Les bandelettes de la conjugaison

Parmi les nombreuses propositions d’activités pédagogiques qui m’ont été soumises pendant ma formation d’enseignant, j’ai été séduit par les bandelettes de la conjugaison. L’idée est de permettre aux élèves d’observer par eux-mêmes les régularités, en leur offrant la possibilité de les rendre très visuelles. Je vous explique aujourd’hui de quoi il s’agit.

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Près de la mer. Poème en prose

Lorsqu’il sent poindre en lui les assauts de la dépression, il s’en va chercher refuge près de la mer. Elle ne se lasse pas de chanter, pour lui comme pour quiconque, la même histoire de vagues et d’écume, offrant à chacun, pour rien, son spectacle de rue, ses acrobaties légères, sa danse de voiles et de tulle. Jamais elle ne refuse de donner, à qui le demande, sa vision toute féminine de l’infini. Elle est une présence qui apaise, dans le bercement du ressac et la ligne pure de l’horizon. Elle laisse, à qui veut bien les trouver, de menus lots de consolation : morceaux de verre colorés, squelettes d’oursin étoilé, fragments d’algues desséchées… Certains jours, assis sur un banc, face au vide, seul avec la mer et plus uni encore avec elle qu’un doge de Venise, il écoute sa fable mélancolique, ses plaintes caricaturales et ses cris de mouette effarouchée. Il ne lui reproche pas son emphase, non plus que ses trop longues phrases et sa grandiloquence mal placée. Il sait qu’en dépit de ses postures de cinéma, de ses airs de princesse et de son humeur fantasque, la mer est sincère. Il laisse à cette amie fidèle le soin de bercer son chagrin.

Gabriel Grossi, janvier 2021.

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Bonne année 2021 !

Chers lecteurs, je vous souhaite une bonne et heureuse année 2021. Qu’elle vous apporte le bonheur, la joie, le bien-être et la santé. C’est l’occasion de vous remercier, tous et toutes, pour la fidélité avec laquelle vous lisez ce blog. Le nombre toujours croissant de vues, d’abonnements, de commentaires est une grande source de motivation, alors que ce blog fêtera ses six ans en février prochain. Profitons-en pour revenir sur les articles de l’année 2020 qui ont été le plus consultés.

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« Neige danse vent dans les feuilles
Ce mouvement sans fin des herbes
Cette en-allée que rien ne peut rompre
Une beauté nue que la main ne peut prendre »

Laurence Chaudouët, La Grâce ou l’Oubli, Les Presses Littéraires, coll. « Florilège », 2020.
Prix de poésie 2020 « Yolaine et Stephen Blanchard »

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« Décembre » de François Coppée

François Coppée, membre de l’Académie française ainsi que de plusieurs académies régionales des sciences et des lettres, connut le succès de son vivant. Wikipédia parle à juste titre à son endroit de « poète populaire ». S’il ne vaut pas, à mon sens, un Rimbaud ou un Verlaine, ses poèmes méritent malgré tout d’être lus. Je vous propose aujourd’hui un poème de saison, précisément intitulé « Décembre ».

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« J’ai serré mon ami contre mon cœur. C’était
après la grande traversée des rêves,
et le matin pesait sur nous avec son grand secret de flamme
qui brûle à neuf le monde ancien.
J’ai dit : cette journée doit être belle,
marchons parmi les rues, sachons
saluer la lumière, fût-elle grise,
viens avec moi.
Mais il tournait son visage contre mon cœur.
Alors je dis : sachons inventer la lumière
qui est cachée dans un regard. »

Jean-Yves Masson, Onzains de la nuit et du désir,
d’après l’édition bilingue italienne Stanze della notte e del desiderio,
trad. Marco Vitale, Jaca Book, Milan, 2008,
via « Google Livres ».

« Sensation » de Rimbaud

Je vous l’accorde, il n’y a rien de très original à déclarer aimer « Sensation » de Rimbaud, dans la mesure où il s’agit de l’un de ses poèmes les plus célèbres. De fait, vous en trouverez déjà de nombreux commentaires. Aussi, je voudrais vous proposer ce soir rien de plus qu’une lecture personnelle de ces vers incontestablement sublimes.

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En lisant « Couleur de terre » de Jaccottet

Pour mes trente ans, ma grand-mère m’a offert l’édition Pléiade des Œuvres de Philippe Jaccottet. J’y ai retrouvé, bien sûr, mes poèmes préférés de Chants d’en bas, de À la lumière d’hiver et de Pensées sous les nuages. Mais j’ai également pu découvrir des textes moins connus, et en particulier celui qui conclut l’ouvrage, intitulé « Couleur de terre », initialement paru en 2008.

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Le français à l’école en images

L’enseignement est pour moi un métier passionnant. C’est pourquoi il me plaît, de temps en temps, de partager ici mes réflexions pédagogiques. Aujourd’hui, je vous propose de découvrir en images quelques unes des activités mises en place ces derniers jours.

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« Les horloges » de Verhaeren

Je voudrais vous présenter aujourd’hui un poème que je connais depuis l’enfance, puisque mon père, instituteur, avait l’habitude de l’enseigner à ses élèves, en leur proposant de chercher des variations d’intonation et des bruitages susceptibles d’en souligner le sens. J’ai ensuite redécouvert ce poème en khâgne où j’ai dû en proposer un commentaire composé. Il est du poète belge Verhaeren, et je le cite à partir de l’édition des Poèmes parue en 1895 aux éditions du Mercure de France, telle que retranscrite par Wikisource.

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Mais où est l’article zéro ?

Drôle de créature que « l’article zéro ». Il n’y a en effet rien évident au fait de donner un nom à un déterminant qui n’existe pas. En effet, il s’en faut de beaucoup que les groupes nominaux soient toujours introduits par un déterminant. La notion d’article zéro permet ainsi de nommer cette absence. Mais quels sont exactement les cas où l’on ne rencontre pas de déterminant ? Petite carte mentale pour mieux s’y retrouver…

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Une musique vieille de plusieurs milliers d’années

Le site Internet du journal suisse « Le Temps » s’est fait l’écho d’une nouvelle incroyable. L’article propose rien moins que d’écouter la plus ancienne musique du monde. Après des années de déchiffrage, les experts ont rendu possible cette prouesse consistant à jouer aujourd’hui un morceau composé il y a plusieurs milliers d’années. Je vous laisse lire l’article pour en savoir plus, et écouter le morceau.

Ronsard face à Platon

Pierre de Ronsard, par François Séraphin Delpech, v. 1825 (Source : Wikimedia commons)

Les Amours de Ronsard ne sont pas d’un abord facile pour un lecteur d’aujourd’hui, ne serait-ce que par leur langue qui diffère des usages contemporains. Les très nombreux sonnets qui le composent se lisent comme autant de variations sur un thème commun : l’amour éprouvé pour la belle Cassandre Salviati. Rien de bien romantique cependant, quand on sait que la relation est probablement restée de l’ordre du fantasme, et apparaît avant tout comme un prétexte au déploiement de la virtuosité du poète. Le lecteur d’aujourd’hui doit également s’approprier les codes du genre : références antiques, modèle pétrarquiste, métaphores conventionnelles… C’est alors que l’on peut faire la part entre le trait d’époque et ce qui appartient en propre à Ronsard. Rien de tel, pour découvrir cet univers, que de s’y plonger ! Je vous propose aujourd’hui la lecture du sonnet 82, sur lequel j’avais travaillé quand j’étais étudiant en khâgne.

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Mieux représenter les femmes poètes

Il y a quelques jours, j’ai eu le plaisir d’être contacté par la journaliste Louise Pluyaud, qui souhaitait m’interroger à propos d’un article de mon blog, « la poésie au féminin ». En effet, celle-ci préparait un article sur le prix Vénus Khoury-Ghata, destiné à mettre en lumière les poètes femmes d’aujourd’hui. Qu’elle soit chaleureusement remerciée pour cette interview. Je vous recommande son article paru sur le site de TV5-Monde.

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