Introduction à la littérature du XVIIe siècle

On parle souvent du XVIIe siècle comme du « Grand Siècle », une époque avant tout marquée par le règne de Louis XIV, ce roi absolu qui sut imposer son autorité autant par les armes que par les arts, façonnant un ordre politique et esthétique dont la littérature fut à la fois l’ornement, le miroir et parfois la contestation feutrée. Nous verrons que, s’il ne se réduit pas à cela, le XVIIe siècle est bien marqué par l’apogée de l’absolutisme royal.

Quelques repères historiques

Pour se repérer dans le siècle, le plus simple est encore de suivre la chronologie des règnes royaux :

  • De 1600 à 1610 se termine le règne d’Henri IV.
  • De 1610 à 1643 se tient le règne de Louis XIII.
  • De 1643 à 1715 a lieu le très long règne de Louis XIV.

Le règne d’Henri IV

Henri IV règne de 1589 à 1610. Premier roi de la dynastie des Bourbons, il met fin aux guerres de religion avec l’édit de Nantes (1598), qui accorde des droits aux protestants tout en réaffirmant le catholicisme comme religion d’État. Son règne est marqué par une volonté de pacification, de reconstruction du royaume et de modernisation de l’administration. Il meurt assassiné en 1610 par François Ravaillac, un catholique fanatique opposé à sa politique de tolérance. Sa mort ouvre une période d’incertitude, inaugurée par la régence de son épouse, Marie de Médicis.

1610-1643 : le règne de Louis XIII

Le règne de Louis XIII commence sous la régence de sa mère, Marie de Médicis (1610–1617), dont il se défait brutalement à seize ans en faisant assassiner son favori Concini. Dès lors, il exerce le pouvoir personnellement, mais s’appuie de plus en plus sur son principal ministre, le cardinal de Richelieu (nommé en 1624). Le règne est marqué par une volonté de centralisation de l’autorité royale et de soumission des nobles frondeurs. Richelieu lutte également contre le protestantisme politique, avec notamment le siège de La Rochelle (1627–1628), tout en maintenant la liberté de culte accordée par l’édit de Nantes. Sur le plan international, la France entre dans la guerre de Trente Ans (1635) pour affaiblir la maison d’Autriche. L’État se renforce, mais les tensions sociales et religieuses restent vives. Louis XIII est un roi secret, pieux et mélancolique, peu à l’aise avec le pouvoir, ce qui renforce le rôle du ministre. À sa mort en 1643, son fils Louis XIV n’a que cinq ans : s’ouvre alors la régence d’Anne d’Autriche, dans un royaume centralisé mais encore instable.

1643-1715 : le règne de Louis XIV

Dès sa majorité, le jeune roi Louis XIV entend gouverner personnellement, et il se passe de Premier Ministre. Traumatisé par la période de la Fronde, où les nobles contestaient les décisions du roi et de sa régente, Louis XIV entend museler cette opposition. Pour cela, il crée une Cour fastueuse, où les nobles sont trop contents de se presser. Le roi les a ainsi à l’œil, et les contente avec des privilèges symboliques comme le droit d’assister à son lever et à sa toilette. Le roi agit ainsi en monarque absolu. C’est aussi dans cet esprit de contrôle que le roi révoque l’Édit de Nantes.

Versailles, symbole du Roi Soleil

Le symbole de ce pouvoir absolu, c’est Versailles, parmi les plus grands et les plus beaux palais princiers d’Europe, tout entier destiné à illustrer architecturalement la gloire et la grandeur de Louis XIV.

De simple pavillon de chasse, Louis XIV a fait de Versailles un palais fastueux, prolongé par d’immenses jardins à la française dotés de bassins, grâce notamment aux architectes Hardouin-Mansart, Le Vau ou encore le jardinier Le Nôtre. Par ses lignes géométriques, le palais illustre le classicisme à la française ; par ses ornements fastueux et sa grotte artificielle, il évoque aussi le Baroque.

Ce contexte d’absolutisme royal influence évidemment la littérature. Le roi aimait les arts et soutenait les artistes qu’il appréciait. Tout un art de Cour se développe. On ne comprend pas grand-chose à Molière si l’on ne prend pas en compte le fait que la Cour était le premier public du dramaturge. On ne comprend pas les Fables de La Fontaine si l’on ne voit pas, derrière les animaux qui peuplent ses poèmes, des allusions aux excès de la Cour et de l’absolutisme royal. On ne comprend pas grand-chose non plus aux Aventures de Télémaque de Fénelon si l’on ne tient pas compte du fait que le roman était écrit pour l’instruction d’un futur roi. La même remarque vaut, mutatis mutandis, pour La Bruyère, Racine, Pascal, La Rochefoucault, Mme de Lafayette ou Mme de Sévigné… Les grands écrivains de l’époque sont, soit des nobles, soit des personnes protégées par les nobles.

L’idéal du Grand Siècle

Il se dégage de l’époque un certain idéal moral qui est celui de la mesure, de l’équilibre, à l’image de la régularité classique. Cet idéal, c’est celui de l’honnête homme, et le mal, c’est donc l’excès. Les Anciens parlaient de l’aurea mediocritas, littéralement la « médiocrité dorée », et il ne faut pas prendre médiocrité au sens de mauvais, mais au sens de moyen, milieu. C’est le fait de préférer la mesure à l’excès, l’équilibre à l’exubérance, la pondération à la démesure. L’idéal est donc celui de « l’honnête homme ». C’est Descartes qui se fonde sur la Raison. C’est Le Nôtre qui construit des jardins géométriques et symétriques.

Cela explique pourquoi Molière se moque de Tartuffe (excès dans l’ostentation hypocrite de la dévotion), des Précieuses ridicules (excès dans le raffinement), de l’avarice, etc. Cela explique aussi pourquoi les personnages de Racine, version tragique cette fois-ci, finissent acculés dans une voie sans issue : ils ont péché par hybris, par démesure.

Pour Blaise Pascal, «Tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre». On peut voir dans cette expression, même si elle ne se réduit pas à cela, une version de cet idéal classique de mesure et de pondération.

Le classicisme

Le Grand Siècle est ainsi celui, par excellence, du classicisme. Ce mouvement littéraire repose sur l’idéal d’un ordre harmonieux, d’une raison maîtrisée, et d’une beauté fondée sur des règles claires, inspirées de l’Antiquité gréco-latine.

Universalité, rationalité, clarté, bienséance, vraisemblance sont les mots-clefs du classicisme français. De ces principes découlent la fameuse règle des trois unités au théâtre : si l’action ne saurait durer plus de vingt-quatre heures, c’est qu’il est invraisemblable de représenter des années en un spectacle de deux heures ; si elle se déroule en un seul lieu, c’est là encore par rationalité ; et l’on ne représente qu’une seule action par clarté.

Le classicisme français a ainsi comme ambition d’imiter la nature, donc de rester naturel, et cela pour égaler voire surpasser les Anciens, modèles du bon goût.

La redécouverte du Baroque

On a longtemps identifié le XVIIe siècle au classicisme. Or, ses règles ne sont pas nées en un jour : elles sont issues du travail des doctes, et correspondent à l’apogée du classicisme, soit un tout petit moment, une décennie environ, dans le siècle. Les chercheurs en littérature française du XVIIe siècle ont exhumé la littérature qui lui précédait : la littérature dite « baroque ».

Ce courant, longtemps relégué au second plan, se déploie dans la première moitié du siècle, dans un contexte de troubles politiques, religieux et sociaux (guerres de religion, instabilité monarchique, Fronde). À l’inverse du classicisme qui prône la mesure, le baroque cultive le mouvement, l’illusion, la profusion des formes, l’irrégularité, l’émotion exacerbée. Il reflète un monde instable, changeant, marqué par l’angoisse de la mort et le sentiment de vanité. Les figures d’oxymore, de métamorphose, de désordre volontaire s’y multiplient.

Ce retour d’intérêt pour le baroque a permis de redonner leur place à des auteurs comme Agrippa d’Aubigné, Théophile de Viau, Saint-Amant ou encore Cyrano de Bergerac. Il a aussi éclairé le classicisme d’un jour nouveau : loin d’être un courant naturel ou homogène, il apparaît désormais comme une réaction à l’exubérance baroque, un effort conscient pour imposer une norme, un ordre et une stabilité dans un monde troublé. Ainsi, le XVIIe siècle littéraire se présente moins comme l’âge uniforme du classicisme que comme un siècle de tensions, de dialogues et de transitions entre des esthétiques contrastées.

Je ne développerai ici pas davantage sur le Baroque, ayant déjà rédigé un article à ce sujet. Je me bornerai ici à présenter quelques auteurs baroques.

Jean Mairet (1604–1686), dramaturge du début du XVIIe siècle, incarne la sensibilité baroque par ses intrigues complexes, ses rebondissements nombreux et son goût pour le merveilleux et l’illusion. Bien qu’il ait contribué à codifier le théâtre en défendant les règles des trois unités, ses pièces comme Sophonisbe témoignent encore d’une esthétique baroque, marquée par l’instabilité, le pathétique et une imagination foisonnante. J’ai étudié à la fac la Virginie de Mairet, qui s’inscrit dans cette esthétique baroque.

Jean de Rotrou (1609–1650) est un dramaturge baroque par excellence, dont le théâtre mêle passions violentes, identités multiples et situations extrêmes. Influencé par l’Espagne et le théâtre élisabéthain, il privilégie l’action, le spectaculaire et le tragique, comme en témoigne Le Véritable Saint Genest. Sa dramaturgie repose sur l’irrégularité et le foisonnement, loin de la rigueur classique qui s’imposera après lui. J’ai étudié en prépa l’Iphigénie de Rotrou, qui n’a rien à envier à celle de Racine, et son Antigène, bien plus développée que celle de Sophocle.

Quelques auteurs du XVIIe siècle

Paul Scarron (1610–1660) est un auteur baroque et burlesque, connu pour Le Roman comique, où il mêle satire, humour grotesque et récit à tiroirs. Son style délibérément anti-classique joue sur la parodie et la désacralisation des genres nobles.

Madame de La Fayette (1634–1693) incarne la transition vers le classicisme psychologique avec La Princesse de Clèves, roman d’analyse fine des passions, où la retenue, la bienséance et le devoir priment sur l’élan amoureux, selon une esthétique de la mesure.

Madame de Sévigné (1626–1696) est célèbre pour sa correspondance, témoignage vivant du Grand Siècle. Son style allie naturel, vivacité d’esprit et sensibilité, tout en reflétant les valeurs sociales et morales de l’aristocratie classique.

Fénelon (1651–1715), écrivain et théologien, est l’auteur des Aventures de Télémaque, roman pédagogique et politique. Il y défend une monarchie modérée, la vertu et la simplicité, selon une esthétique classique teintée d’humanisme chrétien.

La Bruyère (1645–1696) est l’auteur des Caractères, où il dresse des portraits satiriques de son époque. Son style concis et moraliste, alliant clarté et ironie, illustre pleinement l’esthétique classique fondée sur l’observation de l’universel dans le particulier.

La Fontaine (1621–1695) renouvelle la fable en alliant le charme du récit à la profondeur de la morale. Son écriture souple et élégante reflète l’idéal classique d’une beauté naturelle, entre légèreté apparente et richesse de sens.

Descartes (1596–1650), philosophe et écrivain, pose les fondements du rationalisme moderne avec son Discours de la méthode. Son exigence de clarté, d’ordre et de vérité s’inscrit dans une démarche préclassique où la raison guide toute pensée.

Pascal (1623–1662) oscille entre raison et foi, grandeur et misère de l’homme. Dans ses Pensées, il mêle rigueur argumentative et profondeur spirituelle, incarnant une forme de classicisme tragique, tendu entre lucidité et inquiétude métaphysique.

Malherbe (1555–1628) est considéré comme le réformateur de la poésie française. Il impose une langue épurée, régulière, soumise à la raison et à la syntaxe, préparant le terrain du classicisme. Son exigence de clarté et de rigueur marque la fin de la poésie baroque et le début d’une esthétique plus sobre.

Boileau (1636–1711), poète et théoricien, codifie les principes du classicisme dans L’Art poétique, où il prône la clarté, la raison, l’imitation des Anciens et le respect des règles. Il défend aussi Molière et Racine, incarnant la figure du critique au service du bon goût.

Bossuet (1627–1704), évêque et orateur sacré, est l’auteur de célèbres Oraisons funèbres et de Sermons. Son éloquence puissante, mêlant grandeur tragique et foi chrétienne, fait de lui une figure majeure du classicisme chrétien, exaltant l’ordre, la providence et la souveraineté divine.

Conclusion

Héritier de l’humanisme du XVIe siècle, le XVIIe siècle en conserve le goût pour les grandes questions philosophiques, morales et spirituelles, mais en resserrant l’expression autour d’un idéal classique de mesure et de naturel. Ce souci de la rigueur et de l’universel prépare indirectement le terrain pour le XVIIIe siècle : les écrivains des Lumières s’appuieront sur l’exigence rationnelle du classicisme pour la dépasser et affirmer de nouvelles valeurs — liberté, tolérance, progrès, esprit critique — dans une perspective plus ouverte et tournée vers la transformation de la société. Ainsi, le XVIIe siècle constitue un moment charnière, tendu entre héritage humaniste et élans modernes.


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