Je viens d’apprendre par Jean-Michel Maulpoix que la revue Actualitté a annoncé la parution prochaine d’une anthologie de poésie posthume de Michel Butor. Je me permets de relayer à mon tour l’information.
Né en 1952 à Montbéliard, Jean-Michel Maulpoix, poète et professeur en littérature à l’Université Paris-III Sorbonne Nouvelle, est l’auteur de plus d’une trentaine de recueils poétiques, la plupart composés dans une prose ample et rythmée où il décrit la situation précaire de l’homme contemporain, tout en cherchant à dépasser l’inquiétude et à tendre vers une forme de sérénité. Son recueil le plus connu, Une histoire de bleu, publié en 1992 au Mercure de France et réédité en 2005 chez Gallimard, s’ouvre par un très beau poème. Lecture.
« Et les propos qui me sont les plus chers, c’est entre guillemets que je devrais les écrire ; ils ne m’appartiennent pas. Je ne suis personne ; ma tête bourdonne de la rumeur des livres. L’amour et la mort sont imprononçables. »
Jean-Michel Maulpoix, Les abeilles de l’invisible,
Seyssel, Champ-Vallon, IX, p. 95.
« Je ne crois pas que soit de poésie vraie qui ne cherche aujourd’hui, et ne veuille chercher jusqu’au dernier souffle, à fonder un nouvel espoir. »
Yves Bonnefoy (1923-2016)
« A quoi bon des poètes en temps de détresse ? », demandait le poète allemand Hölderlin. Il me semble que cette puissante affirmation d’Yves Bonnefoy peut constituer un début de réponse : la « poésie vraie » est tendue vers un « nouvel espoir ». Elle ne prétend pas en posséder les clefs, elle est simplement à sa recherche, elle y travaille « jusqu’au dernier souffle ». Laissons-nous donc porter par le « souffle » de la poésie…
Paris, capitale de la France, haut lieu d’histoire et de culture, a inspiré maints poètes, et ce, à différentes époques. La poète et universitaire Marie-Claire Bancquart s’est d’ailleurs attachée à étudier ce motif dans Paris des surréalistes et dans Images littéraires de Paris fin de siècle. Plus modestement, je vous propose aujourd’hui de découvrir quelques poèmes dont Paris est le sujet principal.
Des vagues (KIMsookhyun, Pixabay, libre de réutilisation)
« Il écoute respirer la mer.
Il ne se lasse pas de la regarder, comme on fixe un être endormi, ou le sourire d’un visage peint, comme on regarde obstinément quelque chose que l’on ne voit pas, qui est là cependant. La mer, derrière la mer, dont il ne saurait jamais que les commencements, les plages et les rumeurs, même lorsqu’il quitterait le rivage et partirait se perdre au large, enfin seul avec soi, avec elle, plus que jamais séparé pourtant, ne pouvant espérer la rejoindre autrement qu’en se perdant en elle, dans la défaillance d’un naufrage qui ressemble à l’amour, les poumons pleins de sel, son corps stupide tout gonflé d’eau, flottant comme un paquet avant le repas silencieux des poissons et des crabes. »
Jean-Michel Maulpoix, Portraits d’un éphémère,
Paris, Mercure de France, 1990, II-2, p. 24.
« En été, le soir, sous les parasols rouges de la terrasse, comme sur le pont d’un grand navire, loin dans les tiédeurs de la mer. »
Jean-Michel Maulpoix, Une histoire de bleu (1992),
dans Une histoire de bleu, suivi de l’Instinct de ciel,
Paris, Gallimard, 2005, coll. « Poésie », p. 43.
On peut lire sur le site En attendant Nadeau un intéressant entretien de Jean-Michel Maulpoix, interrogé par Gérard Noiret. Le poète y présente la notion, centrale dans sa pensée, de « lyrisme critique », tout en revenant sur son propre positionnement dans le champ de la poésie contemporaine et sur la situation de la poésie aujourd’hui.
Jean-Michel Maulpoix a récemment fait paraître un essai aux éditions José Corti, intitulé La poésie a mauvais genre. Il y poursuit ainsi une réflexion sur la poésie entamée dès les années quatre-vingts avec La Voix d’Orphée. Quelques mots sur cet ouvrage que je viens juste de recevoir…
Un tilleul (Véronique Pagnier, Wikimedia Commons, libre de réutilisation).
« C’est encore une averse, comme au milieu du mois de mai quand le tilleul explose et reverdit. De tous côtés des feuilles, des mains qui pianotent, des oiseaux aiguisant leur bec, et le crissement des plumes qui ne s’apaise pas. »
Jean-Michel Maulpoix, Ne cherchez plus mon coeur,
Paris, P.O.L., 1986, IV-6, p. 66.
« Il préfère à ces valises funèbres le sac à main des femmes, où il y a des mouchoirs blancs parfumés, des tubes de rouge à lèvres, de la poudre rose, une palette de bleus, un portefeuille avec des photos d’enfants qui se baignent au bord de la mer, un petit miroir et des lettres chiffonnées. Il voudrait se glisser dans cette féerie et se laisser aller au roulis de leurs hanches. Curieux de leur parfum et de leurs amours, il voudrait prendre la température exacte de leur cœur. »
Jean-Michel Maulpoix, Portraits d’un éphémère,
Paris, Mercure de France, 1990, VIII-4, p. 90.
« Un arbre, c’est de la terre qui s’élève, se ramifie et s’épanouit vers le bleu. C’est une conversation de feuillages et de fruits entre le soleil et la mort. C’est encore une échelle où s’ajustent nos proportions et nos climats.
Le début et la fin de l’herbe sont incertains. »
Jean-Michel Maulpoix, Pas sur la neige,
Paris, Mercure de France, 2004, p. 109.
Comment parler de poésie aux enfants ? Comment faire en sorte qu’elle soit pour eux une réalité vivante, qu’ils soient susceptibles d’aimer ? Voilà des questions qui m’intéressent au plus haut point. Or, voici que le poète Jean-Michel Maulpoix vient de faire paraître, sur son site Internet, son avis sur la question. Allons-y voir…
La revue Noto se feuillette comme un vrai livre sur son site Internet. On tourne les pages d’un clic. L’un des textes que vous pourrez lire de cette manière a été écrit par Jean-Michel Maulpoix : le poète contemporain s’intéresse à Rimbaud, « le fils de Vitalie », et à ses relations avec sa mère, la mother.
« Il m’est étrange d’observer comment au fil de ce voyage j’aurai peu à peu assisté au retour de ma langue. Une couture de fils noirs dont il se pourrait bien qu’elle ait pour objet de repriser l’absence, aussi bien que de nouer l’étrange au familier. Je me suis tissé dans ces pages un léger costume de voyageur sur le retour… »
Jean-Michel Maulpoix, Le Voyageur à son retour, Le Passeur, février 2015.
Début février, paraîtra un nouveau recueil de Jean-Michel Maulpoix, intitulé Le voyageur à son retour, aux éditions Le Passeur. J’ai eu la chance de lire cet ouvrage en avant-première, dans une version inachevée, et d’en entendre une lecture publique par le poète lui-même, à l’issue de la soutenance de ma thèse consacrée à son œuvre, il y a tout juste un an.
Le lyrisme critique, également parfois appelé nouveau lyrisme, est une tendance poétique née dans les années quatre-vingts en France, ensuite théorisée notamment par Jean-Michel Maulpoix à travers des essais tels que Du Lyrisme et Pour un lyrisme critique.