En marchant dans la rue

Je n’avais jamais pensé avoir en moi quoi que ce soit de subversif. Et pourtant, je dérange.

Je n’ai jamais eu l’intention de choquer ou de blesser. Et pourtant, je dérange.

En marchant dans la rue, je dérange.

En cheminant dans la lumière du printemps, je dérange.

Je n’avais jamais pensé pouvoir dégoûter quiconque en marchant dans la rue.

Ils se retournent à mon passage. Ils me regardent, sourcils froncés.

Certains affichent une mine indignée. D’autres, plus jeunes, arborent un sourire dédaigneux.

Je n’avais jamais pensé pouvoir faire rire en marchant dans la rue.

Ce qui dérange, c’est simplement que je marche dans la rue, donnant la main à mon petit copain.

Nous nous donnons la main, tout heureux de marcher ensemble.

Nous nous donnons la main, dans les rues bondées de la ville, et tant pis pour les sourcils froncés et les mines effarouchées.

Nous cessons de marcher, je te regarde, je contemple tes beaux yeux, nous sourions, mon visage s’approche de ton visage, et nous nous embrassons.

Tant pis pour les sourcils froncés et les mines effarouchées.

Ce poème est la mise en forme d’une improvisation poétique qui a eu lieu au café culturel « chez Pauline », le vendredi 7 juillet 2023, à l’occasion de la scène ouverte de slam-poésie animée par Michel Saint-Dragon. Je remercie mon ami le poète Ariel d’avoir accepté de jouer le rôle du petit ami pour cette performance poétique. Cette déclamation intervient à deux jours de la Pink Parade, qui aura lieu le dimanche 9 juillet 2023 à Nice, dont l’un des enjeux est de continuer de dénoncer l’homophobie, et plus largement l’intolérance, qui gangrènent notre société. Si ce poème a une dimension militante, il s’agit aussi et surtout pour moi de l’impossibilité, perçue de façon de plus en plus nette, d’être authentiquement poète en taisant cette partie importante de ma vie. Je ne me réduis pas à mon homosexualité, évidemment, et je ne l’affiche pas particulièrement, mais elle fait partie de moi, et je veux montrer qu’elle n’a rien de scandaleux.


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4 commentaires sur « En marchant dans la rue »

  1. Pas de dégoût, pas de dédain, pas d’indignation, pas de sourcils froncés pour moi, j’attendais la chute, elle est belle et je ne suis pas dérangée.
    L’amour et la poésie sont toujours beaux et vont si bien ensemble.

    Aimé par 1 personne

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