Mario Badino est un lecteur assidu de ce blog. Cet Italien, qui habite dans les Pouilles, est lui-même blogueur, auteur d’un site nommé « Cianfrusaglia » qu’il m’arrive assez régulièrement de consulter. Ce professeur de lettres, qui enseigne en collège, est l’auteur de trois recueils de poésie, dont j’ai lu une bonne partie du plus récent, Santificare le feste (2019).
Une journée mondiale autoproclamée
Pourquoi est-ce que je vous parle aujourd’hui de Mario Badino ? Eh bien, parce qu’aujourd’hui est le jour de l’autoproclamée Giornata mondiale della Poesia badina, autrement dit « Journée mondiale de la poésie badine », et il faut comprendre l’adjectif comme dérivé du nom de l’auteur, ce qui se fait beaucoup plus facilement en italien qu’en français.
Ce simple fait suffit à me rendre Mario Badino sympathique. Je suis très heureux de voir qu’il se trouve des personnes pour prendre la poésie à la légère, pour ne pas la considérer comme une chose grave et sérieuse dont il ne faudrait parler qu’avec componction et recueillement. Comme pour faire honneur à son patronyme, Mario Badino badine avec la poésie, avec un entrain communicatif.
C’est, je trouve, une parodie très justifiée de la tendance actuelle à voir se multiplier les « journées mondiales » de ceci et de cela. Mario Badino raconte qu’il a décidé d’instaurer sa propre Journée Mondiale en ayant découvert que le 5 février était la journée mondiale du Nutella. « Si une pâte à tartiner peut avoir sa journée mondiale, pourquoi ne pourrait-il pas en être de même de mes poèmes ? » affirme Mario Badino.
C’est aussi une façon très amusante qu’a le poète de faire connaître ses ouvrages, qui tranche avec la façon généralement très sérieuse qu’ont les poètes d’introduire leurs livres de poésie. Cette autodérision fait plaisir à voir, dans un monde qui en manque sans doute cruellement, dans le milieu de la poésie, mais aussi, plus généralement, dans tous les milieux.
Un nouvelle curiosité d’intérêt mondial
Mario Badino est également très actif sur les réseaux sociaux, où il fait la promotion d’une nouvelle curiosité locale, celle du Lampione Pendente di Torre Santa Susanna. Traduction : le lampadaire penché de Torre Santa Susanna, une localité du sud de l’Italie, dans la région des Pouilles. Il s’agit d’un réverbère en apparence ordinaire, à ceci près qu’il est dangereusement incliné, et que les services de voirie n’ont à ce jour pas remédié à cette curieuse inclinaison.
Mario Badino s’emploie donc à faire connaître cette nouvelle curiosité locale, en la photographiant très régulièrement, à toute heure du jour et de la nuit, en toutes saisons, et sous tous les angles. Voilà sans doute de quoi renouveler le tourisme italien, déjà assez spécialisé en termes de monuments non verticaux. La ville de Torre Santa Susanna pourrait, selon Mario Badino, rivaliser avec Pise, grâce au Réverbère Incliné. Mario Badino espère une inscription prochaine au Patrimoine Mondial de l’Unesco.
J’aime ce genre d’humour. Un humour qui, pour une fois, ne fait de mal à personne. Il ne s’agit pas d’étriller quiconque, de se moquer, de ridiculiser qui que ce soit. Si quelqu’un en prend pour son grade, c’est Mario Badino lui-même. Un humour qui a quelque chose d’enfantin, de léger, de poétique, qui contraste nettement avec les chroniques des humoristes actuels, lesquels n’ont apparemment d’autre centre d’intérêt que l’actualité du moment, obnubilés par l’idée de nous faire rire avec ce qui n’est pas drôle.
Je ne peux pas résister au plaisir de vous montrer l’une des images de ce Réverbère Incliné, où Mario Badino brandit mon propre recueil de poèmes. C’est un hommage qui fait plaisir.

Santificare le feste
Bon, il serait temps de passer aux choses sérieuses et d’en venir à la poésie elle-même, tout de même. Je voudrais, en cette Journée Mondiale de la Poésie Badine, traduire l’un des poèmes de Mario Badino. J’en ai choisi un qui m’a plu et qui n’est pas trop long ni difficile à traduire :
« À tous les commencements.
Qu’ils se maintiennent frais,
curieux, impatients,
prompts à accepter le risque,
de l’exagération, de l’erreur.
Parce qu’il n’y a pas de choix
dans les commencements : c’est un saut
à corps perdu,
dans l’eau profonde,
dans l’inconnu et l’absolu.
Parce que cela fait mal d’entretenir
la frénésie qui meut les corps
et les gouverne.
Déguerpissent le bon sens,
le contentement insensé,
la quiétude des morts. »
Ce poème, intitulé « Inizi », se trouve à la page 88 du recueil intitulé Santificare le feste, paru en 2019 aux éditions END, sises à Gignod (Val d’Aoste).
Sur ce, je vous souhaite une joyeuse Journée Mondiale de la Poésie Badine !

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Merci beaucoup pour cet article ! C’est – celui-ci aussi – un hommage qui fait plaisir ! Et merci pour avoir traduit en français mon poème « Inizi » ! Je vais partager cet article un peu partout… 😊 Buona Giornata mondiale della poesia badina à tout le monde !
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Merci !
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Très belle découverte !
Merci !
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Grazie per il reblog
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