« Je ne pourrai jamais envoyer l’Amour par la fenêtre. »
Arthur Rimbaud, Illuminations, « Phrases » (Wikisource).
« Je ne pourrai jamais envoyer l’Amour par la fenêtre. »
Arthur Rimbaud, Illuminations, « Phrases » (Wikisource).
« Les mots me viennent par vagues. Ils voudraient dire des choses que je ne maîtrise pas. Ils tâtonnent, ils palpent le vide et tout à coup s’enfièvrent pour une image qu’ils ont prise pour la vérité. Je m’y abandonne aux courants de lumière et de vent. À vrai dire, j’y cherche tes lèvres. »
Jean-Michel Maulpoix, L’instinct de ciel, Paris, Mercure de France,
rééd. 2005, Paris, Gallimard, coll. « Poésie », III-5.
« Oui, oui, c’est vrai, j’ai vu la mort au travail
[…] tout près de moi, sur moi, j’en donne acte à mes deux yeux, adjugé ! Sur la douleur, on en aurait trop long à dire. Mais quelque chose n’est pas entamé par ce couteau ou se referme après son coup comme l’eau derrière la barque. »
Philippe Jaccottet, À la lumière d’hiver,
dans Œuvres complètes, Paris, Gallimard, « Pléiade », p. 574.
« O voyageur, la terre, hélas ! est découverte.
Plus d’île vierge encor d’ombre et de pas humains.
Mais prends le grain d’avoine ou bien la feuille verte
Et tu verras s’ouvrir l’inconnu des chemins. »
Alexandre ARNOUX, CVII quatrains, éd. Jacques Haumont,
cité par G. Rouger & R. France, Nouvelle anthologie poétique, Paris, Nathan, 1953, p. 226.
« NOËL ! paix dans les cieux ! paix à l’enfer dompté !
Paix sur la terre, aux cœurs de bonne volonté !
Premier chaînon d’amour de l’insoluble chaîne
Qui joint la terre au ciel, l’ange à la race humaine !
Mystère, enivrement, pardon, trêve à nos maux,
Pitié pour les enfants, respect des animaux !! »
Alfred Busquet, La Nuit de Noël (poèmes), Christmas Carol, Librairie nouvelle, 1861,
via Wikisource.
« Si tu crois qu’aux enfants seuls siéent les songes je te dirai ce retour d’images brèves qui font d’une vie une éternelle saison qui nous frôle et n’en finit pas d’interroger les forêtsOn lâche seulement sur le tard des mots neufs enfermés comme des copeaux légers dans des larmes avides d’épaules »
Barbara Auzou.
Ce beau poème, intitulé « Prolégomènes IV », se lit (presque) d’un seul souffle. Il est à lire sur le blog de Barbara Auzou, dont le titre très durassien est Lire, dit-elle. Allez-y voir !
« Tourné attentivement vers ce qui apaise,
je me suis résolu à la nuit intacte,
mes sens se sont écoulés de moi
et le cœur indiciblement en est multiplié. »
Rainer Maria Rilke, Poèmes à la nuit,
Verdier, Lagrasse, 1994, p. 61.
Traduction de Gabrielle Althen et Jean-Yves Masson.
« Sur une plage vide d’après l’été, je nous imagine. Ton petit chien renifle les vagues. Tu portes sur la tête un bonnet rayé et tu marches à la lisière des eaux. On dirait que le sable tremble, cette minute est trop importante. Les mouettes se sont tues dans un battement d’aile. Le crabe aux yeux éteints s’est souvenu de quelque chose. La plage croule et je m’écarte pour écouter ces drôles d’histoires que les enfants égrènent au sortir de l’école. »
Jean-Michel Maulpoix, Locturnes, Lettres Nouvelles, 1978, p. 49-50.
« À cause de la joie qui me vient de ses yeux j’ai grande peine et tendresse aussi d’aller parmi la solitude
Fleuves nuages rutabagas les visages passent le temps poudroie
Grâce au songe de lui je ne suis plus quand je suis seule seule dans la rue […] »
Valérie Rouzeau, Va où,
Le temps qu’il fait, 2002, p. 120.
« Laissez-le vivre ainsi sans lui faire de mal !
Laissez-le s’en aller ; c’est un rêveur qui passe ;
C’est une âme angélique ouverte sur l’espace,
Qui porte en elle un ciel de printemps auroral. »
Émile Nelligan, « Un poète »
« Puisqu’elle va de vous à moi, sans être vue,
Et fait en l’air son nid comme sur une plante,
Cherchons-la, sans bouger, dans cette nuit tremblante,
Puisque le moindre bruit, lorsqu’il dure, la tue. »
Jules Supervielle, « L’Ame », Les Amis inconnus
« Mon vieux Paillon
Pourtant
malgré tout ce qu’ils t’ont fait
un soir après sept jours de pluie
comme l’Achéron ou le Styx
tu surgis du monde souterrain«
Daniel BIGA, Stations du Chemin, Le Dé bleu, 1990,
cité dans l’anthologie Poésie francophone éditée par le CRDP de Nice,
sous-titrée Les poètes d’ici vous invitent à lire les poètes d’ailleurs.
ciel clair
ces deux jours quasi d’été de suite
après les pluies
avec encore devant
la chaleur
le bleu d’enfance dès six heures« cette glycine
un bonheur »c’est vrai
Antoine Émaz, « Non 3 (2.05.99) »,
dans Ras, Saint-Benoît-du-Sault (Indre), Tarabuste, 2001, p. 21.
« L’invisible est une affaire d’oreille. »
Salah Stétié, L’oreille du mur, Robert et Lydie Dutrou éditeurs.
« Les vers sont faits pour être donnés, et qu’en échange, on vous donne quelque chose qui ressemble à de l’amour. »
Pierre MICHON, Rimbaud le fils, d’après une conférence radiophonique de Jean-Michel MAULPOIX, http://www.maulpoix.net/Obs2007.htm, consulté en octobre 2013.
Questionnant une touffe de violettes découverte en déplaçant du bois. C’est comme si un homme très voûté lisait un livre à même le sol. Les apparitions. C’est de cela que se nourrit la poésie : des prémices. Grâce à elle, il y a moins de répétitions, bien qu’elle dise toujours à peu près la même chose.
Philippe Jaccottet, « Notes », Le Nouveau Recueil, n°50, mars-juin 1999, p. 66.
Comme, de Robert Desnos

[…] Poème, je ne vous demande pas l’aumône,
Je vous la fais.
Poème, je ne vous demande pas l’heure qu’il est,
Je vous la donne.
Poème, je ne vous demande pas si vous allez bien,
Cela se devine.
Poème, poème, je vous demande un peu…
Je vous demande un peu d’or pour être heureux avec celle que j’aime.
Robert Desnos, « Comme », Fortunes, 1942.
« A nous qui devenons muets à force de communiquer, le théâtre vient rappeler que parler est un drame ; à nous qui perdons la joie de notre langue, le théâtre vient rappeler que la pensée est en chair ; à nous, pris dans le rêve de l’histoire mécanique, il montre que la mémoire respire et que le temps renaît. »
Valère Novarina, Pendant la matière, Paris, P.O.L, 1991, p. 9.
« On entre au théâtre non pour voir des hommes une fois de plus, mais pour vivre au présent d’apparition, assister pour la première fois au spectacle de la transfiguration humaine. »
Valère Novarina, Pendant la matière, Paris, P.O.L, 1991, p. 7.
L’année prend fin —
toujours le même chapeau
les mêmes sandales de paille !
Matsuo Bashô,
in Corinne Atlan & Zéno Bianu,
Anthologie du poème court japonais,
Poésie/Gallimard, 2002-2017, p. 165.