Archives pour la catégorie Poésie

La rentrée en sixième

   Pendant les deux premiers mois, je fus entièrement dépaysé, et malgré l’intérêt de tant de nouveautés, il m’arrivait de regretter ma chère école du chemin des Chartreux, dont Paul me donnait chaque soir des nouvelles.

   Tout d’abord, dans cette caserne secondaire, je n’étais plus le fils de Joseph, le petit garçon que tous les maîtres tutoyaient, et qui jouait le jeudi ou le dimanche dans la cour déserte de l’école. Maintenant, j’étais à l’étranger, chez les autres.

Marcel Pagnol, Le temps des secrets (source).

Saluons dès aujourd’hui la beauté !

Chaque année, je suis très attentif aux manifestations du Printemps des Poètes. À titre personnel, d’abord, toujours heureux d’assister à de beaux moments de poésie organisés près de chez moi. À titre professionnel, ensuite, car je suis désireux de transmettre à mes élèves ma passion pour la poésie. Or, je viens d’apprendre que le thème du prochain printemps (en mars 2019, donc) sera la Beauté. Un tel thème est particulièrement réjouissant. Voici quelques réactions à chaud sur cette nouvelle, qui seront ensuite complétées par de nombreux articles tout au long de l’année.

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Quel est le plus grand poète français actuel ?

Impossible de répondre à la question que l’on me pose aujourd’hui. Il suffit de rappeler que, contrairement à des époques antérieures, la période contemporaine se signale par l’affirmation d’esthétiques individuelles plutôt que par le rassemblement des poètes en des groupes, mouvements, écoles, qui permettraient de dégager au moins des chefs de file. Aussi n’est-il possible de se laisser guider que par des préférences très subjectives.

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Tout ce qu’il faut savoir avant de lire l’Odyssée

L’Iliade et l’Odyssée sont des textes fondateurs de notre littérature. Ces récits, extrêmement anciens, content la guerre de Troie et le difficile retour du héros Ulysse en sa patrie d’Ithaque. Il s’agit là d’une lecture passionnante, mais peut-être d’un abord quelque peu difficile. Voici donc ce qu’il faut savoir avant de lire l’Odyssée.

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Poème d’une nuit d’été

Poème écrit dans le souvenir de Rimbaud,
à l’issue de soirées d’observation astronomique.

Texte personnel

Je me suis aussi baigné dans le Poème
De la Nuit, l’oeil rivé à mon télescope,
Et dans le ciel du crépuscule encore blême,
J’ai vu tous les mythes et les fables d’Esope.

J’ai cinq fois suivi le bord du grand chariot,
Et j’ai trouvé la pâle lueur polaire,
Point fixe de la grande danse stellaire,
Où tournent Hercule, Vierge et Gémeaux.

J’ai vu les perles d’astres et les nébuleuses,
Et de Rimbaud les longs figements violets,
J’ai contemplé les planètes fabuleuses,
Les étoiles filantes, les feux-follets.

Et j’ai vu les lueurs pourpres, les azurs verts,
Les bleuités célestes, les archipels sidéraux,
Que peignait Rimbaud en ses célèbres vers,
Poussières enflammées de rêves astraux.


Image d’en-tête : la nébuleuse d’Orion photographiée par Hubble (Nasa/Wikipédia)

L’origine du monde dans la mythologie islandaise

« Au commencement
Était le néant
Ni sable ni mer
Ni cieux au-dessus
N’existaient sur la terre
Seul le gouffre Ginnungagap
Dont l’herbe était absente »

L’Edda de Snorri Sturluson,
traduction de Gérard Lemarquis.

Introduction à la lecture de Rimbaud

Son influence demeure très forte sur les poètes d’aujourd’hui. Pourtant, il n’a qu’assez peu écrit, et pendant une période très brève, correspondant à une adolescence aussi intense que tumultueuse. Rimbaud est une comète, traversant de façon fulgurante le ciel de la poésie, pour la changer à jamais. Oui, sans doute, il y a un avant et un après Rimbaud. Certes, ce dernier ne fut guère connu de son temps, mais il fut admiré par les plus grands : Verlaine et Mallarmé, notamment.

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Canicule et poésie

En cet été de canicule, j’ai eu envie de partager avec vous ce poème paru dans Le Soleil en août 1911. Cette année-là, l’épisode caniculaire a également été particulièrement intense, provoquant 40 000 morts. Le site Retronews, émanation de la Bibliothèque Nationale de France, a exhumé ce poème en même temps que d’autres articles de presse parus il y a 107 ans.

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Qu’est-ce que la structure d’horizon ?

Je voudrais aujourd’hui vous parler d’un concept fort utile pour penser la poésie moderne et contemporaine. Il a été pensé par Michel Collot dans un livre paru aux éditions Puf en 1989. Il s’agit de la notion de structure d’horizon. Quelques explications s’imposent.

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Locturnes, de Jean-Michel Maulpoix :

Dans la gare éventrée comme une ruine, où le temps respire aussi mal que les foules, il attend, les yeux rivés au ciel, toujours sur le point de partir, toujours persécuté, sans coquille et sans temple. Emprisonné dans le dessin des choses, il regarde ces fils d’acier tissés entre lui et le ciel par l’araignée industrielle. Las de palper le vent pour retrouver l’espace, il est là, avec ceux qui regardent, à cause de tout ce qui est et qui jamais ne nous regarde. Trains en rafales. Le jour debout. La ville entrelardée de cris. Murailles au petit jour vers Paris hérissé de tours, de clochers et de gares. Soleil éparpillé aux quatre coins du ciel.

Jean-Michel Maulpoix, Locturnes, 1978, p. 27-28.

L’humanité claudicante chez J.-M. Maulpoix

Comme vous le savez peut-être si vous avez lu d’autres articles de ce blog, j’aime beaucoup la poésie de Jean-Michel Maulpoix. Sa prose poétique, immédiatement reconnaissable à son ampleur et à ses inflexions, développe, d’un recueil à l’autre, un lyrisme humaniste qui convient parfaitement à notre temps, dont il partage les doutes et les incertitudes, tout en laissant place aussi à l’espérance. J’aime l’authenticité de cette voix partagée entre inquiétude et apaisement. Aujourd’hui, je vous propose de découvrir un extrait de L’instinct de ciel qui m’a particulièrement plu.

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Jean-Michel Maulpoix a récemment publié Les 100 mots de la poésie. Cet ouvrage, utile à tous ceux, néophytes ou connaisseurs, qui s’intéressent à la poésie, est paru dans la fameuse collection « Que sais-je ? » fondée par Paul Angoulvent. À cette occasion, j’avais rédigé un petit billet où je disais tout le bien que je pensais de ce livre. Celui-ci vient d’être recommandé par les éditions « Que sais-je ». Qu’il me soit ici permis de les remercier de donner ainsi de l’écho à mon blog.

► Voir la page du site de la collection « Que sais-je ? » qui évoque mon blog.
► Voir mon article consacré aux 100 mots de la poésie de Jean-Michel Maulpoix.

Les nuages de Baudelaire

Baudelaire ouvre son recueil du Spleen de Paris, également intitulé Petits poèmes en prose, par un bref poème en forme de dialogue qui pose la singularité du poète, irrémédiablement étranger à toutes les conventions sociales, tout en montrant son appétit pour l’idéal, incarné par les formes vaporeuses des nuages.

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Mai 1968 vu par Patrick Quillier

Nous fêtons cette année le cinquantenaire de « Mai 1968 ». Que reste-t-il, aujourd’hui, de cet épisode de grèves et de manifestations ? Que retenir de Mai 1968 ? Historiens, philosophes, politologues, journalistes ont déjà répondu à la question. Aujourd’hui, je vous propose de découvrir un poème de Patrick Quillier qui se penche sur cette mémoire en célébrant les figures de Tristan Cabral et Jan Palach.

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Yves Bonnefoy au Collège de France en 2004 (Joumana Haddad, Wikipédia, libre de réutilisation)

« Nous mettons nos pieds nus dans l’eau du rêve,
Elle est tiède, on ne sait si c’est l’éveil
Ou si la foudre lente et calme du sommeil
Trace déjà ses signes dans des branches
Qu’une inquiétude agite, puis c’est trop sombre
Pour qu’on y reconnaisse des figures
Que ces arbres s’écartent, devant nos pas.
Nous avançons, l’eau monte à nos chevilles,
Ô rêve de la nuit, prends celui du jour
Dans tes deux mains aimantes, tourne vers toi
Son front, ses yeux, obtiens avec douceur
Que son regard se fonde au tien, plus sage,
Pour un savoir que ne déchire plus
La querelle du monde et de l’espérance,
Et qu’unité prenne et garde la vie
Dans la quiétude de l’écume, où se reflète,
Soit beauté, à nouveau, soit vérité, les mêmes
Étoiles qui s’accroissent dans le sommeil.

Yves Bonnefoy. Cité d’après le site « L’arbre à lettres ».

Article « reblogué » depuis : Nous mettons nos pieds nus dans l’eau du rêve (Yves Bonnefoy) – L’arbre à lettres

Ulysse conté par La Fontaine

Jean de La Fontaine est surtout connu pour ses fables animales, où un bref récit, mettant en scène des animaux qui parlent, donne lieu à l’exposé d’une réflexion morale. Cependant, le recueil des Fables ne se limite pas, loin s’en faut, aux quelques poèmes que l’on apprend par  cœur à l’école. Aussi aurait-on tort de penser que La Fontaine, c’est de la poésie pour enfants. Je vous propose aujourd’hui de découvrir un poème qui s’inspire de la mythologie grecque, et en particulier de l’épisode où la magicienne Circé transforme les compagnons d’Ulysse en pourceaux, pour aboutir à un poème dédicacé au duc de Bourgogne, petit-fils de Louis XIV, comme s’il s’agissait de faire son éducation en le préparant au métier de roi. Je vous laisse juger de ce poème. Ne nous présente-t-il pas un autre La Fontaine ?

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