Cette année, c’est le bac technologique, et non le baccalauréat général, qui met la poésie contemporaine à l’honneur, avec un poème de Richard Rognet. Je voudrais vous présenter aujourd’hui ce poète, que j’ai peu pratiqué, mais dont le nom ne m’est pas inconnu, et commenter le poème proposé aux élèves de lycée.
Qui est Richard Rognet ?
Né en 1942 dans les Vosges, Richard Rognet a grandi entre les livres de sa mère institutrice et les machines de son père ouvrier textile. Très tôt, il se passionne pour les mots et commence à écrire de la poésie dès l’âge de douze ans. Après avoir enseigné à l’école normale de Mirecourt, puis à Épinal, il devient professeur de lettres au collège Jules-Ferry,
C’est en 1966 qu’il publie son tout premier recueil. Mais un tournant décisif arrive en 1971, lorsqu’il rencontre le poète Alain Bosquet : cette rencontre va nourrir durablement son parcours poétique. En parallèle de ses propres publications, il collabore avec de nombreux artistes pour créer des livres d’artistes, mêlant ses textes à la gravure, la photo ou l’enluminure.
En 1991, l’année où il perd son père, il est accueilli à l’Académie Mallarmé. Trois ans plus tard, il est fait chevalier des Arts et des Lettres. Sa poésie, traduite dans plusieurs langues, lui vaut de nombreuses distinctions, dont le Grand Prix de poésie de la Société des gens de lettres en 2002, récompensant l’ensemble de son œuvre.
Le poème du bac
Voici donc le poème qui était proposé à la sagacité des élèves, extrait des Elégies pour le temps de vivre, paru en 2012 aux éditions Gallimard.

Le renouvellement de la tradition élégiaque
Le titre l’y invite, et c’est ce qui saute aux yeux à la lecture du poème : l’inscription du poème à la suite d’une longue tradition élégiaque. Le poème est un sonnet, comme chez Pétrarque, Ronsard, Shakespeare ou encore, plus tard, Baudelaire et Rimbaud. Un sonnet certes revisité : pas de majuscules en début de vers, une syntaxe qui n’épouse pas la versification, des enjambements audacieux (d’une strophe sur l’autre)… Ces effets ne sont cependant pas à surinterpréter : Rognet écrit en 2012, à une époque où cela n’a plus rien de réellement subversif.
Ce poème sur le passage du temps cherche dans la nature des traces d’amours défuntes. Il y a donc une mélancolie omniprésente, une forme de tristesse, mais aussi une sorte de satisfaction, sinon de bonheur, à retrouver dans des réalités présentes des échos de ce qui n’est plus. Tout se passe comme si la nature continuait de chanter au présent des amours passées. Il en résulte un sentiment ambigu, entre douleur et douceur. L’anaphore « il reste » montre que le poète s’accroche à ces signes tangibles du passé que la nature continue d’évoquer. L’absence de ponctuation suggère une continuité du vécu, un temps sans rupture, dans lequel le souvenir, la sensation et le désir se fondent.
La reprise de la même structure (« il reste aussi… ») dans les tercets donne, de fait, une impression de continuité, estompant la rupture avec le passé et l’engagement vers « un nouvel amour ». On a l’impression que le poète se trouve dans un entre-deux, dans un temps de transition entre un amour qui n’est plus et un nouvel amour qui s’annonce. Le rapprochement presque oxymorique « tranquille et brûlant » confère à ce nouvel amour une profondeur singulière, où passion et sérénité se confondent.
Mais ce nouvel amour est lui-même voué à disparaître, « comme un dernier sourire, avant de s’en aller ». Il y a ici une opposition très nette entre la gravité du propos (l’amour qui va naître mourra de la même manière que celui qui n’est plus) et la légèreté du ton, accompagnée du « sourire ». On peut y voir une sorte de sagesse, où la vie n’est plus vécue comme un drame, mais comme une acceptation de l’impermanence.
Ce poème offre un bel exemple de lyrisme retenu, où l’intime se dit dans l’effacement des marques personnelles. Richard Rognet revisite la tradition de l’élégie à travers un sonnet où la douleur se nimbe de douceur, bercée dans les échos de la nature. La caducité des amours est acceptée de façon sereine, comme une leçon sur l’impermanence de toute chose. Et vous, qu’avez-vous pensé de ce poème ? N’hésitez pas à réagir en commentaire ! ♦
Image d’en-tête : ChatGPT. Le personnage de l’illustration ne ressemble pas à Richard Rognet. C’est bien une illustration de l’article et non une photo.
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Bonjour,
Merci pour cette jolie découverte de Richard Rognet, auteur que je ne connais pas. Et de ce poème dont j’adore la structure, les mots simples utilisés le rendre accessible au plus grand nombre.Mais n’est-ce pas le propre de la poésie contemporaine ? Désolenneliser la poésie des apparats lyriques pour la populariser? Dans ce sens j’aime beaucoup ce poème.
J’écris moi-même de la poésie dans cette forme contemporaine souvent, sur des thèmes très variés et cet article me donne envie d’explorer l’univers de cet auteur.
Merci pour cela et belle journée à vous.
Pascal Nicod
(PascalN, nom de plume sur le réseau Panodyssey entre autre, et aussi sur ma page FB « De pensées en bavardages’, si l’envie vous vient d’explorer…)
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Merci beaucoup 😉
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Merci pour ce beau commentaire d’un très beau texte, vous avez su dire l’essentiel et c’est très bien.
Norbert Paganelli
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Merci beaucoup !
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je corrige les commentaires des 1 ères techno et même si leur analyse est souvent assez pauvre je pense qu’ils ont aimé ce poème… et moi je suis très heureuse de cette rencontre littéraire, j’ai commandé le recueil !
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Cool !
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