Après mes articles sur « Enseigner le présent », « Enseigner le passé composé » et « Enseigner le passé simple », voici aujourd’hui un article sur la conjugaison au futur. Ce tiroir verbal n’est pas très difficile, dans la mesure où ses terminaisons sont remarquablement stables pour les trois groupes, mais il présente malgré tout des difficultés en raison de variations de radical…
Morphologie du futur simple de l’indicatif
Commençons par quelques précisions sur la morphologie du futur simple de l’indicatif en français contemporain, ce que les didacticiens appelleraient les « savoirs savants » que les enseignants doivent avoir à l’esprit avant d’enseigner une notion.
Le futur simple français ne vient pas du futur simple latin (amabo, amabis, etc.). Il provient en réalité d’une tournure utilisée en latin parlé, appelée le « futur périphrastique », consistant à rendre le futur par la formule « avoir à + inf ». Avoir à faire quelque chose, c’était bien sûr devoir le faire, et, chez les Romains, si l’on doit faire quelque chose, on peut être certain qu’on le fera. Cantare habeo, littéralement « j’ai à chanter », signifiait ainsi « je chanterai ». Par déformations phonétiques successives, l’expression est devenue cantarayyo puis, après encore plusieurs siècles d’évolution, notre moderne chanterai.
On explique souvent aux enfants que le futur se construit en ajoutant les terminaisons à l’infinitif, et non au radical. Ce qui fonctionne assez bien : chanter-ai, chanter-as, chanter-a, chanter-ont. L’explication historique que je viens de donner montre bien que c’est effectivement à partir de l’infinitif latin que s’est construit le futur français.
Cependant, morphologiquement parlant, il est assez curieux d’expliquer aux enfants que, au futur, les désinences s’accrochent à l’infinitif, alors que, pour tous les autres tiroirs verbaux, l’infinitif se dévêt d’abord de sa terminaison d’infinitif, pour devenir le radical « tout nu », et enfin revêtir les désinences correspondant au temps et à la personne voulus. Il me semble donc important de préciser les choses d’abord en termes de radical et de terminaison, et d’ENSUITE, dans un second temps seulement, dire que cela revient à accoler les terminaisons à l’infinitif. Mais, en toute logique, une terminaison ne s’ajoute pas à un infinitif. Simplement, cela revient à cela.
Prenons un exemple, pour être plus clair. La forme « je chanterai » peut se décomposer de la façon suivante : CHANT- est le radical, -E- est la voyelle thématique du premier groupe, -R- est la consonne du futur, et -AI est la terminaison. Avec les élèves, je n’apporte pas autant de termes savants, mais j’indique malgré tout que le -R- est la consonne du futur (ils apprendront plus tard qu’elle appartient aussi au conditionnel).
Insister sur les régularités
Ce qui importe également, sur le plan didactique cette fois-ci, c’est de montrer aux élèves qu’ils peuvent s’appuyer sur les connaissances qu’ils ont déjà pour conjuguer au futur. Lorsque j’ai en charge l’enseignement de la conjugaison, je commence toujours par poser les régularités valables à tous les temps. Ayant déjà rédigé un article à ce sujet dans ce blog, je me permettrai de vous y renvoyer, mais je vous présente ici malgré tout la trace écrite que mes élèves ont dans leur cahier de leçons :

Une année, fort de l’établissement précoce de ces régularités, j’avais proposé, ensuite, après l’enseignement du présent, une séquence où les élèves apprenaient de façon concomitante le futur et l’imparfait (vous la trouverez d’ailleurs sur ce blog), en commençant par les régularités et en terminant avec les cas particuliers. Je m’étais permis de le faire, car j’enseignais en CM1, puis en CE2-CM1, avec des élèves qui avaient déjà abordé la conjugaison lors des années précédentes, et où il était intéressant de varier l’angle d’attaque. Cette année, avec des CE1, j’aborderai le futur indépendamment de l’imparfait.
Toujours est-il que, lors de ma première séance, j’ai pris soin de bien faire relever aux élèves les ressemblances avec le présent, avec ce qu’ils savaient déjà, et je leur ai bien fait relever aussi la principale différence, à savoir ce -R- du futur qui a la chance de s’entendre, ce qui est loin d’être le cas de toutes les désinences de la conjugaison française.

L’image ci-dessus correspond à ce que j’ai noté au tableau sous la dictée des élèves qui ont eux-mêmes découvert les désinences à travers une activité de tri (voir plus bas). J’ai souligné en jaune ce que les élèves savent déjà, en surjouant théâtralement le fait qu’il n’y a plus grand-chose à apprendre pour eux. ‘Vous voyez, c’est génial, on sait déjà presque tout, il n’y a presque plus rien à apprendre par cœur. » Et j’ai souligné en rouge la consonne R qui est vraiment, pour moi, la marque distinctive du futur.
Vous voyez que, à ce stade-là, je n’ai pas parlé aux élèves de terminaisons qui s’accrochent à l’infinitif. Je compte leur en parler plus tard, et je leur en parlerai comme d’une astuce de mémorisation, non comme d’un fait.
La séance de découverte avec les bandelettes
J’aime beaucoup les « bandelettes de la conjugaison », un dispositif qui m’a été présenté par Nathalie Leblanc, conseillère pédagogique départementale en Maîtrise de la Langue, lors d’une formation. Cela permet aux élèves de découvrir par eux-mêmes les désinences, à travers une activité qui est à leur portée.
Les élèves ont commencé par découvrir un petit texte. Je le leur ai moi-même lu à voix haute : l’enjeu n’est pas ici la lecture, et je préfère qu’ils puissent entendre le texte distinctement une première fois. Je vérifie leur compréhension d’ensemble du texte avec quelques questions orales, puis je leur demande d’identifier les verbes et de les recopier dans des cases qu’ils découperont pour former les fameuses »bandelettes ». Les élèves les plus faibles disposent d’un texte où les verbes sont déjà soulignés, afin d’éviter la double tâche qui ne convient pas aux élèves en grande difficulté. Les élèves travaillent par groupes.
J’ai oublié de prendre des photos de l’activité des élèves, mais voici celle d’une année précédente, où les élèves travaillaient concomitamment sur le futur et sur l’imparfait, mais avec une ou deux personnes seulement à la fois (dans le cas de cette image, nous et vous).

Les élèves :
- repèrent les verbes,
- écrivent les verbes dans les cases,
- écrivent les sujets dans les espaces à gauche des cases,
- découpent les bandelettes en éliminant les cases vides,
- collent les étiquettes en justifiant à droite, de manière à aligner les terminaisons identiques,
- surlignent les terminaisons découvertes.
La mise en commun permet ensuite de se mettre d’accord sur les terminaisons du futur, et l’on aboutit au tableau présenté un peu plus haut.
Vous trouverez ci-dessous les textes que j’ai utilisés pour la séance de découverte. J’en ai mis trois par page A4, de manière à économiser des photocopies. Je vous mets également la version différenciée, avec le texte où les verbes sont soulignés. Dans cette version, j’utilise la police « OpenDyslexic », censée faciliter la lecture pour les élèves dyslexiques, en ce que qu’elle évite que des lettres soient totalement symétriques (ce qui évite la confusion entre p/b/d/q).
Séance 2 : s’entraîner
Lors de la deuxième séance, nous avons commencé par rappeler les terminaisons découvertes lors de la séance précédente. Les élèves étaient interrogés sur ce dont ils se souvenaient, et je prenais note au tableau, en reprenant la mise en forme adoptée lors de la première séance.
Ensuite, j’ai distribué les photocopies de l’activité (une page recto-verso), dont le premier exercice invite tout simplement à recopier ces régularités. Il est très rare de voir des fiches d’exercices commencer avec de la simple copie, et pourtant je pense que c’est une très bonne entrée en matière, qui rassure les enfants car ils savent faire, avant d’entrer dans des exercices plus difficiles.
Les exercices suivants sont plus traditionnels, et demandent de repérer les verbes au futur, puis de conjuguer réellement. Le quatrième exercice se focalise sur la première personne du singulier, qui est celle qui ressemble le moins au présent, avec sa finale en -rai.
Séance 3 : approfondir
Ces exercices d’approfondissement permettront de revoir les régularités, tout en faisant le lien avec le sens (le futur, c’est ce qui n’est pas encore arrivé). Il faudra prévoir un travail supplémentaire pour les élèves ayant fini en avance, de manière à pouvoir rester auprès des enfants en difficulté. Ayant puisé parmi des ressources préexistantes, je ne diffuse pas ici cette activité bonus.
Séances suivantes
La quatrième séance devrait inclure une évaluation rapide, puis, petit à petit, en fonction des réussites des élèves, on pourra, au fil des séances suivantes instaurer des verbes moins réguliers ou plus difficiles à conjuguer, comme :
- les verbes en -ier, -yer qui ont une lettre muette : je paierai, je balayerai…
- les verbes avec altération de radical : je viendrai (et non pas *venirai), je courrai, etc.
En CE1, on insistera le plus possible sur les régularités, et on présentera seulement quelques verbes irréguliers, comme être et avoir. Les élèves de CE2, CM1 et CM2 en rencontreront davantage, mais pas avant d’avoir bien acquis les régularités.
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Merci pour ce super blog plein de ressources!
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Merci beaucoup !
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