Comme le nom, le verbe ou l’adjectif, l’adverbe est une catégorie grammaticale, une partie du discours. Les adverbes sont généralement invariables : c’est à peu près leur seul point commun, car nous allons voir que les adverbes sont susceptibles de revêtir un grand nombre de fonctions différentes. Les remarques générales que l’on fait parfois à propos des adverbes sont rarement vérifiables pour tous les adverbes. Même si c’est très souvent le cas, les adverbes ne sont pas toujours des modifieurs du verbe, ils ne sont pas toujours facultatifs, et ainsi de suite. Partons donc à l’exploration des adverbes !
Morphologie des adverbes
Déterminer si un mot est, ou non, un adverbe, est très simple : il suffit de consulter un dictionnaire, les adverbes étant signalés par l’abréviation « adv.« , généralement présente juste après l’entrée. Il n’y a donc pas d’hésitation possible, et la seule difficulté est de repérer les locutions adverbiales, qui sont des groupes de plusieurs mots, et qui n’ont donc pas une entrée de dictionnaire à eux tous seuls.
Par exemple, voici des adverbes : oui, non, toujours, souvent, immédiatement, gentiment, jamais, parfaitement, tout à fait, par cœur…
Ces mots peuvent être triés, sur le plan morphologique, en familles :
- les adverbes en -ment
- les adverbes en -ons
- les autres adverbes
- les locutions adverbiales
Les adverbes en -ment
Le suffixe -ment vient du latin mente, ablatif de mens, mentis « l’esprit », qui signifie « d’une manière (…) ». Ce mot mente était du féminin, comme le rappelle le dictionnaire Gaffiot, et c’est pour cette raison que, aujourd’hui encore, le suffixe -ment permet de former des adverbes à partir d’adjectifs au féminin. Par exemple, devota mente a donné dévotement.
Exemples : bellement, vivement, grassement…
Bien entendu, tout ceci serait bien simple s’il n’y avait pas des exceptions.
| adjectif | règle | exemples |
|---|---|---|
| Adjectifs dont le masculin se termine par une voyelle autre que e | L’adverbe se forme à partir du masculin et non du féminin | vrai → vraiment malaisé → malaisément éperdu → éperdument |
| Adjectifs se terminant par la voyelle e | Le e devient é | confuse → confusément précise → précisément |
| La plupart des adjectifs en -ent | Adverbes en -emment | prudent → prudemment intelligent → intelligemment mais lentement, présentement, véhémentement |
| La plupart des adjectifs en -ant | Adverbes en -amment | constant → constamment |
Il existe d’autres exceptions liées aux curiosités de l’histoire de la langue, comme traîtreusement, brièvement, grièvement, journellement…
Les adverbes en -ons
Le suffixe -ment n’est pas le seul qui soit capable de former des adverbes. Il y a aussi le suffixe ons, plus rare, moins productif, et surtout éteint. Autrement dit, c’est un suffixe ancien, qui n’est plus vivant, mais que l’on conserve dans certaines expressions adverbiales. Il s’agit de à tâtons, à reculons, à califourchons.
Les autres adverbes et les locutions adverbiales
Les autres adverbes constituent une catégorie morphologiquement hétérogène, avec des mots aussi dissemblables que oui, toujours, enfin, etc., qui n’ont pas de marqueur morphologique spécifique.
Les locutions adverbiales sont des expressions figées : tout à fait, par cœur, bien sûr, au fur et à mesure…
On notera enfin que des adjectifs peuvent être employés comme adverbes : Il mange chaud, il achète français, il écrit petit, il voit double… La Grammaire méthodique du français explique ces emplois par l’ellipse d’un complément d’objet non réalisé qui est sous-entendu par le verbe : Il manche chaud = il mange [son plat] chaud, où « chaud » serait l’adjectif attribut de l’objet « plat » non réalisé.
Les adverbes variables
J’ai écrit plus haut que l’on reconnaît les adverbes à leur invariabilité, et c’est presque toujours vrai. Mais comme la grammaire française est un univers d’exceptions, bien entendu, il y a des adverbes variables.
Tout
En tant qu’adverbe modifiant un adjectif, tout est généralement invariable, et signifie « totalement, entièrement » :
Ils sont tout tristes. Ils ont fait ce travail tout seuls.
Cependant, l’adverbe tout, lorsqu’il modifie un adjectif féminin commençant par une consonne, est variable : Elle est toute triste.
On retrouve l’invariabilité avec des adjectifs féminins commençant par une voyelle ou un h aspiré : Elle est tout intriguée. Elle est tout heureuse.
Au pluriel, la formes toutes est ambiguë d’un point de vue sémantique, pouvant traduire l’intensité (toutes tristes = totalement tristes) ou le fait que l’ensemble des personnes d’un groupe est concerné (elles sont toutes tristes = chacune d’entre elles est triste).
Certains adjectifs employés comme adverbes
- Seule la maîtresse a le droit de parler.
- Des fenêtres grandes ouvertes.
- Des roses fraîches écloses.
Syntaxe des adverbes
Les adverbes sont susceptibles d’un grand nombre d’emplois, et je suivrai ici la Grammaire méthodique du français, qui est la bible des étudiants en grammaire, pour les présenter.
► L’adverbe a la valeur d’une phrase ou d’une proposition
Un adverbe peut avoir la valeur de toute une phrase ou d’une proposition. C’est typiquement le cas des adverbes d’acquiescement et de dénégation Oui et Non. Ces petits mots de trois lettres occupent la place d’une phrase entière, en tant que réponse à une question.
Est-ce que tu viendras demain ? — Oui.
La phrase « Je pense que non. » s’analyse comme composée de deux propositions. On a une proposition principale « Je pense (…) », complétée par une proposition subordonnée « que non », qui n’a pourtant pas de verbe conjugué. C’est que l’adverbe non a la valeur d’une proposition. L’adverbe fait proposition à lui seul.
Par ellipse du reste de la phrase, d’autres adverbes peuvent fonctionner seuls : Volontiers, certes, parfaitement…
► L’adverbe a la valeur d’un complément de phrase
Les compléments de phrase sont des compléments qui apportent des informations complémentaires à l’ensemble de la phrase. Ils sont extraprédicatifs, ce qui se reconnaît au fait qu’ils sont généralement déplaçables et supprimables. Cependant, lorsque le complément de phrase est un adverbe, la mobilité de celui-ci est parfois toute relative.
Exemple : Aujourd’hui, le théâtre affiche complet. L’adverbe « aujourd’hui » s’analyse ici comme un complément circonstanciel de temps. Il est déplaçable et supprimable.
Exemple 2 : Il est arrivé hier. La Grammaire méthodique du français donne bien ce mot comme complément circonstanciel de temps. On se rend compte cependant qu’il est impossible, ici, de déplacer le complément.
L’adverbe extraprédicatif peut avoir une valeur de connecteur temporel : « D’abord, … ; ensuite, … ; enfin, … »
► L’adverbe est modifieur du verbe
Nous sommes ici dans une catégorie qui est très proche de la précédente, car, dans la mesure où le verbe comporte généralement l’information principale d’une phrase, il est souvent difficile de déterminer si l’adverbe s’applique à toute la phrase, où s’il porte uniquement sur le procès verbal.
La différence est la suivante : lorsque l’adverbe est modifieur du verbe, il fait partie du groupe verbal, alors que, lorsque l’adverbe a la valeur d’un complément de phrase, il ne fait pas partie du groupe verbal et il porte sur toute la phrase.
Ainsi, dans Il décida courageusement de résister, l’adverbe « courageusement » modifie le verbe principal (c’est sa décision qui est courageuse), tandis que dans Il décida de résister courageusement, l’adverbe « courageusement » modifie le verbe subordonné (c’est sa résistance qui est courageuse). On voit ainsi que la place de l’adverbe indique le constituant sur lequel il porte.
L’adverbe « courageusement » porte une information sur la manière dont est réalisé le procès. En grammaire traditionnelle, il est analysé comme complément de manière, puisqu’il porte sur toute une proposition (que celle-ci soit la principale ou la subordonnée). On peut le déplacer : Courageusement, il décida de résister. On peut le supprimer. En grammaire contemporaine, certains grammairiens pourront souligner le fait que l’adverbe ne porte que sur le seul verbe, et en faire un complément essentiel.
Selon la Grammaire méthodique du français, « lorsqu’il modifie le verbe, l’adverbe est mobile dans les limites du groupe verbal ». On peut dire tout aussi bien : Il relit soigneusement sa copie ou Il relit sa copie soigneusement. Cette mobilité est certes relative (puisqu’il ne bouge qu’au sein du groupe verbal, et non au sein de toute la phrase), mais, à mon sens, elle témoigne d’un continuum entre l’adverbe complément de phrase et l’adverbe modifieur du verbe.
► L’adverbe est modifieur d’un autre constituant
Modifieur de l’adjectif
En dépit de son nom (ad-verbe), l’adverbe n’est pas toujours accolé à un verbe, et il peut aussi être modifieur de l’adjectif. C’est, pour le coup, un emploi syntaxique très différent, puisqu’il devient un satellite de l’adjectif, qu’il précède généralement. Exemple : Il est très rapide. Il possède une très grande voiture.
Modifieur de l’adverbe
L’adverbe peut aussi modifier un autre adverbe : Il court moins vite. L’adverbe « moins » se trouve dans une relation syntaxique de dépendance vis-à-vis de l’adverbe « vite ». Il est satellite de l’adverbe. Il nuance l’adverbe.
Modifieur de la préposition ou de la conjonction
« Il est garé juste devant la porte. » Ici, l’adverbe « juste » vient préciser le sens de « devant ». Ce n’est pas seulement « devant », c’est « juste devant ».
« Il est arrivé justement quand ça ne m’arrangeait pas. » Pour la GMF, l’adverbe justement vient ici nuancer la conjonction « quand ». Je me demande s’il ne modifie pas aussi le verbe, puisque cela traduit la manière dont il est arrivé.
Modifieur du déterminant numéral
« Il avait presque vingt ans. » « Il mangeait environ neuf œufs par semaine. » Les adverbes soulignés viennent modifier le déterminant numéral qui les suit.
Modifieur du nom ou du pronom
« Même Jean a renoncé. » « Lui aussi a renoncé. » Dans les exemples qui précèdent, l’adverbe « même » a pour fonction de modifier le nom propre « Jean », et l’adverbe « aussi » a pour fonction de modifier le pronom « aussi ».
► L’adverbe est un mot-outil
Les adverbes de négation
Le mot ne, qui est le premier élément d’une négation (le « discordanciel »), s’analyse habituellement comme un adverbe. Il modifie le verbe en en inversant le sens. Il fonctionne généralement avec un deuxième mot négatif (le « forclusif »), qui n’est pas toujours un adverbe.
Pas, jamais, plus sont des forclusifs adverbiaux, qui forment avec ne des locutions adverbiales.
Les adverbes d’interrogation et d’exclamation
Est-ce que est parfois présenté comme une locution figée adverbiale, qui signale le type interrogatif de la phrase. Les mots où, quand, comment, pourquoi sont généralement considérés comme des adverbes interrogatifs. Ils sont à la fois des marqueurs du type interrogatif et des mots qui ont une fonction dans la phrase (complément de temps, de lieu, etc.).
Dans la phrase « Comme tu as de grandes dents ! », l’adverbe « comme » signale le type exclamatif de la phrase. Il est défini par la GMF comme « élément introducteur d’une phrase ».
Les adverbes connecteurs logiques
- Connecteurs temporels : D’abord, ensuite, enfin… On peut les assimiler à des adverbes extraprédicatifs, autrement dit des adverbes qui ont la valeur d’un complément de phrase.
- Connecteurs logiques : Donc n’est plus considéré comme une conjonction de coordination mais comme un adverbe. En vérité, je pense que « donc » a des emplois adverbiaux et des emplois coordonnants.
- Je pense qu’on peut classer également dans cette catégorie l’adverbe alors.
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