Ces très purs pylônes, là haut, images fixes,
Lacèrent de stuc le marbre des corridors,
Et le lourd souvenir d’un archéoptéryx,
Gravant de mots obscurs le dais d’un météore.
Ces très purs pylônes, là haut, images fixes,
Lacèrent de stuc le marbre des corridors,
Et le lourd souvenir d’un archéoptéryx,
Gravant de mots obscurs le dais d’un météore.
— Et le Poète dit qu’aux rayons des étoiles
Tu viens chercher, la nuit, les fleurs que tu cueillis ;
Et qu’il a vu sur l’eau, couchée en ses longs voiles,
La blanche Ophélia flotter, comme un grand lys.
Arthur Rimbaud, « Ophélie », Poésies complètes,
via Wikisource.
Si vous vous êtes déjà intéressés à la pédagogie, vous avez sans doute dû tomber sur la notion de « conception erronée ». Il s’agit d’une idée fausse que l’on se fait sur quelque chose, non sans raison, souvent par généralisation abusive à partir de cas particuliers. Les phrases que l’on donne comme exemples aux élèves sont généralement choisies pour illustrer parfaitement les règles que l’on enseigne, masquant le fait que bien des occurrences révèlent que la réalité est plus complexe. Or, s’intéresser à la grammaire en tant qu’adulte, c’est précisément se confronter à la réalité de la langue telle qu’elle se parle et s’écrit, au-delà des exemples proprets des manuels. Je me propose ici d’explorer quelques-unes de ces croyances limitantes qui nous empêchent de correctement analyser les phrases.
Continuer à lire Détruisons les mythes grammaticaux
Je vais vous raconter aujourd’hui l’histoire d’un canular vraiment bien ficelé. Il n’est pas rare d’entendre, en particulier le premier jour d’avril, les histoires les plus invraisemblables. On devine, bien entendu, la jubilation de ceux qui prennent ainsi leur lecteur au piège. Pour que l’exercice soit réussi, il faut arriver à faire passer pour plausibles les choses les plus abracadabrantes. C’est ainsi que la prestigieuse collection « Écrivains de toujours » chez Seghers, qui a édité de très sérieuses monographies sur de nombreux auteurs, a consacré son centième numéro à un écrivain qui n’a jamais existé. Comment a-t-elle réussi à faire croire à son existence ?
Continuer à lire Connaissez-vous Ronceraille ?
Né en 1952 à Montbéliard, Jean-Michel Maulpoix est l’une des grandes voix de la poésie contemporaine d’aujourd’hui. Il fait partie de ces poètes qui, depuis les années quatre-vingts, entendent s’écarter d’une poésie trop expérimentale et théorique, et réhabiliter les notions de « sujet » et de « lyrisme ». Ses travaux universitaires concernent précisément cette dernière notion, explorée à travers de nombreux essais parmi lesquels La Voix d’Orphée (1989), La poésie comme l’amour (1998), Du Lyrisme (2000) et Pour un lyrisme critique (2009). Mais il ne saurait être question pour autant de revenir à des pratiques héritées du passé, notamment romantiques, parfois critiquées pour leur sentimentalisme emphatique. Alors, à quoi ressemble ce « lyrisme critique » que Jean-Michel Maulpoix cherche à défendre ? Le mieux est encore de juger sur pièce, et c’est pourquoi je vous propose de découvrir aujourd’hui « Le grand pavois », qui est la section centrale de Une histoire de bleu.
Continuer à lire « Le grand pavois » de Jean-Michel Maulpoix
« Ils ont dit en s’aimant
Un jour tu aimeras
Un jour tu voudras mourir d’amour
Et devenir pierre veinée
Pierre où coule le bleu du ciel
Comme une jetée vers la mer. »
Béatrice Bonhomme, Les Boxeurs de l’absurde,
Fourmagnac, L’étoile des limites, 2020, p. 94.
Je vous propose aujourd’hui de détailler l’analyse grammaticale d’une phrase. Le but est de montrer que cette analyse procède par groupes de mots, tant il est vrai qu’une phrase n’est pas simplement une juxtaposition de mots, mais s’apparente bien plutôt à une structure gigogne, où les mots et les groupes de mots s’emboîtent les uns dans les autres.
Continuer à lire « Ils étaient verts de peur »: analyse grammaticale
Si l’on en croit le nombre de résultats trouvés par Google, « Les Tentations, ou Éros, Plutus et la Gloire » seraient, de tous les Petits Poèmes en prose, le moins connu, du moins celui dont on parle le moins sur Internet. C’est pourquoi j’ai choisi de vous parler aujourd’hui de ce poème.
Continuer à lire "Les Tentations" de Baudelaire
« Présidente du Prix Louise Labé, il me revient le devoir de vous annoncer qu’afin de ne pas subir le mal de la « coronisation », les lauréates du Prix Louise Labé 2019 n’auront pas été couronnées le jour dit mais le sont très officiellement bien que virtuellement encore. Nos félicitations vont aussi aux éditeurs qui sont d’une certaine manière le deuxième personnage d’un couple dont nous connaissons les bonheurs et les difficultés.
Continuer à lire Communiqué de Claudine Helft
« Du haut de ces pyramides, vingt siècles vous contemplent. » C’est ce qu’aurait dit Napoléon en contemplant ces monuments classés parmi les merveilles du monde antique, témoignant ainsi de l’extrême épaisseur temporelle des cultures, de leur inscription dans une histoire. Que la culture d’un individu, et même celle d’un peuple, aussi générales qu’elles puissent être, semblent dérisoires par rapport à la culture des cultures, au temps des cultures ! Et comme celui-ci est à son tour ridiculisé par l’immensité à peine pensable du « Grand Récit », aux échelles astronomique et géologique, de l’univers depuis sa formation !
Continuer à lire Temps de la culture, temps des cultures
Clément Janequin (ou Jannequin) était un compositeur français du XVIe siècle, notamment connu pour ses chansons. J’apprends l’une d’entre elles dans le cadre de la chorale dont je fais partie. Et comme j’aime bien comprendre ce que je chante, j’ai fait quelques recherches lexicales. Il me semble, à vue d’œil, que la langue employée est du moyen français.
Continuer à lire « Au joly jeu » de Clément Janequin
« Horas ne numerem nisi serenas. »
Cette citation latine est inscrite au frontispice du lycée Masséna, à Nice. Elle signifie : « Puissent n’être comptées pour moi que les heures sereines. »
Dans ce contexte pandémique, les écoles françaises, comme celles d’un grand nombre de pays du monde, ont été fermées au public, et les enseignants doivent assurer une certaine continuité pédagogique. Dans un souci de partage, je vais utiliser cet article, régulièrement mis à jour, pour diffuser les supports que j’ai moi-même créés, afin d’aider les collègues. Évidemment, j’utiliserai aussi des contenus préexistants glanés ici ou là, si bien que ce que vous trouverez ci-dessous ne constituera pas la totalité de ce que j’enverrai à mes élèves.
Continuer à lire Continuité pédagogique: mes supports
Cela était prévisible. Dans toute la France, les manifestations et événements de ces prochains jours seront, pour la plupart, reportés ou annulés. Le « festival Poët Poët », organisé chaque année dans le sillage du Printemps des Poètes, n’échappera pas à la règle. Les organisateurs en ont récemment fait l’annonce sur Facebook. Je mesure toute la déception qui doit être la leur, au vu de l’immense travail effectué pendant près d’un an pour organiser ce festival, qui était censé se dérouler sur plusieurs communes des Alpes-Maritimes, et réunir un nombre considérable d’artistes.
Adapter un roman au théâtre n’a rien d’évident. Un bon roman ne fait pas nécessairement une bonne pièce de théâtre. La compagnie « Les Collectionneurs » a pourtant réussi son pari en représentant sur scène Le Petit Chose d’Alphonse Daudet. J’ai assisté au spectacle qui avait lieu samedi soir au théâtre du Rouret (Alpes-Maritimes). Voici mes impressions.
Continuer à lire « Le Petit Chose » sur scèneLes cloches sonnent au loin. La journée se termine. Le temps est enfin venu où il ne s’agit plus de faire, de se presser, de réussir ou d’échouer. On dépose ses affaires, on range son manteau. Dehors, on entend encore le grand mouvement du vent. Mais dedans, tout est calme à présent. Le silence se répand comme un baume sur les choses. On s’emmitoufle dans son petit univers : un bon livre sous un plaid épais, la contemplation des flammes de la cheminée, peut-être un bain chaud, un carreau de chocolat. Les cloches sonnent au loin. La journée est passée. Demain, il faudra à nouveau avancer, agir, travailler, courir, circuler. Mais pour l’instant, on savoure de n’avoir plus rien à faire. On laisse son fardeau à la porte. Les cloches sonnent au loin. L’heure n’est plus de penser, de prévoir, de réfléchir, de calculer. La journée est passée. On écoute les cloches sonner.
Gabriel Grossi, 02/03/2020.
C’est un ouvrage méditatif et crépusculaire que Le jour venu, dernier ouvrage de Jean-Michel Maulpoix, une suite de proses sur laquelle plane l’ombre omniprésente de la mort, où dialoguent angoisse et désir, violence et résignation, douceur et douleur.
Continuer à lire « Le jour venu » de Jean-Michel Maulpoix

Michel Eyquem, plus connu sous le nom de Montaigne, n’était pas seulement le grand penseur des Essais : il était aussi un voyageur. Le site « Bibliofeel » nous présente son journal de voyage. Un livre dont l’édition elle-même a été une aventure, puisque le manuscrit a été perdu puis retrouvé. J’ai trouvé cette présentation très claire et très intéressante, et c’est pourquoi je me fais un plaisir de vous la recommander.
Continuer à lire Reblogué : le journal de voyage de Montaigne
En ce dernier jour de vacances scolaires, je souhaiterais vous présenter en images quelques uns des dispositifs que j’ai dernièrement mis en place dans ma classe de CM1. Ayant cette année en charge la conjugaison et le vocabulaire, je voulais vous parler des collectes verbales et des fleurs lexicales.
Continuer à lire Collectes verbales et fleurs lexicales
Le Printemps des Poètes approche. Comme chaque année, un peu partout en France, de très nombreuses manifestions viendront mettre un peu de poésie dans nos vies. Pour ma part, je suis chaque année le festival organisé par la compagnie « Une petite voix m’a dit » dans les Alpes-Maritimes. De Mouans-Sartoux à Saorge en passant par Nice et La Gaude, ce festival se tient aux quatre coins du département, pour le plus grand bonheur des petits comme des grands.
Continuer à lire Poët en vue !