Homophobie : on en est encore là

Le suicide, lundi 1er septembre, jour de rentrée scolaire, d’une directrice d’école, à la suite d’un long et implacable harcèlement homophobe, nous rappelle cette évidence : il y a, en France, encore beaucoup à faire en termes de tolérance.

Accepter l’autre dans sa différence

Tolérer, ce n’est pas soutenir, ce n’est pas approuver, ni même comprendre : c’est simplement accepter l’existence de la différence. Ce n’est pas demander grand-chose. Et pourtant, en 2025, l’homophobie est toujours là, bien présente. Ce terrible événement nous rappelle que l’homophobie tue. Et, quand elle ne tue pas, elle peut rendre la vie difficile à de nombreuses personnes.

Il faut rappeler que l’homosexualité n’est pas un choix. On ne choisit pas davantage son orientation sexuelle que la couleur de ses yeux. On se découvre ainsi, on apprend à vivre avec, on l’assume plus ou moins bien. Longtemps, les personnes LGBT ont vécu dans un « placard », dissimulant honteusement cette différence. Les « marches des fiertés » sont précisément nées pour affirmer haut et fort que nous n’avons pas à avoir honte d’être simplement ce que nous sommes. Aujourd’hui, la loi rappelle que l’homophobie est un délit. Le mariage pour tous a acté le fait qu’un couple homosexuel est un couple doté des mêmes droits qu’un autre.

Recrudescence des actes de haine

Je n’ai plus les chiffres sous la main, mais les militants associatifs me disent que les violences homophobes sont en nette augmentation dans notre pays. Le nombre de plaintes explose, et n’est qu’une partie émergée de l’iceberg, quand on sait que beaucoup de victimes n’osent pas porter plainte.

En particulier, parmi ces violences, il en est une qui prend de l’ampleur et qui est particulièrement abjecte : le guet-apens homophobe. Des hétéros s’inscrivent volontairement sur des sites de rencontre gays, se font passer pour des célibataires en recherche d’une relation, et donnent rendez-vous à des hommes. Mais, là où la victime homosexuelle s’attend à faire une belle rencontre, elle est reçue par un groupe bien décidé à « casser du pédé ». Et se retrouve souvent tabassé, battu, parfois aussi séquestré.

Les réseaux sociaux, canaux de la haine

Il y a ces violences extrêmes, horribles, tragiques. Il y a aussi tout un tas de propos homophobes, moins graves mais beaucoup plus nombreux. Et leur terrain de prédilection, ce sont les réseaux sociaux. Il suffit qu’un article de presse évoque, de près ou de loin, un sujet lié aux personnes queers, pour que pullulent, dans l’espace des commentaires, les propos les plus rances.

Ça ne manque pas, qu’il s’agisse du Queernaval, de l’Eurovision, d’un article sur la Place du Pin (le Marais niçois)… Chaque fois, ce sont les mêmes propos bornés, les mêmes jugements à l’emporte-pièce, les mêmes réactions de rejet et de haine. Les gens, derrière leur écran, ont parfois tendance oublier qu’il y a de vrais êtres humains de l’autre côté, et se permettent de tenir des propos qu’ils n’oseraient jamais tenir dans la vraie vie.

Je ne vois pas d’autre solution que la pédagogie. Expliquer, encore et encore. La compréhension engendre le respect. Une chose à expliquer, c’est le non choix. L’orientation sexuelle n’est pas un choix de vie, ce n’est pas quelque chose que l’on a voulu. C’est quelque chose que l’on découvre, avec laquelle on apprend à vivre, et que l’on assume plus ou moins ouvertement.

L’inversion de la culpabilité

Ce que je trouve particulièrement indécent dans les commentaires publics des personnes qui ont réagi aux articles évoquant le harcèlement homophobe et le suicide de cette directrice d’école, c’est l’inversion de culpabilité dont ils font preuve. Selon ces commentaires, la victime aurait dû être plus discrète, n’aurait pas dû faire connaître son orientation sexuelle, etc. C’est particulièrement abject, parce que cela rend la victime responsable du mal qui lui a été fait. Aussi faut-il le dire noir sur blanc : les seules personnes fautives, ce sont les personnes intolérantes qui se sont permis d’écrire ces messages insultants, blessants et intolérants.

Nombreux sont les commentateurs qui disent qu’ils n’en peuvent plus, qu’ils ont l’impression que « les pédés sont partout », et qu’ils s’affichent de manière indécente. Ils disent, en somme, que, pour éviter tout risque de violence, l’orientation sexuelle d’une personne doit être une information secrète, cachée, et que la révéler, c’est prendre le risque de subir des violences. On assiste ici à une incroyable inversion de responsabilité, faisant en somme peser sur les épaules des personnes LGBT la responsabilité de la violence qui pourrait leur arriver.

Plus précisément, de nombreux commentaires affirment à tort que l’orientation sexuelle d’une personne ne doit pas sortir de sa chambre à coucher. Ce qui est en réalité impossible. Le fait d’être homo ou hétéro n’implique pas seulement la sexualité, mais la vie sociale dans son ensemble. Se promener dans la rue, faire ses courses, aller au cinéma, sont autant d’activités où les couples homosexuels, comme les couples hétérosexuels, sont visibles. Sauf à vivre dans un placard, l’orientation sexuelle d’une personne est une information qui ne peut pas être réellement tenue secrète. Ce n’est pas aux personnes LGBT de se cacher, ce sont aux autres de les respecter.

Vous dites que vous nous tolérez, mais seulement si nous sommes invisibles : ce n’est pas de la tolérance, ça. Les personnes LGBT n’ont pas à dissimuler leur différence, comme si elle était quelque chose de honteux, comme si elle ne devait surtout pas se voir, comme s’il fallait absolument présenter la même apparence que tout le monde. Je pense ici également à mes amis et amies transgenres ou fluides, dont la différence est plus visible.

On retrouve un peu le même problème que les femmes, quand certains prétendent qu’elles ne doivent pas s’étonner d’être harcelées ou violées si elles sont sexy : n’inversez pas les choses, ce n’est pas à la femme de se dissimuler, mais à l’homme de la respecter. De même, les personnes LGBT ont, pour beaucoup, souffert d’avoir dû se dissimuler dans la vie de tous les jours, pour éviter les regards accusateurs et les propos déplacés : dès lors, il n’y a rien d’étonnant à ce qu’elles aient besoin de s’afficher un peu, le temps d’une manif !

Les personnes LGBT représentent 10% de la population. Une personne sur dix, c’est loin d’être négligeable. Et pourtant, quand on se promène dans la rue, on a l’impression de vivre dans un monde totalement hétéro. Je ne crois pas que nous sommes trop visibles, je crois que notre visibilité est encore bien inférieure à notre présence réelle. Nous sommes discrets, en somme. Alors, oui, on commence à nous voir un peu plus à la télé et dans les médias. Il était temps. Mais, non, nous ne sommes pas surreprésentés, bien au contraire. Si notre représentation était égale à notre présence dans la société, on parlerait de nous 10% du temps. Nous en sommes très loin.

Au fond, il y a une peur derrière cette homophobie, qui est celle que ce soit contagieux. Alors, une bonne fois pour toutes, non, ça ne l’est pas. Ce n’est pas parce qu’on fréquente des personnes LGBT qu’on le devient. Certes, cela peut conduire des personnes qui refusaient de l’accepter à sortir du placard. Mais on ne devient pas LGBT, on l’est. Inversement, nous autres gays ne devenons pas hétéros en vous côtoyant. Nous ne représentons aucun risque, aucun danger. Nous sommes juste un peu différents, et encore pas tant que ça.

*

La mort de cette directrice d’école est déjà suffisamment dramatique pour qu’on n’y ajoute pas encore de la haine et du rejet. Pourtant, les articles et posts qui ont traité de ce sujet ont donné lieu à des commentaires vraiment abjects. Il n’y a plus aucune retenue, plus aucun scrupule, plus aucune limite, dirait-on. D’habitude, je passe à autre chose, préférant ne pas m’y attarder. Mais là, ça va trop loin. Je ne citerai pas ces propos abjects, mais croyez-moi quand je vous dis que c’est à vomir. « Il y a des choses que non », dit la poète Claude Ber. Ce qui fait mal, surtout, c’est de voir que ce ne sont pas quelques propos extrémistes noyés au milieu de messages plus tolérants, mais bien un torrent de haine. Cela suffit comme cela.

Voilà, c’est dit. Je tenais à m’exprimer sur le sujet. Je n’y reviendrai pas : je ne compte pas faire de ce blog autre chose qu’un site culturel, littéraire, poétique et pédagogique. Mais là, il fallait dire quelque chose.


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2 commentaires sur « Homophobie : on en est encore là »

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