Le soleil déjà
Dans les fentes des volets
Quand s’ouvrent les yeux
Le soleil déjà
Dans les fentes des volets
Quand s’ouvrent les yeux
« Les pâles amoureux cherchent les frais avrils,
Le lent vieillard s’attarde aux douceurs de l’automne ;
Juillet, lourd aux faucheurs, mois grave où le ciel tonne,
Mois des blés d’or, c’est toi qu’aiment les cœurs virils !
Car la terre, oubliant les rêves puérils
De sa virginité qu’un bruit de source étonne,
Ne connaît pas encor ce sanglot monotone
Que traîne, aux premiers froids, son veuvage en périls.
Majestueuse épouse aux vêtements superbes,
Elle offre à tous vivants le lait mûr de ses gerbes ;
C’est la nourrice active et rebelle au sommeil :
La nuit brève s’étoile en admirant sa gloire,
Et de son sein gonflé par l’amour du Soleil
S’exhale, en longs parfums, l’orgueil de la victoire ! »
Georges Lafenestre, « Juillet »,
Le Parnasse contemporain : Recueil de vers nouveaux,
Alphonse Lemerre [Slatkine Reprints], 1876, III. 1876 (p. 214).
Via Wikisource.
Difficile de présenter un poète sans être trop scolaire, de donner un aperçu de la diversité de sa poésie sans être trop long, et si possible de donner envie de le lire. Aujourd’hui, je voudrais vous présenter l’une des plus grandes voix de la poésie française contemporaine, à savoir Philippe Jaccottet. Afin d’éviter les réflexions trop magistrales, j’ai choisi la forme du dictionnaire. J’ai donc retenu quelques concepts-clefs qui me paraissent éclairer la poésie de Philippe Jaccottet.
Continuer à lire Dictionnaire Jaccottet« Mais l’admirable, ce qui avait déclenché cette impression de plénitude aussi intense et profonde qu’énigmatique, c’était la chaleur qui montait de ces chemins comme l’eût fait, à une autre saison, de la brume, chaleur couleur de terre elle aussi, parce qu’en quelque sorte tout était de terre en ces instants ; moins comme une caresse que comme une bonté silencieuse, sans nom ; sans visage et sans même un cœur. »
Philippe Jaccottet, « Couleur de terre »,
dans Œuvres complètes, Paris, Gallimard, 2014,
« Bibliothèque de la Pléiade », p. 1275.
Je vous présente aujourd’hui un poème de saison, puisqu’il s’intitule « Juin ». Ce poème fait partie des Poëmes antiques de Leconte de Lisle, recueil paru en 1852, la même année donc que les Fleurs du Mal de Baudelaire.
Continuer à lire « Juin » de Leconte de LisleIl y eut un jour une voix d’enfant. Le monde s’entrouvre puis se ferme comme une fleur de lotus. Les matins s’éclairent au-delà de la digue de rochers. La simplicité éclot comme une tache d’encre, comme une phrase où le sujet précéderait le verbe, suivi, sans surprise, de son complément. Le sourire innocent du monde luit dans les échos d’un matin sans brume. Les dieux des hiéroglyphes semblent apparaître, avec leurs soleils verts et leurs scarabées rouges, comme les ordonnateurs généreux de l’aurore. Déjà, les grands singes applaudissent bruyamment. Heure de joie entre toutes, célébrée en tous temps, non parce qu’elle symbolise naissance et renaissance – lieu commun éculé et rebattu –, mais parce que l’on prend conscience soudain d’un sourire discret du monde. C’est le prodige qui fit éclater le néant et advenir le monde. C’est l’énergie d’une voix d’enfant.
Gabriel Grossi.
Septembre 2007
« Amour. Sans cesse ce mot-là à la bouche. Ce mot de forme ronde. Si facile sous la plume. Attendrissant la langue, cautérisant la plaie. Une pommade. Un bonbon d’enfant — mais qui ne fond pas. Et tes phrases, pour le dire, se veulent telles des corps ou des peaux, avec leurs habits du dimanche, leurs parfums, leurs chapeaux, leurs colliers et leurs bagues. Rythme toujours, musique clinquante de bijoux faux. »
Jean-Michel Maulpoix, L’Instinct de ciel, Paris, Mercure de France, 2000,
réédité en « Poésie/Gallimard » à la suite de Une histoire de bleu, 2005, II-3, p. 178-181.
Si vous me parlez du recueil des Amours, je comprendrais que vous évoquiez le célèbre recueil de Ronsard paru en 1552. Le grand poète de la Pléiade y célébrait son amour pour Cassandre Salviati, une jeune fille que le poète, clerc tonsuré, ne pouvait que rêver. Dans la logique de la rubrique « Le poème d’à côté », je vous invite aujourd’hui à découvrir d’autres recueils du même titre.
Continuer à lire D’autres « Amours »
Internet offre aujourd’hui la chance de pouvoir feuilleter des extraits d’ouvrages. C’est ainsi que je viens de jeter un œil à un essai de Jean Pierrot intitulé Guillevic ou la sérénité gagnée, paru en 1984 aux éditions Champ Vallon. Un poème cité à la page 98 a retenu mon attention : il s’intitule « Recette » et se trouve dans le recueil Avec de Guillevic.
Continuer à lire La « recette » de Guillevic
Le poète français Pierre Maubé, né en 1962 en Haute-Garonne, a récemment publié sur Facebook un beau poème qu’il m’a autorisé à reproduire ici. J’aime sa simplicité et son authenticité. Et vous, qu’en pensez-vous ?
Continuer à lire Un poème de Pierre Maubé
« Cette colombe avec le peu de braise
Elle est, ciel asséché, ma brûlure
Écrite au pourtour de l’arbre puis désécrite
Afin de laisser libre
L’esprit de qui l’illusion brille au ciel »
Salah Stétié, L’autre côté brûlé du très pur,
Paris, Gallimard, nrf, p. 8.
Je viens d’apprendre via les réseaux sociaux le décès du poète Salah Stétié. Né à Beyrouth en septembre 1929, il a grandi dans une double culture arabe et française qui ne l’a jamais quitté. Son métier de diplomate comme sa pratique poétique ont fait de lui un « passeur des deux rives », pour reprendre une expression employée par Béatrice Bonhomme. Il pratique une poésie épurée, qui trouve son authenticité dans le maniement récurrent de quelques vocables élémentaires, tels « neige », « larme », « lampe », « désert », « enfant »… On peut citer, parmi ses recueils, les titres de L’autre côté brûlé du très pur, Oiseau ailé de lacs, Carnet du méditant. La revue Nu(e) a récemment fait paraître un numéro consacré à Salah Stétié.
Continuer à lire Décès du poète Salah Stétié
« Je voudrais le mot blanc d’un ciel absent qui laissât trace de demeure. Un mot qui fût le lit du jour et parvînt à la fête unanime du vent. Croisement de chances et de campagne, bourdonnement des boucles de ta tête, rosaces, rosaces en partance et applaudissement sous le pic impavide du gris de l’horizon, des mains battraient dans l’herbe parmi les arbres et la faux des grands jours, et la vertu émancipée roulerait jusques aux franges du moment. Foules prolixes et ciselées, royaume retourné, jeunesse sous l’or gris et pivot d’une aisance somptueuse, — aucun diamant n’est autre que la possession nue de l’esprit sur
le langage. »
Gabrielle Althen, Hiérarchies, Rougerie, 1988, p. 37.
Je voudrais vous présenter aujourd’hui un poème souvent présenté comme l’acte de naissance du vers libre français. Il appartient aux Illuminations d’Arthur Rimbaud, un recueil posthume où la plupart des pièces sont en prose. Dans cet ensemble, « Marine » fait partie des textes qui se distinguent par leurs fréquents allers à la ligne, lesquels interdisent de parler de prose, sans pour autant que l’on soit fondé à parler de vers au sens traditionnel de ce terme.
Continuer à lire Arthur Rimbaud : « Marine »
Je voudrais commenter aujourd’hui un poème qui m’est cher. C’est l’un des plus beaux textes de À la lumière d’hiver, un recueil publié en 1994 par Philippe Jaccottet chez Gallimard, dont un extrait se retrouve d’ailleurs cité à la fin des Pas sur la neige de Jean-Michel Maulpoix.
Continuer à lire Jaccottet : « Que descende la neige »Prière marine
À travers des chemins nuptiaux d’orangers,
Je suis venue à toi, mer Méditerranée,
Et me voici debout, face à face, étonnée
D’ouvrir sur ta splendeur mes regards étrangers.
Je voudrais aujourd’hui commenter un extrait de poème de Jean-Michel Maulpoix, qui ma séduit par son calme et sa sérénité. Vous le trouverez dans la dernière section du recueil Chutes de pluie fine, paru en 2002 aux éditions du Mercure de France. Il s’intitule « Apprentissage de la lenteur ».
Continuer à lire « Apprentissage de la lenteur » de Jean-Michel Maulpoix
« […] les mots résistaient
fixes phosphènes
du temps d’un geste
la couleur n’avait pas envahi l’image
l’image n’avait pas submergé la couleur […]
Jean-Pierre Boyer, Vue générale (détail), Le Revest-les-Eaux, Spectres familiers, 1986.
(Ouvrage non paginé.)
On vient de me proposer, via les réseaux sociaux, de présenter dix livres qui m’ont marqué. Cela m’a semblé pouvoir faire un bon sujet d’article. Ces dix livres m’ont marqué pour des raisons si différentes que l’on voudra bien ne pas voir, dans la liste qui suit, un classement ou un quelconque palmarès, mais simplement des suggestions de lecture. À vous, ensuite, de proposer vos propres ouvrages préférés dans les commentaires en bas d’article…
Continuer à lire Dix livres qui m’ont marqué
Bonjour à tous ! Je vous propose aujourd’hui un poème que je viens tout juste d’écrire. Pour une fois, il est en vers rimés. Je vous souhaite une bonne lecture !
Continuer à lire Au mois de mai (texte personnel)