, au mieux comme une perte de temps, au pis comme une sorte d’atteinte à la sacralité du poème.

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« Marcher sur les trottoirs, sauter dans les flaques d’eau où la lumière du ciel se reflète, souiller le cuir de nos brodequins, comme on le faisait enfant, dans la boue, cela vaut bien le miracle de marcher sur les eaux. C’est un aussi sûr paradis. »

Yves Leclair, « Parfums et aromates »,
dans Orient intime, Paris, Gallimard, coll. « L’Arpenteur », 2010, p. 82.

Qu’il en soit ainsi

Il y a des moments où le cœur se contracte. On ne saurait sans ingratitude se dire malheureux. C’est juste que, par instants, la tristesse refait surface. Ce n’est pas quelque chose d’insurmontable. Il s’y mêle, malgré tout, de la tendresse. Cela arrive parfois par surprise. Une douleur qui, par moments, se rappelle à toi de façon plus insistante. Elle n’est jamais totalement absente, en arrière-plan, jouant discrètement quelques fausses notes dans la partition de ta vie. C’est là : quelque chose avec laquelle il faut composer. Ce n’est pas que tu sois triste en permanence. C’est comme ça : un état de fait auquel on ne peut rien changer. Cela se rappelle parfois à toi à un moment où tu ne t’y attendais pas, te laissant alors dépourvu pour y faire face. Cela ne te submerge pas longtemps : tu vis avec, faisant ton bonhomme de chemin, avançant dans la vie. Tu ne te débrouilles pas trop mal, justement parce que tu sais que, ayant vécu cela, cette perte-là, les autres problèmes de la vie sont, en comparaison, dérisoires. Alors, tu savoures la beauté de chaque instant avec plus d’intensité peut-être que tu sais combien ils sont précieux, ces instants de vie, dans la lumière et l’amour de ceux qui restent, tu sais que tu n’es pas seul et qu’il sera toujours là.

Cela s’estompe heureusement pendant les longues plages de soleil. Là, tu nages dans la lumière. Tes pas te portent auprès de l’eau : là où la mer se fait folle écume à l’assaut du ciel, là où le ruisseau se divise en fines cascades qui ruissellent sur les rochers, là où l’étang reflète l’immobilité des saules. Là, tu respires à pleins poumons, et s’estompe toute différence entre toi et le rocher, l’arbre, la flaque et même la mer. Il n’y a que la sensation du vent sur le visage, du soleil sur la peau, et le chant de l’eau, des feuilles et des oiseaux. Tu sais l’amour de ceux qui partagent cet instant avec toi, dans la transparence des coeurs si chère à Rousseau, cette simplicité chaleureuse et vraie, cette légèreté de chant d’oiseau. Il n’y a plus que le printemps. Joie.

Gabriel Grossi, mai 2021.

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« il est assis
il a les genoux pliés
il voit le monde
il voit des fleurs de trèfle blanches
il voit un toit de tuiles rouges
il voit un carré de ciel gris
il ne voit pas le monde
il est le monde à lui tout seul
[…] »

Jacques DARRAS, « Position du poème », L’indiscipline de l’eau,
Paris, Gallimard, coll. « Poésie », 2015, p. 19.

Les ruines d’Aspremont

Village : espace où le temps
Cesse de courir. C'est la fontaine
D'un ancien lavoir, qui coule
Pour rien ou personne. C'est l'ocre
D'un mur enduit à la chaux, de lourdes
Pierres sèches, d'étroites ruelles qui
S'enroulent autour d'un platane ou d'un
Marronnier.

Rien ne bouge dans la tiédeur du printemps,
Sinon l'ombre parfois d'un chat paresseux.

Le regard s'accroche aux nombreux détails
Que le temps a laissés là, puis s'envole dans
L'infini paysage qui s'étend tout autour,
Savourant la possibilité d'embrasser enfin le
Monde.

Car là, tout en bas, s'écoule le grand fleuve,
Celui qui s'abreuve aux plus hautes cimes,
Et dont les eaux grises serpentent sur leur lit
De galets. On devine encore longtemps la route
De ses eaux sombres qui se poursuit dans la mer.

Au-dessus, c'est tout un dégradé de collines
Et de montagnes, de sommets abrupts perdus dans
La brume, dont le vert se teinte progressivement
D'un énigmatique violet, avant que se devinent,
Tout en haut, les dernières arêtes de neige.

Le sentier continue de grimper sous le soleil,
Étroite ligne de cailloux parmi les cystes et
Les bouquets de thym qui embaument dès qu'on les
Effleure. L'ombre des chênes verts se fait
De plus en plus rare et les derniers mètres
Tiennent presque de l'escalade.

On arrive enfin aux ruines : quelques murs épais
Dessinent ce qu'il reste d'une chapelle, tandis
Que se dresse une grande arche au-dessus du
Vide, porte ouverte sur le rien, sinon le
Temps, lointaine époque d'un village perché sur
Ces hautes cimes. Vertige du vide qui entoure
L'arche de pierres sèches, alliance du ciel et de
La terre.

Gabriel Grossi, mai 2021.

La poésie n’est-elle qu’un jeu avec les mots ?

Je constate aujourd’hui que quelqu’un a « atterri » sur ce blog avec cette question, issue d’un sujet de dissertation : « Pensez-vous que la poésie n’est qu’un jeu avec (sur) les mots et le langage ? » J’ai pensé que cela pourrait faire l’objet de la réflexion du jour. Il me semble en effet qu’une telle question est au cœur des enjeux de ce blog, et qu’elle est susceptible d’intéresser bien au-delà d’un public étudiant. Cela permet aussi d’insérer quelques billets plus théoriques et transversaux, parmi les nombreux articles monographiques. Si cela peut, en outre, donner matière à réflexion à des élèves et des étudiants, tant mieux…

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La vie commune d’Alain et Marie-Claire Bancquart

Elle, c’est Marie-Claire Bancquart, l’une des grandes voix de la poésie française contemporaine, décédée en 2019. Lui, c’est Alain Bancquart, l’un des grands compositeurs de ce siècle, et, donc, le mari de la première. Il a publié en 2020 Il y a trace de nous, aux éditions Delatour, ouvrage qui revient sur près de soixante-huit ans de vie commune.

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Des poèmes sur la ville

La « fréquentation des villes énormes » est, depuis Baudelaire, une source d’inspiration féconde pour les poètes. C’est bien en elle, en effet, que réside la modernité, avec tout ce qu’elle suppose de mouvement, de vitesse, d’innovations en tous genres… Les villes d’aujourd’hui sont grouillantes, trépidantes, tentaculaires. Elles prennent toujours plus de place, dans nos vies concrètes comme dans notre imaginaire. Je me souviens avoir lu dans un article, il y a de ça quelques années, que l’univers urbain avait tendance à monopoliser le paysage télévisuel, et que l’on trouvait de moins en moins de films et de séries dont l’action se situe dans la nature. On s’en doute, la ville apparaît chez les poètes autant comme un idéal que comme un repoussoir. Et cela, dès La Fontaine…

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« Ce sont d’abord de petits coups frappés silencieusement
dans la nuit contre le sac de peau : un minuscule bonhomme invisible qui remue dans le ventre de sa mère, la chair déjà toute
pleine de songes…

Un jour, on entend au loin le bruit de galop du cœur : quelqu’un, très vite, qui se rapproche à la vitesse du sang dans les veines, depuis longtemps déjà en chemin par des couloirs obscurs…

Puis cette image floue, sur l’écran, d’une ombre grise qui palpite, serre un poing, remue la jambe, et parfois ouvre la bouche : essaierait-elle déjà de dire quelque chose ? »

Jean-Michel Maulpoix, « Proses pour Adrien », Journal d’un enfant sage,
Paris, Mercure de France, 2010, p. 111.

Mort du poète Bernard Noël

Le poète Bernard Noël est décédé hier à l’âge de quatre-vingt-dix ans, quelque temps après Philippe Jaccottet. C’est dire que les grandes voix du vingtième siècle s’éteignent peu à peu… Aussi importe-t-il, pour lui rendre hommage, de présenter sa poésie.

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Le sommet

Texte personnel

Parvenu, au terme d’une longue promenade, sur quelque sommet d’où contempler le monde, tu changes de perspective. En bas, tu vois cet entrelacs insensé de routes et de rues dont la rumeur ne te parvient plus. Tu considères les empilements d’immeubles, les alignements de villas, les successions de bâtiments qui proliféreraient à l’infini s’ils n’étaient arrêtés, au loin, par la ligne bleue du littoral. Tu observes les avions qui décollent et atterrissent dans un ballet incessant. Voici donc ce que font les petits hommes. Ils se démènent, s’agitent, courent, souffrent beaucoup et jouissent un peu, recommençant chaque jour les mêmes gestes frénétiques, les mêmes mouvements désordonnés, obnubilés qu’ils sont par leurs désirs, leurs peines, leurs soucis, malmenés par la peur de mourir au point qu’ils feraient n’importe quoi pour y échapper, y compris et surtout cela même qui les précipite pourtant vers leur propre destruction. Tous ces gestes auxquels ils donnent de l’importance, tous ces impératifs parés de la plus haute urgence, apparaissent enfin, vus d’en haut, comme une vaine agitation. Ils ne font qu’étaler du gris face à la mer qui les ignore, quand les eaux turquoise des alluvions fluviales se mêlent au bleu sombre de l’horizon.

Au-dessus de tout cela, dans la clarté du ciel, planent quatre rapaces paisibles. Leur envergure paraît plus importante que celle d’une simple buse. Leur vol lent autour du soleil, leurs amples mouvements dans le vent, circonscrivent le temps. Étrangers à l’agitation des hommes, ils appartiennent au ciel et aux montagnes, à toute cette immense étendue silencieuse que tu découvres en te retournant, jusqu’aux hauts sommets de neige qui découpent, là-bas, au-delà des premières lignes de crête, leur blancheur immaculée.

Gabriel Grossi, mercredi 14 avril 2021.

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Baudelaire : « La Fontaine de sang »

Il ne vous aura pas échappé que nous fêtons cette année le deux-centième anniversaire de Charles Baudelaire. Aussi ai-je l’intention de publier régulièrement des articles destinés à mieux faire connaître ce grand poète, en puisant parmi la matière offerte par les Fleurs du Mal ou encore les Petits Poèmes en prose. Aujourd’hui, je vous propose de découvrir un poème qui ne fait pas partie des plus souvent cités, intitulé « La Fontaine de sang ».

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Lecture de poèmes de Jean-Michel Maulpoix

Quoi de mieux, en ces temps d’enfermement, que de s’évader par la lecture ? Profitons de cette période où nous sommes fréquemment à la maison pour lire de la poésie, et pour découvrir des poètes contemporains. Aujourd’hui, je voudrais vous lire quelques poèmes extraits d’Une histoire de bleu, le plus célèbre recueil de Jean-Michel Maulpoix.

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Bicentenaire de Baudelaire

Le 9 avril, Charles Baudelaire fêtera ses deux-cents ans. Impossible, n’est-ce pas, de ne pas y consacrer un article ! Baudelaire reste, cent soixante-quatre ans après la publication des Fleurs du Mal, le père de la poésie moderne. Aussi nombreuses qu’aient été les évolutions de la poésie après lui, Charles Baudelaire reste considéré comme le tournant majeur de la poésie de ces deux derniers siècles, comme celui qui a fait entrer la poésie dans la modernité. Il est, pour Michel Jarrety, un « point de départ » (1). Petit parcours dans la poésie baudelairienne…

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« L’éveil de Pâques » de Verhaeren

En ce lundi de Pâques, je vous propose la lecture d’un poème d’Émile Verhaeren, intitulé L’éveil de Pâques. Il est publié dans la troisième série de Poèmes parue au Mercure de France, qui rassemble les recueils Les Villages illusoires, Les Apparus dans mes chemins et Les Vignes de ma muraille. C’est dans ce dernier ensemble que l’on trouvera le sonnet de L’éveil de Pâques.

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Le surréalisme après le surréalisme

On me demande aujourd’hui quelle est l’influence du surréalisme dans la poésie d’aujourd’hui, et plus précisément s’il se trouve encore des poètes pour revendiquer l’écriture automatique. C’est une question intéressante, bien trop vaste pour faire l’objet d’une réponse complète dans le cadre d’un simple article de blog, mais à laquelle je vais tâcher de répondre de mon mieux, sachant que je ne suis pas spécialiste du surréalisme.

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Connaissez-vous René Depestre ?

De René Depestre, poète haïtien né en 1926, je ne connaissais que le texte liminaire de Minerai noir, magnifique poème qui utilise la métaphore minière pour condamner l’esclavage et la traite négrière. J’ai voulu en connaître davantage, et c’est pourquoi je me suis procuré un petit recueil, paru en 2019 chez Points, qui rassemble dans un même ouvrage Minerai noir (1956), Au matin de la négritude (1990), Anthologie personnelle (1993) et Un été indien de la parole (2002).

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« Je m’abandonne à la rêverie. J’attends la retombée des apparences, la chute des illusions. Le moi se dégonfle comme une chambre à air se libère. Petit vaniteux qui cherche à se faire décorer d’une rustine. Je m’offre, j’enlève mes peaux, je me découvre, je ne suis qu’orbes dans l’air. Je retrouve le chemin, celui de la fumée. »

Yves Leclair, Manuel de contemplation en montagne, Paris, La Table Ronde, 2005, p. 96.