Ça slame solidaire à Grasse

Cette journée a été tellement pleine d’émotions qu’il fallait abolument que je rédige mon article le jour même. Aujourd’hui, je me suis rendu à l’Espace Culturel Altitude 500, sur la route de Grasse à Saint-Vallier, pour participer à une scène ouverte de poésie slam. Et ça a été un grand bol d’humanité.

Une grande salle de spectacle à 500 m d’altitude

Cela faisait longtemps que je n’avais pas pris cette route. La départementale 6085. Cela m’a rappelé ma première affectation en tant qu’instit, à Saint-Vallier. L’événement avait lieu en effet à l’Espace Culturel Altitude 500, sur les hauteurs de Grasse (Alpes-Maritimes).

La route a pris moins de temps que ce que j’avais estimé. J’ai eu le temps de rencontrer Teddy Rimours, le maître de cérémonie de l’après-midi, que je connaissais de réputation, et d’autres participants et membres du public, dont deux sympathiques professeures de français.

J’ai découvert la salle de spectacle, bien plus grande que ce que j’imaginais. Des gradins, une grande scène éclairée de nombreux projecteurs, de grandes consoles de régie… Une vraie grande salle de théâtre !

La scène où se tiendra la rencontre de slam

Deux maîtres de cérémonie au top !

Vers 14h30, on nous fait entrer. Teddy Rimours présente le déroulement de l’après-midi : les textes des personnes physiquement présentes alterneront avec des vidéos de poèmes captés aux quatre coins de la francophonie. Plutôt que de définir le slam par un exposé théorique, il délivre un poème dans lequel il présente sa définition personnelle.

Teddy Rimours présente ensuite Lili, 7 ans, qui sera non seulement la première slammeuse à passer, mais aussi la co-animatrice de la soirée. Sans doute la plus jeune slam master de France ! La fillette s’est acquittée de cette tâche avec beaucoup de sérieux, de facilité et d’aisance. À deux, Teddy et Lili savent mettre l’ambiance, chauffer le public, en demandant au public de réagir en terminant des phrases ou en applaudissant.

La francophonie à l’honneur

C’est donc à Lili, 7 ans, qu’est revenu l’honneur d’ouvrir le bal poétique, avec un texte qu’elle a écrit elle-même. Chapeau l’artiste !

Ensuite, le visage d’Abolo est apparu sur l’écran. Cette jeune Camerounaise a déclamé un texte intitulé « Femme africaine ». C’est ensuite Joachim Ipela, du Cameroun également, qui, par le même procédé, a pu être virtuellement présent pour nous donner à entendre sa vision de « la femme idéale ».

Retour, ensuite, au « présentiel », avec Delphine qui a récité « J’ai tué le monstre ». Un poème que je suis sûr d’avoir déjà entendu, peut-être chez Pauline (Nice) ou à l’Assommoir (Grasse). Un beau poème sur une femme qui triomphe de ses peurs.

Les deux poèmes suivants avaient l’évasion en commun. Celui de Centifolia d’abord, et celui de Jérôme qui nous emmène dans un tour du monde imaginaire plein de jeux de mots. Un poème très savoureux, léger et drôle, ce qui fait du bien.

Nous avons ensuite pu voir à l’écran le poème de Bouchra, qui écrit depuis le Maroc sur le thème des frontières. Contactée par WhatsApp à l’issue de la diffusion de son poème, elle a pu être félicitée en direct.

Ensuite, « L’effrontée » montait sur scène pour la première fois de sa vie, suivie par Anne dont le poème parlait, entre autres, du langage.

Intense émotion à la lecture de mon poème

Au fur et à mesure que défilaient les participants sur scène, je sentais l’émotion monter en moi, dans l’attente du moment où mon nom serait pioché dans la casquette bleue de Teddy. L’excitation progresse dans l’attente, d’autant que le poème que j’ai prévu de lire est particulièrement important à mes yeux. C’est un poème que vous connaissez déjà si vous suivez mon blog : il s’agit du poème pour le 17 mai, contre les violences homophobes.

C’était la première fois que je proférais ce poème en public. L’émotion grandit encore au fur et à mesure que j’égrène ma litanie de victimes de la haine homophobe. Je parle pour toutes ces personnes violemment agressées, et je termine par des mots, simples mais puissants, sur l’amour. Je suis très heureux, parce que j’ai réussi ce que je voulais faire, et les applaudissements nourris du public me comblent de joie.

Le Togo est dans la place !

Viennent ensuite sur scène deux personnes qui mettaient déjà bien l’ambiance depuis leur place. Leurs noms de scène sont « Fils de la parole » et « Roi Bokon ». Ils parviennent, en un instant, à nous transporter à Lomé, capitale du Togo, dont ils sont originaires. Le théâtre devient comme une assemblée du village réunie autour du griot. Un terme que j’emploie avec beaucoup de respect, comme équivalent africain de l’aide grec ou du barde gaulois. Et qui signifie que le poète est avant tout le porte-parole d’une communauté, qu’il fédère par son chant.

« Fils de la parole » s’accompagne de cloches de son pays. Il nous emmène avec un conte métaphorique dont le héros est un coq qui doit brutalement prendre la relève de son père défunt. Qu’il chante trop doucement ou trop fort, les critiques sont toujours présentes. Mais au moins, lui, il chante. Une belle métaphore du poète, critiqué quoi qu’il fasse, mais qui, lui, ose se tenir devant les autres et prendre la parole.

Roi Bokon, du Togo lui aussi, commence par les mots « J’étais un enfant soldat », avec un poème très poignant.

« La nonne » de Teddy Rimours

Après les poèmes de « Bohème sage » et de Nelly, c’est au tour de Teddy Rimours lui-même. Son poème, savoureux et doucement subversif, décrit l’entrain chaleureux que met une religieuse à réconforter un fidèle, et ses arguments ne sont pas seulement spirituels. Le texte est proféré de façon si vivante que le public est forcément conquis, alors que je tiens l’humour en poésie comme l’un des aspects les plus difficiles de l’art.

Nous sommes ensuite transportés au Burkina Faso avec un poème en vidéo de Jacqueline Meda qui s’intitule « Burkina à moi ». Encore un texte puissant d’une jeune slammeuse.

Khaled Jadlaoui rappe ses poèmes

Vient ensuite le tour de mon ami Khaled, un poète que je connais pour l’avoir rencontré à d’autres scènes slam. Dès son entrée sur scène, il en impose. Un visage doux sur une carrure d’athlète magnifiée par un éternel blouson en cuir. J’aime sa voix grave, qu’il pose sur un arrangement instrumental. Sa prestation tient autant de la poésie que du rap. Il a commencé à publier ses poèmes sur YouTube, avec Keiji comme nom de scène, et je compte bien faire prochainement un article pour raconter tout ça. Les deux poèmes livrés ce soir s’intitulent « Feu » et  » Blue ».

Le poème suivant s’est à nouveau fait par écrans interposés, mais il s’agissait cette fois-ci d’une retransmission en direct, grâce à Whatsapp. C’est depuis le Togo qu’une poétesse a déclamé son texte, n’ayant pu faire le déplacement contrairement à ses deux compères qui l’ont chaleureusement acclamée.

Au tour de Mesko d’intervenir ensuite, pour livrer un texte écrit en atelier d’écriture pendant le festival. J’ai beaucoup aimé son poème « sur les pavés de nos existences ».

Les deux derniers poèmes en vidéo ont été présentés comme les coups de coeur des organisateurs. D’abord, un poème féministe de Patricia Kamoso, en République Démocratique du Congo : « Ils m’ont dit que j’étais une femme ». Puis un poème intitulé « L’Argent », par Tontby, du Mali.

J’ai passé vraiment un très bon moment, ce dimanche 7 mai, en compagnie des slammeurs de SlamSOL. L’ambiance était très joyeuse, festive, familiale, détendue. L’ouverture sur la francophonie a apporté une saveur différente par rapport à d’autres scènes ouvertes, et finalement le passage par écrans interposés n’était pas une gêne, car il y avait suffisamment de poètes physiquement présents. Tous ces jeunes gens bénévoles qui s’emparent de la langue française avec passion, depuis le Cameroun, le Sénégal, la RDC, le Maroc, le Mali, le Burkina, le Togo, la Roumanie, sont incroyables. J’ai beaucoup aimé les valeurs de solidarité, d’humanité, de partage de ce festival qui s’inscrit dans une démarche humanitaire. Merci, donc, aux associations SidiSOL et SlamSOL. Merci à Teddy Rimours, parrain de ce festival, et à la petite Lili, qui ont formé un duo de présentateurs incroyable. Je crois que je reviendrai, dans la mesure du possible, aux prochains événements organisés. Affaire à suivre !

Le logo de l’association

Edit: l’événement est à revoir sur YouTube

La vidéo de la scène slam

Mon intervention est de 42:15 à 45:15 et on remarquera au passage que j’ai respecté à la seconde près les trois minutes réglementaires.


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9 commentaires sur « Ça slame solidaire à Grasse »

      1. J’ai repris le slam depuis janvier, je me suis offert ça pour mon anniversaire au pré vert à Saint Nazaire loire atlantique et partout où ça se présente j’ai kiffé lire l’aspect émotionnel de cette séance de slam chiadée et entraînante, j’aurais aimé y être

        Aimé par 1 personne

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