Une semaine après un bel événement en ligne, c’est dans le monde réel, sans écrans interposés, que l’association « Embarquement Poétique » a dit non à la noirceur du monde. C’était le jeudi 6 novembre, au Bistrot Poète.
La soirée, animée par mon ami Ariel Tonello, était placée sous le parrainage du poète slammeur Michel Saint-Dragon, dont j’ai déjà plusieurs fois parlé dans ces colonnes. Et sous la présidence de Marilyne Bertoncini, poétesse, traductrice, et organisatrice de l’événement.
Shibari vers la liberté
Parmi ses nombreux talents, Ariel a mis en évidence ce soir-là sa pratique du shibari. Cet art japonais est celui du nouage, un art qui possède certes une dimension érotique à l’instar de son pendant occidental, le bondage, mais qui présente avant tout une dimension artistique.

Cette performance prenait ici tout son sens : à l’empêchement matérialisé par les cordes succédait la libération. En ce jeudi 6 novembre, qui était la journée mondiale contre le harcèlement, l’une de nos convives a joué le rôle de la harceleuse, faisant bouger la table, tandis que la pauvre victime, ligotée, ne pouvait se défendre. Puis, petit à petit, les nœuds se sont défaits, et le public a découvert le mot que la victime — consentante ! — écrivait tant bien que mal sur la table : LIBRE !
Quelle belle manière de dire « non à la noirceur du monde » que de ainsi commencer la soirée ! Car tel était bien le propos : ce passage de l’enfermement à la liberté était une métaphore vivante des violences, harcèlements, injustices que de trop nombreuses personnes subissent. La liberté, alors qu’elle devrait aller de soi, être garantie à tout individu, demeure toujours le résultat d’un combat.

Un tournoi de slam
Place ensuite au tournoi de slam ! Michel Saint-Dragon, parrain de cette soirée, nous a régalés d’une performance inaugurale entraînante. Il a l’art de l’oral, la diction sûre et le verbe ciselé. Sa poésie est faite pour être dite, même si elle se décline aussi en plusieurs recueils édités.

Ensuite, les candidats se sont succédé au micro, chacun apportant sa touche personnelle à l’événement. On peut les féliciter pour l’originalité et la diversité de leurs prestations, de la tristesse à l’humour en passant par la colère. Il y avait des participants de tous âges, de l’étudiant au retraité. Moi, pour cette fois, j’étais membre du jury, avec deux autres amies passionnées de culture et d’art. Je devais donc noter les prestations sur dix, en prenant en compte à la fois le texte poétique lui-même et l’engagement performatif des candidats. Un autre convive se chargeait d’être « la loi », s’assurant que les règles étaient bien respectées, notamment la règle de temps (trois minutes, avec une tolérance de dix secondes). Mais nous n’avons pas trop sanctionné les poèmes longs !

Les images qui suivent représentent les différents candidats qui se sont succédé au micro. On peut applaudir leur talent, leur imagination et leur courage. Certains se prêtaient à ce jeu pour la première fois de leur vie. D’autres étaient rompus à l’exercice. Tous nous ont donné à entendre leur passion pour la poésie, et cela fait vraiment plaisir de voir que, à rebours de tant de discours qui la prétendent morte ou réservée à une poignée d’initiés, elle séduit tous types de publics.














☆
C’était la première fois, si je ne me trompe pas, que l’association Embarquement Poétique organisait un tournoi de slam. Au vu de l’affluence, de la bonne humeur et de la qualité des prestations, on peut dire que l’expérience est un franc succès. Je suis toujours très heureux de voir que la poésie est bien vivante à Nice, et qu’elle est choyée par Camille et Aurore, qui ont su faire du Bistrot Poète un lieu où la poésie se sent chez elle. Et ça, ce n’est pas rien !

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