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« Parmi les citronniers
affleuraient les traces
des labyrinthes
ici
l’eau
n’altérait le son
ni le hasard
quand se fractionnait
la réponse
naquit
la légende
ou une autre
lecture
des cités
des masques d’or
qui sommeillent »

Esther Tellermann, Un versant l’autre, Paris, Flammarion, 2019,
via « Google Livres ».


« Pleure comme si la rivière était entrée en toi
disent les gens de l’eau
Et laisse ta voix derrière toi pour mieux t’écouter par temps de pluie »

Vénus Khoury-Ghata, Gens de l’eau,
Paris, Mercure de France, 2018,
via « Google Livres ».

Parcours dans les « citations du jour »

De temps en temps, entre deux articles plus longs, j’aime à proposer quelques citations qui m’ont intéressé, séduit ou amusé, généralement puisées dans le vaste corpus de la poésie. Je voudrais aujourd’hui jeter un regard rétrospectif sur ces diverses citations…

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« 

« Tu t’imagines parfois sous la dalle de ta propre tombe, mains jointes sur la poitrine, écoutant le bois craquer, ou tendant l’oreille à travers la pierre vers des chants d’oiseaux, guettant un pas sur le gravier, sans souffrance, sans fébrilité, ne voulant et n’espérant rien, n’étant plus que cette attention presque aussi calme qu’un sommeil, tournée vers le dehors comme vers une musique, une pensée venue se substituer à ce qui naguère agitait ton cœur. Il t’arrive ainsi de rêver que ta propre vie se retire toute au-dehors de toi, ne laissant subsister qu’une oreille, un sourire sur un visage triste, ou quelques larmes silencieuses. Comme déjà les personnes très vieilles, tassées au fond de leur fauteuil, regardent s’en aller le monde tel un grand fleuve poussant ses eaux. »

Jean-Michel Maulpoix, L’instinct de ciel, II-7,
dans Une histoire de bleu, suivi de L’instinct de ciel,
Paris, Gallimard, coll. « Poésie », 2005, pp. 193-194.


« Les pâles amoureux cherchent les frais avrils,
Le lent vieillard s’attarde aux douceurs de l’automne ;
Juillet, lourd aux faucheurs, mois grave où le ciel tonne,
Mois des blés d’or, c’est toi qu’aiment les cœurs virils !

Car la terre, oubliant les rêves puérils
De sa virginité qu’un bruit de source étonne,
Ne connaît pas encor ce sanglot monotone
Que traîne, aux premiers froids, son veuvage en périls.

Majestueuse épouse aux vêtements superbes,
Elle offre à tous vivants le lait mûr de ses gerbes ;
C’est la nourrice active et rebelle au sommeil :

La nuit brève s’étoile en admirant sa gloire,
Et de son sein gonflé par l’amour du Soleil
S’exhale, en longs parfums, l’orgueil de la victoire ! »

Georges Lafenestre, « Juillet »,
Le Parnasse contemporain : Recueil de vers nouveaux,
Alphonse Lemerre [Slatkine Reprints], 1876, III. 1876 (p. 214).
Via Wikisource.

« Mais l’admirable, ce qui avait déclenché cette impression de plénitude aussi intense et profonde qu’énigmatique, c’était la chaleur qui montait de ces chemins comme l’eût fait, à une autre saison, de la brume, chaleur couleur de terre elle aussi, parce qu’en quelque sorte tout était de terre en ces instants ; moins comme une caresse que comme une bonté silencieuse, sans nom ; sans visage et sans même un cœur. »

Philippe Jaccottet, « Couleur de terre »,
dans Œuvres complètes, Paris, Gallimard, 2014,
« Bibliothèque de la Pléiade », p. 1275.

Un poème de Pierre Maubé

Le poète français Pierre Maubé, né en 1962 en Haute-Garonne, a récemment publié sur Facebook un beau poème qu’il m’a autorisé à reproduire ici. J’aime sa simplicité et son authenticité. Et vous, qu’en pensez-vous ?

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« Je voudrais le mot blanc d’un ciel absent qui laissât trace de demeure. Un mot qui fût le lit du jour et parvînt à la fête unanime du vent. Croisement de chances et de campagne, bourdonnement des boucles de ta tête, rosaces, rosaces en partance et applaudissement sous le pic impavide du gris de l’horizon, des mains battraient dans l’herbe parmi les arbres et la faux des grands jours, et la vertu émancipée roulerait jusques aux franges du moment. Foules prolixes et ciselées, royaume retourné, jeunesse sous l’or gris et pivot d’une aisance somptueuse, — aucun diamant n’est autre que la possession nue de l’esprit sur
le langage. »

Gabrielle Althen, Hiérarchies, Rougerie, 1988, p. 37.


« Humanité anecdote biologique
Ne te perds pas de vue et cultive-toi
Des poireaux calmes des pommes de terre
Des tomates sans chinoiseries
Permets que le renard emporte une poule
Une poule de temps en temps avec des plumes
Ignorante des happy technologies
Quand un lombric déroule de tout son long
Un bout de la longue chaîne élémentaire
En rose merveilleux alimentaire. »

Valérie Rouzeau, Sens averse, Paris, La Table Ronde.


« O voyageur, la terre, hélas ! est découverte.
Plus d’île vierge encor d’ombre et de pas humains.
Mais prends le grain d’avoine ou bien la feuille verte
Et tu verras s’ouvrir l’inconnu des chemins. »

Alexandre ARNOUX, CVII quatrains, éd. Jacques Haumont,
cité par G. Rouger & R. France, Nouvelle anthologie poétique, Paris, Nathan, 1953, p. 226.


« NOËL ! paix dans les cieux ! paix à l’enfer dompté !
Paix sur la terre, aux cœurs de bonne volonté !
Premier chaînon d’amour de l’insoluble chaîne
Qui joint la terre au ciel, l’ange à la race humaine !
Mystère, enivrement, pardon, trêve à nos maux,
Pitié pour les enfants, respect des animaux !! »

Alfred Busquet, La Nuit de Noël (poèmes), Christmas Carol, Librairie nouvelle, 1861,
via Wikisource.


« À cause de la joie qui me vient de ses yeux j’ai grande peine et tendresse aussi d’aller parmi la solitude

Fleuves nuages rutabagas les visages passent le temps poudroie

Grâce au songe de lui je ne suis plus quand je suis seule seule dans la rue […] »

Valérie Rouzeau, Va où,
Le temps qu’il fait, 2002, p. 120.

« Le poète est celui qui inspire bien plus qu’il n’est inspiré »

C’est une belle citation que celle qui fournit le titre de l’article d’aujourd’hui. Elle est de Paul Éluard, dans l’Évidence poétique (1939). Je l’ai trouvée dans l’excellent site lettresclassiques.fr, que, par ailleurs, je ne peux que vous recommander. Elle fera donc la matière de ma réflexion d’aujourd’hui.

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Questionnant une touffe de violettes découverte en déplaçant du bois. C’est comme si un homme très voûté lisait un livre à même le sol. Les apparitions. C’est de cela que se nourrit la poésie : des prémices. Grâce à elle, il y a moins de répétitions, bien qu’elle dise toujours à peu près la même chose.

Philippe Jaccottet, « Notes », Le Nouveau Recueil, n°50, mars-juin 1999, p. 66.