Archives pour la catégorie Poésie

Jean-Pierre Lemaire : « L’intérieur du monde »

Né en 1948, Jean-Pierre Lemaire publie son premier recueil, Les Marges du jour, en 1981, à l’âge de trente-trois ans. En 1985, son recueil Visitation reçoit le prix Max Jacob, puis en 1999, le Grand prix de poésie de l’Académie française couronne l’ensemble de son œuvre. Sa poésie, proche du nouveau lyrisme des années quatre-vingts, est empreinte de spiritualité. Marie-Claire Bancquart le présente comme un poète « qui croi[t] au ciel et tien[t] de près à la terre » [1]. Aujourd’hui, je parcours avec vous le recueil intitulé L’intérieur du monde, paru chez Cheyne en 2002.

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Benoît Conort : « Sortir »

Le sixième recueil de Benoît Conort, intitulé Sortir, vient de paraître aux éditions Champ Vallon, onze ans après Écrire dans le noir (2006) et vingt-neuf ans après Pour une île à venir (1988). Dès que j’ai appris la nouvelle, je me suis empressé de lire l’ouvrage (hélas, en version numérique, manque de place oblige). S’y livre une parole dense, aux vers brefs, qui tente, donc, de « sortir »…

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Un poète contemporain : Benoît Conort

Auteur de cinq recueils dont plusieurs ont été couronnés par des prix, Benoît Conort est l’une des voix majeures de la poésie française contemporaine. Son ami Jean-Michel Maulpoix le classe parmi les nouveaux lyriques, aux côtés de Jean-Pierre Lemaire, Guy Goffette, James Sacré ou encore Yves Leclair. Sa poésie est fortement marquée par les thèmes du deuil et de la mort.

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La « madone » de Baudelaire

Dans les Fleurs du Mal, Baudelaire développe une poésie éprise d’idéal mais traversée par l’expérience du spleen, mélancolie des temps modernes. Dans ce contexte, la femme a un statut ambigu : si elle est un moyen d’accéder à l’idéal, dans des poèmes comme À une passante ou La Chevelure, elle se présente parfois aussi comme un être inquiétant : ainsi les « femmes damnées » sont-elles des « démons », des « monstres », des « martyres ». Dans « A une Madone », cinquante-septième poème des Fleurs du Mal, la femme est aussi une « Madone », qui possède un « rôle de Marie » : la femme à laquelle s’adresse le poète est tout autant une figure d’amante qu’une figure sacrée. Si le poème se voue à la glorification de l’être aimé, la fin du poème, séparée par un saut de vers, se révèle surprenante…

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« Chacun n’est après tout que la forme nouvelle d’une question toujours posée, et manière singulière de tenter d’y répondre aussi bien que de l’oublier, avec des jeux, des cris, des tâches, des en allées et des retours, des bains et des éclaboussures, sur la plage, en été, près du bleu qui gonfle et qui remue. »

(Jean-Michel Maulpoix, Une histoire de bleu, suivi de L’instinct de ciel,
Paris, Gallimard, coll. « Poésie », 2005, p. 148-149)

Le tableau d’à côté : Les Noces de Cana (Véronèse)

La Joconde (Wikipédia)

Vous ne pouvez pas n’être jamais tombé sur une reproduction de la Joconde de Léonard de Vinci. Ce serait, dit-on, le plus célèbre tableau du monde. Il est vrai que le sourire énigmatique de Mona Lisa a fait couler beaucoup d’encre. Et puis, le vol du tableau, retrouvé par la suite, ajoute quelque chose de rocambolesque à la toile. Eh bien, je vous propose de regarder le tableau d’à côté

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Une rose (Pixabay)

« La rose est la source
Le centre du temps
Le soleil la trousse
Pour mourir dedans.

T’as des bégonias
Plein les jambes plein
Le dessous des bras
D’autres dans les seins

Le taureau dessine
Un geste précis
Et rouge assassine
Le monde et midi »

James Sacré, Le taureau, la rose, un poème,
Cadex éditions, 1990, p. 32.

Victor Hugo : « Nuits de juin »

Un collègue — et qu’il en soit ici très chaleureusement remercié — m’a fait découvrir un beau poème de Victor Hugo. Impossible pour moi de ne pas vous en parler. Déjà, c’est un poème de saison, qui convient parfaitement en ce début juin. Ensuite, ce poème se trouve publié juste après le très célèbre « Oceano nox » (« Ô combien de marins, combien de capitaines ! ») : il se prête donc parfaitement à la rubrique « Le poème d’à côté ». Voici ce poème…

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Mon premier colloque

Aujourd’hui, j’ai décidé de vous raconter mon premier colloque. C’était en 2011, du 3 au 10 septembre. J’avais vingt-quatre ans. Il s’agissait du colloque de Cerisy-la-Salle consacré à Marie-Claire Bancquart. J’en conserve un très fort souvenir…

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Un oiseau de James Sacré

Après les escargots, après les bocaux, je vous propose aujourd’hui de découvrir un oiseau de James Sacré. Le recueil s’intitule plus exactement Un oiseau dessiné, sans titre. Et des mots. Il a été publié aux éditions Tarabuste en 1988.

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Qui est Serge Pey ?

Il vient de recevoir le Grand Prix national de Poésie, décerné par la Société des Gens de Lettres. Mais qui est donc Serge Pey ? Quelques explications…

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Les paysages de Philippe Jaccottet

Né dans les années 1920 en Suisse, Philippe Jaccottet est l’un des plus grands poètes vivants de langue française. Il s’est installé en 1953 dans le village de Grignan, en Drôme provençale, dans le Sud de la France. Il y découvre des paysages qui l’émerveillent et qui prennent une place croissante dans sa poésie. C’est à ces paysages que se consacre un petit reportage d’Arte. Ce film d’une dizaine de minutes est disponible sur le site Internet de la chaîne franco-allemande.

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Maulpoix en 20 citations

Comme vous le savez peut-être, j’aime la poésie de Jean-Michel Maulpoix. La fluidité de sa prose, la justesse de ses mots, le rythme de ses phrases m’ont particulièrement ému. Le poète a su, d’un recueil à l’autre, construire une œuvre cohérente, dotée d’une indéniable unité, et, cependant, faire preuve d’un constant renouvellement, qui rend chaque livre unique en son genre. Deux ans après la soutenance de ma thèse sur cet auteur, voici les citations qui me restent en tête

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Paul Verlaine : « Il faut, voyez-vous, nous pardonner… »

Inutile de présenter longuement Paul Verlaine, tant son nom est des plus célèbres. Inutile de rappeler sa passion pour Rimbaud. Inutile de préciser que la musicalité de ses poèmes, et leur goût pour l’impair, ont profondément marqué la modernité poétique. Et cependant, Verlaine ne me semble pas si connu que cela. En tant qu’élève puis étudiant, jamais je n’eus à étudier ses poèmes, alors que Baudelaire et Rimbaud, notamment, furent au programme de mes études. Dès lors, j’ai découvert Verlaine sans trop d’a priori. Et je demeure convaincu que c’est un immense poète. Dans la logique de la rubrique « Le poème d’à côté », je vous propose de découvrir le poème qui suit immédiatement, dans Romances sans paroles, le célèbre « Il pleure dans mon cœur ».

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D’un lyrisme oblique : Jean-Yves Masson

Écrivain, poète, professeur de littérature, éditeur, traducteur, Jean-Yves Masson, né en 1962 en Lorraine, est l’auteur d’ouvrages de poésie, notamment les Onzains de la nuit et du désir suivis des Neuvains du sommeil et de la sagesse, ainsi que de nouvelles et d’un conte, la Fée aux larmes. J’ai déjà cité plusieurs poèmes de Jean-Yves Masson, et je voudrais à présent vous présenter ses Neuvains, recueil que j’ai particulièrement apprécié.

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La phrase qui s’éveille,
aucun horizon ne la cerne,
elle respire, elle ne parle

au nom de personne,
elle met au monde,
sa voix est prête

sans crainte à se parfaire,
ne refuser que de conclure,
se donner, dire « nous ».

Pierre Dhainaut, « La phrase qui s’éveille… »
dans Nu(e), n°45, « Pierre Dhainaut », novembre 2010, p. 217.

Les bocaux de James Sacré

L’une des grandes tendances du lyrisme poétique contemporain en France est l’humilité et la modestie. Finies, donc, les grandes exclamations larmoyantes, les cris de détresse, les envolées théâtrales. Le lyrisme, ce n’est pas seulement cela. On ne peut pas se contenter, pour définir le lyrisme, de relever uniquement ses caractéristiques les plus extrêmes, sans quoi l’on n’aboutit qu’à une image très caricaturale. C’est ce dont on peut se rendre compte en parcourant le livre de James Sacré intitulé Bocaux, bonbonnes, carafes et bouteilles (comme), paru aux éditions du Castor Astral en 1986.

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Tendances de la poésie contemporaine

Difficile de parler de poésie contemporaine, et pour cause, s’agissant d’une production très récente, non encore décantée par le temps, et donc par définition foisonnante. Vastes sont ses territoires, et c’est précisément ce qui peut faire son attrait : découvrir des auteurs, forger librement son propre goût, se laisser surprendre par tel ou tel poème… Cette diversité n’empêche pas de chercher, sinon à définir, du moins à analyser la poésie d’aujourd’hui. L’une des ambitions de ce blog est précisément de mieux faire connaître cet univers qui reste largement méconnu du grand public. Aujourd’hui, je vous propose quelques tendances…

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