Le sens de la conjugaison

Est-ce que vous avez déjà eu un Bescherelle entre les mains ? Ce livre ne comporte que des tableaux de conjugaison. L’édition 2018 fait 256 pages. Oui, vous avez bien lu. Il faut des centaines de pages pour recenser tous les types possibles de conjugaison, avec toutes les exceptions, toutes les particularités, toutes les altérations de radical…

Cela a de quoi donner le tournis. La conjugaison française paraît dès lors une discipline bien ardue. Un autodidacte qui n’aurait que le Bescherelle en main risquerait bien d’avoir l’impression qu’il faut des années entières pour retenir un système aussi complexe, et mémoriser la totalité de ce livre.

De fait, il n’est pas rare de trouver, sur les réseaux sociaux, ou dans les textos, de très grossières erreurs de conjugaison, émanant de personnes dont on sait très bien qu’elles sont allées à l’école comme tout le monde. Je parle d’erreurs qui ne sont pas imputables à une simple faute de frappe, et qui montrent que la conjugaison n’est pas acquise.

Donner du sens

Et je pense que, pour une part, le problème vient qu’il est impossible de retenir 256 pages de conjugaison, si l’on s’y prend de façon purement mécanique, c’est-à-dire sans donner de sens à ce que l’on cherche à mémoriser, sans se rendre compte que l’on peut s’appuyer sur des régularités.

Un adulte qui écrit, de façon fautive, « je ressent », s’est sans doute évertué pendant une bonne partie de son enfance à retenir par cœur des formes, en vain, sans jamais remarquer que, dans la langue française, pas un seul verbe, je dis bien, pas un seul, ne se termine avec un -t à la première personne du singulier. D’où le titre de cet article : il faut donner du sens à la conjugaison, et pour cela s’appuyer sur des régularités.

Les régularités de la conjugaison

C’est pour cela que je construis avec mes élèves, progressivement, l’affichage suivant, qui ne comporte pas toutes les désinences possibles de la conjugaison française, mais qui présente les principales régularités :

Certes, je ne parle pas des finales en -d ou en -x que l’on rencontre parfois, mais celles-ci ne sont en réalité que des variations de ce schéma global. La finale en -x (je veux, je peux, etc.) est en réalité l’héritage d’une transcription médiévale des lettres « us », où l’on retrouve le s de la règle générale. La finale en -d (il prend, il vend) est en réalité moins une désinence à part entière que la dernière lettre du radical : la désinence attendue serait un -t, mais face à l’impossibilité d’écrire *il prendt, on écrit tout simplement « il prend ».

Donc, finalement, mon affichage volontairement épuré est suffisant pour apprendre les bases. Un élève qui a retenu cela n’écrira plus « je ressent » ou « il viens », qui sont pourtant des erreurs que je rencontre souvent, y compris sous la plume d’adultes qui sont passés par le système scolaire, et qui n’ont pas mémorisé ces régularités.

Les tableaux de conjugaison sont utiles, mais ils ne sont pas suffisants. Sans accompagnement, ils sont trop austères. Avec l’affichage ci-dessus, la plupart des formes sont déjà mémorisées. Il est important de voir que l’on retrouve presque partout, à tous les modes et à tous les temps, des invariants, sur lesquels on peut s’appuyer.

Même les verbes dits « irréguliers » ne sont pas de purs extraterrestres. On retrouve des régularités jusque dans ces verbes-là. Il n’y a jamais de conjugaison où toutes les formes sont irrégulières. Cela n’existe pas. Il y a toujours quelque chose de régulier quelque part. Et donc, pour apprendre, il faut s’appuyer sur ces régularités. De sorte que, finalement, il ne reste que très peu de choses à retenir par cœur.

En somme, il est important de faire des liens avec ce que l’on sait déjà. Quand on aborde l’étude d’un nouveau temps verbal, ou d’une nouveau groupe de conjugaison, on sait déjà presque tout. On retrouve, au futur, à l’imparfait, au passé simple, la plupart des choses que l’on a apprises au présent. C’est pourquoi il faut insister sur ces régularités.

Mes ressources en conjugaison

J’ai publié sur ce blog un grand nombre de ressources pour enseigner la conjugaison à l’école. Vous les trouverez recensées sur la page « Conjugaison », elle-même dans la rubrique « Etude de la langue ».


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2 commentaires sur « Le sens de la conjugaison »

  1. Merci pour cet article plein d’intérêt. Dans le contexte où je me trouve, je recours au Bescherelle pour que mes élèves (des francophones scolarisés en lycée américain, en cours avec moi le samedi) aient un cadre de référence (les modes, les temps, les terminaisons et la construction des temps composés).

    J’ai appris d’eux un truc utilisé par les profs américains qui enseignent le français : les terminaisons -s, -s, -t des 3 personnes du singulier sont présentées en référence à un « Super Sonic Toaster » qui les fait rire, et remplit bien sa fonction mnémotechnique !

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