Enseigner l’EPS

L’enseignement de l’éducation physique et sportive (EPS) nécessite une approche pédagogique réfléchie. La didactique de l’EPS, ça ne s’invente pas, et il y a quelques principes simples dont la connaissance est indispensable. Cette page propose une synthèse efficace et sans fioritures de la didactique de l’EPS. Elle se veut utile à tous les enseignants, et n’oublie pas ceux qui passent le CRPE. L’objectif final est de favoriser l’épanouissement physique et mental des élèves à travers une pratique sportive enrichissante.

Des principes communs à toutes les activités sportives

Bien évidemment, la préparation, l’organisation, la mise en œuvre d’une séquence d’EPS dépend grandement du type d’activité physique choisie. Cependant, il y a des principes didactiques qui sont communs, quelle que soit l’activité physique.

Le sport à l’école

D’abord, il importe de noter la différence entre le sport à l’école et la pratique en club. L’école ne valorise pas outre mesure la compétition. Elle impose des activités physiques et sportives qui ne seraient pas forcément celles que l’enfant aurait choisies par lui-même pour une pratique personnelle. Le but n’est donc pas d’être le meilleur, mais de faire découvrir une activité sportive, de la faire apprécier, de faire progresser les élèves.

Aussi l’enseignant est-il en droit de modifier les règles d’un sport, afin de permettre la pratique de tous les élèves. Par exemple, il peut jouer sur la durée d’un match, sur les gestes autorisés ou non… Il n’est pas toujours facile de faire accepter ces modifications par les élèves qui ont déjà une pratique avancée de ce sport en dehors de l’école. Il faudra leur faire comprendre qu’on n’est pas en club. Si certains élèves ont envie d’aller plus loin, ils pourront poursuivre leur pratique hors de l’école.

C’est pour cette raison que l’école donne un autre nom à certains sports : on parlera de « balle ovale » plutôt que de rugby, de « jeux d’opposition » plutôt que de lutte, etc. On est dans la découverte d’un sport, et la pratique va s’adapter à ce qu’il est possible à l’école. L’enseignant doit s’adapter aux moyens et au matériel dont il dispose, à la configuration des lieux qui n’est pas toujours optimale, et au fait qu’il doit faire progresser toute une classe.

La construction d’une séquence

Pour construire une séquence d’EPS, il faut avoir à l’esprit la notion de situation de référence. C’est le moment où la pratique sportive ressemble le plus à la définition de ce sport. Par exemple, si vous enseignez le football, la situation de référence, c’est le match.

La situation de référence est proposée en début et en fin de séquence. Les enfants sont d’abord exposés à la situation de référence (le match, par exemple), et cela permet de faire émerger des difficultés. Les enfants constatent qu’ils ont du mal à faire des passes, à tirer… Cela justifie la mise en place d’ateliers qui travailleront certains gestes spécifiques. Une fois qu’on s’est bien entraînés avec ces ateliers, la situation de référence réapparaît, et l’on peut alors mesurer les progrès.

La construction d’une séance

La construction de la séance va varier selon l’activité physique et sportive proposée, mais il y a malgré tout des invariants :

  1. Un temps d’échauffement (5 à 10 min)
  2. Un temps d’ateliers tournants faisant travailler les élèves par petits groupes (10 min par atelier, soit 30 à 40 min)
  3. Un temps qui se rapproche davantage de la situation de référence (10 à 20 min)
  4. Un temps de retour au calme en fin de séance (5 min)

Avec ce schéma, vous êtes capable de construire des séances d’EPS dans à peu près toutes les disciplines sportives.

Les règles de sécurité

La sécurité des élèves est bien entendu cruciale. Il importe d’insister auprès des enfants sur certaines règles d’or : les règles de sécurité en lutte, l’interdiction de lever la crosse plus haut que le genou en hockey, l’interdiction de sortir de la zone de jeu en course d’orientation…

L’enseignant devra être particulièrement vigilant s’il connaît peu les lieux, ce qui est généralement le cas lorsqu’il est nouvellement affecté dans une école, ou s’il exerce la fonction de remplaçant. Il paraît recommandé que l’enseignant se soit déjà rendu sur place avant la première séance, même si ce n’est pas toujours possible.

L’égalité fille-garçons

Un autre point de vigilance pour l’enseignant est de veiller à ce que tous les élèves s’investissent dans toutes sortes d’activités, y compris des activités qui n’auraient pas été choisies par les élèves s’ils avaient eu le choix. La pratique de l’éducation physique et sportive confronte à des représentations stéréotypées qu’il va falloir déconstruire. Certains garçons pourront rechigner à pratiquer des sports à visée artistique comme la danse, et certaines filles pourront avoir du mal à trouver leur place sur un terrain de football dominé par des garçons qui s’entraînent en club. Il va donc falloir faire en sorte que les élèves fassent évoluer leurs mentalités en sortant de leurs préjugés, ce qui peut impliquer de leur montrer la carrière de brillants danseurs masculins ou de brillantes footballeuses féminines.

Les différentes activités sportives

Tous les sports, ou presque, peuvent avoir leur place à l’école, pourvu qu’il y ait une distinction claire entre la pratique professionnelle, en club, et la pratique scolaire, nécessairement adaptée aux exigences du contexte de l’école et aux programmes d’enseignement de l’EPS. On évitera, de fait, toutes les situations qui risquent de nuire à la sécurité ou à la santé des enfants, et on ne proposera évidemment rien d’extrême.

Il y a des activités physiques et sportives que je prends plaisir à enseigner, et ce sont elles que je présenterai ici, sans blabla. Je laisse souvent les autres sports aux intervenants qui prennent en charge certaines séances.

L’acrosport

L’acrosport est une activité gymnique collective mêlant portés acrobatiques, équilibres, enchaînements chorégraphiés et coopération. Elle se pratique en duo, trio ou en groupe (souvent 4-5), avec une dimension artistique et esthétique importante.

La situation de référence : Construire un enchaînement de plusieurs figures devant un public d’élèves. Les figures doivent être maîtrisées et s’enchaîner fluidement.

Lieu : sur la pelouse synthétique du terrain de sport (sol mou) ou, mieux, sur un tatami ou des tapis de gymnastique

Ateliers d’apprentissage : piocher dans un chapeau magique des images de figures à réaliser. Pour les figures complexes, prévoir des élèves « agents de sécurité » qui se positionnent autour et peuvent soutenir leurs camarades.

Déroulement type de la séance :
1- Echauffement
2- Exécution des postures individuelles montrées par le maître
3- Ateliers (groupes de 2 à 4 selon la séance) de reproduction de figures
4- Vers la situation de référence : passage des groupes devant les camarades

L’expression corporelle

L’expression corporelle est une activité artistique visant à utiliser le corps comme moyen d’expression, sans recherche de performance technique, mais avec une intention de communication, de création et d’émotion. Elle englobe souvent des formes comme la danse, le mime, le théâtre corporel ou l’improvisation.

Situation de référence : Produire une performance en petit groupe, montrée au reste de la classe qui agit en observateur actif, en juge bienveillant.

Déroulement-type de la séance :
1- Echauffement
2- « Les statues » : les élèves marchent et doivent, au signal, se figer dans la posture indiquée.
3- « Les démarches » : problème individuel d’expression (« marchez comme si le sol était mou », « marchez comme si vous aviez cent ans »…). Chaque élève peut avoir une réponse différente à ces problèmes.
3- « Les mimes » : par groupes de deux, les élèves miment une situation donnée (un métier, par exemple)
4- Situation de référence : le maître donne une consigne plus complexe. Les élèves s’entraînent par groupes, puis viennent montrer leur production au reste de la classe.

Le basket

J’aime bien enseigner le basket avec de petites classes où le temps de match est finalement réduit (moins de conflits entre élèves à gérer). Voici ma séance type :

1- Echauffement
2- Jeux d’adresse individuels avec le ballon (traverser le terrain avec le ballon dans la paume de la main, bras tendus ; traverser le terrain en dribblant avec les deux mains, avec une seule main, avec une main dans le dos…)
3- Jeux de passes par groupes de deux ou trois, avec rebond puis sans rebond, en cherchant à établir un nombre maximal de passes sans perte du ballon
4- Jeux de tirs au panier
5- Situation de référence : mini-match