Les Journées Poët Poët, c’est parti !

L’émotion était palpable, jeudi soir, au Bistrot Poète. Dans ce lieu chaleureux peuplé de sculptures et de peintures, tenu par les adorables Aurore et Camille. Ce n’est pas tous les jours que l’on a vingt ans. Les Journées Poët Poët sont nées en 2006, en même temps que la compagnie « Une petite voix m’a dit » qui les porte fièrement, parmi d’autres projets.

Vingt ans de spectacle vivant, ça se fête !

Sabine Venaruzzo

Et pour célébrer dignement ces vingt ans, nous avons prévu les choses en grand. Vingt journées réparties tout au long de l’année, en conservant le noyau des dix jours au mois de mars, pour le Printemps des Poètes, du 11 au 22 mars. Pour la première fois en vingt ans, nous ouvrons donc les Journées dès le 15 janvier, avec une première soirée exceptionnelle.

Il faut le dire, le Bistrot Poète était comble, ce jeudi soir, et il y avait des personnes qui avaient du mal à trouver leur place, tant ce rendez-vous était attendu. Parmi le public, de nombreuses personnalités du monde de la poésie et du spectacle vivant, venues souffler avec nous ces vingt bougies, dans la joie et la convivialité.

Alors, pour commencer, Sabine Venaruzzo a présenté le bilan de ces vingt années de spectacle vivant. Le PoëtBurö, réuni autour d’elle, a annoncé quelques-uns des noms des nombreux invités qui nous feront la joie d’être présents pour cette vingtième édition. Combinaisons de plongée, masques, tubas, bouées, brassards : à l’image de l’affiche du festival centrée sur la mer, nous portions ces ustensiles comme métaphores de la difficulté de surnager dans un monde toujours plus sombre, et du besoin de conserver un grain de folie, un esprit de poésie, et toute notre humanité, face à la réalité.

Le PoëtBuro : sous la poésie, la plage !

De la poésie dans une actualité sombre

Murielle Gnutti

En effet, l’actualité du moment s’est invitée plusieurs fois dans la première partie de la soirée. La situation en Iran, où des révoltes sont actuellement réprimées dans le sang, a été évoquée suite à la lecture d’un poème provenant de ce pays, que nous avons reçu dans le cadre du concours d’écriture que nous lançons cette année. Murielle Gnutti, professeure de documentation dans un lycée, comédienne, amoureuse des mots, et membre du PoëtBuro, a été très heureuse de lire ces vers très touchants.

Olivier Baudoin, photographe et écrivain, a rapporté des anecdotes touchantes tirées de son dernier livre, sur la situation en Palestine. Il a fait de nombreux voyages en Israël, en Palestine, en Cisjordanie, et nous en apporte une vision personnelle par ses mots et ses images. Il raconte, dans son dernier livre RésiDANSE RésiSTANCE, toute la générosité et toute l’hospitalité d’un peuple souffrant. Il faudra vraiment que je lise ce livre et que je vous le présente.

Marilyne Bertoncini

Marilyne Bertoncini, poétesse, traductrice, présidente de l’association « Embarquement poétique », a fait part des censures récurrentes qu’elle a subies sur Facebook, simplement parce qu’elle a voulu rendre hommage à la poétesse américaine Renée Good, assassinée par la milice de l’immigration américaine. Elle a lu le poème en anglais qu’elle a écrit pour témoigner de cette injustice patente, et qui sera publié dans une anthologie au profit de la famille de Renée Good.

Daniel Fillod, artiste plasticien qui décorera de ses œuvres la Coupole de La Gaude lors de l’une de nos soirées de mars, est également intervenu pour proférer un cri-chant en provenance directe du Népal, ce pays où, à une époque où il n’existait ni téléphone ni Internet, l’on communiquait d’une vallée à l’autre par la voix. Les paysans tyroliens yodlaient, les Népalais eux aussi, à leur manière, chantaient, et c’est cela que Daniel Fillod a voulu nous offrir ce soir.

Place à la lumière

Marc Alexandre Oho Bambe

Après ces rappels d’une actualité tragique, place à la lumière. Car c’est vraiment ce qui frappe l’esprit dès que l’on entend Marc Alexandre Oho Bambe. Il est lumineux, il rayonne. Il a la simplicité des plus grands. On voit tout de suite qu’il vient du slam. Il sait moduler sa voix, varier le débit, alterner les moments enflammés et les moments plus posés, capter l’attention et galvaniser les foules. Mais son charisme vient de plus loin. On sent toute l’influence de la tradition orale camerounaise, les chants de sa grand-mère, et celle de la poésie des Césaire, des Senghor, des Char et des Hugo.

Marc Alexandre Oho Bambe est venu très jeune à l’écriture. Il raconte avoir écrit, enfant, un poème pour la fête des mères, comme beaucoup d’enfants le font. Mais lui, après avoir fait pleurer d’émotion sa mère, s’est dit : c’est cela que je veux faire dans ma vie. « Je veux être poète pour faire pleurer de joie ma mère. Je suis poète par amour », dit-il. Cette générosité se ressent d’emblée. Dans la forme, dans le ton, mais aussi dans le fond, puisque la poésie de Marc Alexandre Oho Bambe est un grand chant de fraternité, un grand chant humaniste, où il espère panser les maux par les mots, célébrer l’humain, et rendre le monde supportable.


Quelques souvenirs en vidéo

J’ai réalisé un petit montage permettant de conserver le souvenir de cette belle soirée au Bistrot Poète. Je vous prie de bien vouloir excuser par avance la qualité très relative de cette vidéo simplement tournée avec mon téléphone portable, avec les moyens du bord. Mais j’espère qu’elle suffira à vous donner envie de découvrir davantage notre festival, et de lire les magnifiques recueils de Marc Alexandre Oho Bambe !


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2 commentaires sur « Les Journées Poët Poët, c’est parti ! »

  1. Chanter, Danser, pour continuer, encore et encore , de
    « Marcher avec la Lumière dans le Coeur »,
    Merci à tous pour cette «  É- Motion » ,
    avant, pendant et après : Poèsie Vivante .
    « Et de la terre sourd le rythme, sève et sueur, une onde odeur de sol mouillé

    Qui trémule les jambes de la statue, les cuisses ouvertes au secret

    Déferle sur la croupe, creuse les reins tend ventre gorges et collines

    Proues de tam-tam. Les tam-tams se réveillent, Princesse, les tam-tams nous réveillent. Les tam-tams nous ouvrent l’aorte.

    Les tam-tams roulent, les tams-tams roulent, au gré du cœur. Mais les tam-tams galopent hô! Les tam-tams galopent.

    Princesse, nos épaules roulent sous les vagues, nos épaules de feuilles tremblent sous le cyclone

    Nos lianes nagent dans l’onde, nos mains s’ouvrent nénuphars, et chantent les alizés dans nos doigts de filaos.

    Mais lumière sur nos visages plus beaux que masques d’or!… »[

    L S Senghor, Œuvre poétique,
    « Épîtres à la princesse »

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