Un poème pour Carnaval

Des Émaux et Camées de Théophile Gautier, on ne lit en général que le fameux « Art poétique » (mais oui ! « Marbre, onyx, émail » !). Je vous invite à découvrir aujourd’hui un poème moins connu de Théophile Gautier, emprunté au même recueil, et qui est bien de saison, puisqu’il parle de Carnaval. Et, plus précisément, du Carnaval de Venise.

Venise pour le bal s’habille.
De paillettes tout étoilé,
Scintille, fourmille et babille
Le carnaval bariolé.

Arlequin, nègre par son masque,
Serpent par ses mille couleurs,
Rosse d’une note fantasque
Cassandre son souffre-douleurs.

Battant de l’aile avec sa manche,
Comme un pingouin sur un écueil,
Le blanc Pierrot, par une blanche,
Passe la tête et cligne l’œil.

Le Docteur bolonais rabâche
Avec la basse aux sons traînés ;
Polichinelle, qui se fâche,
Se trouve une croche pour nez.

Heurtant Trivelin qui se mouche
Avec un trille extravagant,
À Colombine Scaramouche
Rend son éventail ou son gant.

Sur une cadence se glisse
Un domino, ne laissant voir
Qu’un malin regard en coulisse
Aux paupières de satin noir.

Ah ! fine barbe de dentelle,
Que fait voler un souffle pur,
Cet arpège m’a dit : « C’est elle ! »
Malgré tes réseaux, j’en suis sûr,

Et j’ai reconnu, rose et fraîche,
Sous l’affreux profil de carton,
Sa lèvre au fin duvet de pêche
Et la mouche de son menton.

Théophile Gautier, « Carnaval », troisième poème des
Variations sur le Carnaval de Venise, dans Émaux et Camées,
Lemerre, 1890, Poésies, vol. III (p.15-21).

Ce poème se passe de commentaire : il montre que la poésie, souvent grave et sérieuse, sait aussi se montrer légère. Le choix d’octosyllabes est pour beaucoup dans cette impression de légèreté. On assiste ici à une sorte de défilé, ce qui explique le caractère énumératif du poème. Théophile Gautier nous présente successivement les différentes figures traditionnelles du Carnaval, qui sont aussi celles de la « Commedia dell’arte » : Pierrot, Colombine, Arlequin, Scaramouche, etc. La fin du poème permet de dépasser la simple énumération en ajoutant un élément inattendu : le fait que le poète reconnaisse la femme aimée derrière son costume. Le poème n’est ainsi pas seulement une description du Carnaval, cette dimension amoureuse lui ajoute un intérêt supplémentaire.

Ce poème peut aisément s’étudier à l’école et au collège. On pourra, pour l’adapter aux plus jeunes élèves, lui retirer éventuellement quelques strophes. Cela peut être l’occasion d’un apport culturel sur les figures traditionnelles du Carnaval italien. Et, évidemment, on pense à plein d’activités possibles en arts plastiques.

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3 commentaires sur « Un poème pour Carnaval »

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