Et ils sont innombrables…

Poème sur les fresques
de la cathédrale de Parme

Ils sont là, par milliers. Ils sont une foule compacte, diverse, bigarrée. Tu ne sais combien de portraits s’assemblent. Ce n’est qu’une seule immense fresque qui se prolonge. Ce n’est plus même une fresque, c’est toute l’humanité qui se trouve représentée là. Hommes, femmes, enfants, vieillards, ils sont là, côte à côte, accablés par la dureté de la vie, mais fiers d’être ce qu’ils sont. Ils sont là, et ils sont innombrables, hier comme aujourd’hui, sur l’âpre arène de la Terre, usés par une vie de labeur et de souffrances, meurtris par la vie, par les coups du sort, par la maladie, mais présents à l’appel, les uns à côté des autres, le dos fourbu et le regard étincelant. Ils sont là, les paysans, les bateleurs, les forgerons, les enfants, les rémouleurs, les vignerons, les marchands, les tailleurs, les barons. Tout en bas, quelque part, les forbans, les parias, les exclus, les bizarres, les damnés, les éclopés, les perdus. Et ils sont innombrables, représentés tels qu’ils sont, avec leurs rides et leurs visages défaits, avec leurs faiblesses et leurs misères, avec leurs deuils et leur colère, avec leur joie et avec leur peine. Et aucun n’est semblable à l’autre. Grands, petits, gros, maigres, jeunes, vieux, hommes, femmes, riches, pauvres, bruns, blonds, roux, chauves, différents mais ensemble, chacun ayant son rôle à jouer sur la grande partition de l’humanité.

Puis tu lèves les yeux vers le ciel. Et alors, tu te rends compte que cette immense foule se dirige toute dans la même direction, comme aspirée par un tourbillon de lumière. Tous sont attendus, tous sont invités, tous sont déjà, inconditionnellement, aimés. Cet amour donné sans mesure, à tous et à chacun, quel qu’il soit, est presque visible. Nous sommes appelés, nous sommes attendus, nous sommes déjà aimés. Et il ne tient qu’à nous de choisir de répondre ou non à cet appel de la lumière. La foule, sur cette coupole, est beaucoup plus compacte, les corps se serrent pour s’élever en gravitant autour de la lumière, progressant en spirale vers ce centre lumineux. Car il n’y a, au centre, rien d’autre que ce puits de lumière. Pas de représentation de ce mystère, pas de jardin, pas de portrait de Dieu, pas de symbole complexe, simplement ce nuage d’or d’où émane toute lumière, vers lequel tout converge, cet amour qui est joie et qui appelle.

Gabriel Grossi, mardi 23 mai 2023

Les photographies qui illustrent ce poème sont des photos personnelles que j'ai moi-même prises dans la cathédrale de Parme, en Italie.

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4 commentaires sur « Et ils sont innombrables… »

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