Archives du mot-clé poésie contemporaine


« Je m’abandonne à la rêverie. J’attends la retombée des apparences, la chute des illusions. Le moi se dégonfle comme une chambre à air se libère. Petit vaniteux qui cherche à se faire décorer d’une rustine. Je m’offre, j’enlève mes peaux, je me découvre, je ne suis qu’orbes dans l’air. Je retrouve le chemin, celui de la fumée. »

Yves Leclair, Manuel de contemplation en montagne, Paris, La Table Ronde, 2005, p. 96.


« J’ai un camion jaune avec des ailes bleues, un volant rouge et une hélice orange. Papa dit que c’est un avion, mais je ne le crois pas. J’ai beau appuyer sur tous les boutons, il ne décolle pas. Il joue de la musique, comme mon lapin en peluche et ma vache. Moto rouge, train bleu, arbre très vert : j’habite un monde sonore et qui marche sur piles, fait de couleurs vives et d’objets simples. »

Jean-Michel Maulpoix, Journal d’un enfant sage,
Paris, Mercure de France, p. 21.


« Neige danse vent dans les feuilles
Ce mouvement sans fin des herbes
Cette en-allée que rien ne peut rompre
Une beauté nue que la main ne peut prendre »

Laurence Chaudouët, La Grâce ou l’Oubli, Les Presses Littéraires, coll. « Florilège », 2020.
Prix de poésie 2020 « Yolaine et Stephen Blanchard »

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« J’ai serré mon ami contre mon cœur. C’était
après la grande traversée des rêves,
et le matin pesait sur nous avec son grand secret de flamme
qui brûle à neuf le monde ancien.
J’ai dit : cette journée doit être belle,
marchons parmi les rues, sachons
saluer la lumière, fût-elle grise,
viens avec moi.
Mais il tournait son visage contre mon cœur.
Alors je dis : sachons inventer la lumière
qui est cachée dans un regard. »

Jean-Yves Masson, Onzains de la nuit et du désir,
d’après l’édition bilingue italienne Stanze della notte e del desiderio,
trad. Marco Vitale, Jaca Book, Milan, 2008,
via « Google Livres ».

En lisant « Couleur de terre » de Jaccottet

Pour mes trente ans, ma grand-mère m’a offert l’édition Pléiade des Œuvres de Philippe Jaccottet. J’y ai retrouvé, bien sûr, mes poèmes préférés de Chants d’en bas, de À la lumière d’hiver et de Pensées sous les nuages. Mais j’ai également pu découvrir des textes moins connus, et en particulier celui qui conclut l’ouvrage, intitulé « Couleur de terre », initialement paru en 2008.

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Mieux représenter les femmes poètes

Il y a quelques jours, j’ai eu le plaisir d’être contacté par la journaliste Louise Pluyaud, qui souhaitait m’interroger à propos d’un article de mon blog, « la poésie au féminin ». En effet, celle-ci préparait un article sur le prix Vénus Khoury-Ghata, destiné à mettre en lumière les poètes femmes d’aujourd’hui. Qu’elle soit chaleureusement remerciée pour cette interview. Je vous recommande son article paru sur le site de TV5-Monde.

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« Toussaint » de Jean-Michel Maulpoix

Né lui-même en novembre 1952, Jean-Michel Maulpoix a consacré plusieurs poèmes à cette période de l’année. Ainsi, dans Papiers froissés dans l’impatience, le poète présente-t-il ses « papiers d’identité », rappelant être né un jour d’armistice, dans ce « temps natal » qu’il évoquera à nouveau dans Pas sur la neige, en précisant qu’il est fait de « croix blanches, de drapeaux fléchis, de sonneries aux morts et de brouillards de novembre ». Une section de Ne cherchez plus mon cœur s’intitule précisément « Toussaint ». C’est également le titre d’un poème de Dans l’interstice, que je voudrais vous présenter aujourd’hui.

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« Anatomie du poète » de J.-M. Maulpoix

C’est une bien curieuse question qui ouvre le tout dernier essai de Jean-Michel Maulpoix : « De quoi est-ce donc fait, un poète ? » Par-delà sa simplicité apparente, la notion même de « poète » est bien moins anodine qu’il ne paraît : être biographique réel, mais aussi sujet d’encre et de mots, le poète est un être composite. Jean-Michel Maulpoix se fait donc anatomiste, et entreprend de disséquer cet être étrange qu’est le poète…

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Citation du jour : le cochon de Valérie Rouzeau

Je vous propose aujourd’hui de découvrir un poème de Valérie Rouzeau. Née en 1967 dans la Nièvre, elle est connue tant pour son travail de traductrice que pour son œuvre poétique, riche à ce jour de nombreux recueils. Elle a écrit des chansons pour le groupe Indochine. Son œuvre a récemment fait l’objet d’un numéro de la revue Nu(e). Le poème ci-dessous est extrait de l’un des recueils les plus récents de la poète, Sens averse, paru en 2018 aux éditions de La Table Ronde.

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« Rien n’est plus paisible que des ruines. Il y règne des rongeurs, des serpents, des hiboux. Au cœur de ce tissu d’odeurs et de présences assemblées, l’homme transporte sa prison. — Mastique, avec le sourire ! »

Pierre Perrin-Chassagne, « Les ruines »,
dans La Porte et autres poèmes,
Editions Possibles, 2018, p. 76.

Un sonnet de Sandrine Montin

Pour Laetitia et aussi pour Christophe
Pour Christophe et pour Loris
Pour Loris et Laetitia
Pour Christophe et moi

L’oiseau chanteur chantait dans le pin tous les jours
Il a réjoui mon cœur en chantant son amour
Et quel est son amour si ce n’est donc ce chant
Qui célèbre la vie le fait d’être vivant

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« Le voyageur à son retour » au format poche

Jean-Michel Maulpoix (Wikipédia)

Je viens d’apprendre par Jean-Michel Maulpoix la réédition de l’un de ses recueils au format de poche. Celle-ci sera disponible le 3 septembre 2020. Le Voyageur à son retour était initialement publié aux éditions du Passeur en 2016. Le poète en avait lu quelques extraits à l’issue de la soutenance de ma thèse sur son œuvre, en janvier 2015. Je présentais dans un article précédent ce beau recueil nostalgique, qui se distingue des autres ouvrages par la présence d’une « chambre d’échos » où d’autres voix étaient invitées à résonner avec celle du poète. Jean-Michel Maulpoix m’a fait l’honneur d’inclure la mienne sur son site Internet. Désormais, grâce à cette réédition, vous pourrez emporter ce livre partout avec vous.

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« Parmi les citronniers
affleuraient les traces
des labyrinthes
ici
l’eau
n’altérait le son
ni le hasard
quand se fractionnait
la réponse
naquit
la légende
ou une autre
lecture
des cités
des masques d’or
qui sommeillent »

Esther Tellermann, Un versant l’autre, Paris, Flammarion, 2019,
via « Google Livres ».


« Pleure comme si la rivière était entrée en toi
disent les gens de l’eau
Et laisse ta voix derrière toi pour mieux t’écouter par temps de pluie »

Vénus Khoury-Ghata, Gens de l’eau,
Paris, Mercure de France, 2018,
via « Google Livres ».

La poésie à l’honneur à Aiglun

C’est à Aiglun, dans la vallée de l’Estéron, que se tiendront prochainement des « Rencontres de paroles ». Ce village de l’arrière-pays grassois réunira ainsi de nombreux poètes et amoureux de la poésie, qui partageront leurs voix et leurs mots, dans le souvenir aussi de poètes récemment disparus, en particulier Tristan Cabral. Cet événement, co-organisé par la mairie du village et par l’association « Aigo Luno », sous la houlette de Patrick Quillier, poète et professeur à l’Université de Nice, entend montrer que « la poésie n’est jamais confinée ». Je serai moi-même présent lors de la première de ces trois journées.

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Poésie et désir

Alors même que les manifestations liées au Printemps des Poètes 2020 sur le thème du courage ont été très perturbées par la pandémie (et sans doute souvent annulées), le thème de l’édition 2021 est désormais connu : il s’agira du désir. Voici donc, dès à présent, quelques réflexions sur ce thème…

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Élitiste, la poésie contemporaine ?

C’est un fait : les ventes de poésie sont dérisoires à côté de celles du roman. Et il n’est pas rare de rencontrer des personnes qui, bien que plutôt cultivées par ailleurs, seraient bien en peine de nommer ne fût-ce qu’un seul poète vivant. Est-ce à dire que la poésie contemporaine serait trop élitiste ? C’est en tout cas le ressenti de plusieurs lecteurs de ce blog, qui m’ont témoigné de leur difficulté à réellement apprécier certains poèmes. Plutôt que de me contenter de répondre de façon personnelle, j’ai posé la question sur les réseaux sociaux, à de nombreux spécialistes et passionnés de poésie. Voici ce qu’il ressort de tout cela.

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« Hopkins forest » d’Yves Bonnefoy

Depuis les années cinquante jusqu’à sa mort en 2016, Yves Bonnefoy n’aura eu de cesse de poursuivre l’idéal d’une poésie tout à la fois simple et authentique. En 1991, il publie le très beau recueil intitulé Début et fin de la neige, où c’est avec une grande sobriété et une économie de moyens qu’il dit cette réalité insaisissable de la neige. Le poème intitulé « Hopkins forest » est précédé de deux sections où la neige apparaît tout à la fois ordinaire et extraordinaire, inscrivant la possibilité d’un émerveillement au sein même du quotidien. La troisième section, en vers libres comme les précédentes, est centrée sur un lieu, cette « forêt de Hopkins » qui semble située « entre Princeton Junction et Newark », aux États-Unis d’Amérique.

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