A venir : la performance de J.D. Iblis sur la plage de Nice

J’ai le plaisir de vous annoncer la performance poétique de mon ami J.D. Iblis, samedi 8 mars, sur la plage du Centenaire, à Nice. Un piano sans musique, le soleil, la Méditerranée, et la poésie… Le poète a généreusement accepté de répondre à mes questions. Entretien.

LittPO : Peux-tu nous parler de la performance que tu prépares pour le 8 mars ?

J.D. Iblis : Cette performance poétique aura lieu à Nice, sur la plage du Centenaire. Elle a été préparée dans le cadre de l’association Embarquement poétique, présidée par Marilyne Bertoncini, dans laquelle je m’investis beaucoup. Elle se composera de deux parties.

Le premier temps consistera en l’installation d’une toile d’araignée de shibari sur un piano. En effet, tu sais que je pratique l’art japonais du shibari, art du nouage des corps, proche de ce qu’on appelle en occident le bondage, mais avec une dimension artistique et spirituelle en plus de la dimension érotique. Il n’y aura pas de musique : juste ce noyautage du piano.

Ensuite, j’enchaînerai trois poèmes sur la violence et la libération, prononcés face à la mer Méditerranée, à côté du piano muselé.

LittPO : Comment t’est venue l’idée de cette performance ?

J.D. Iblis : La performance symbolise la sublimation par l’art de la souffrance, une libération cathartique, un exorcisme. C’est une façon de dire « Plus Jamais » à une période de ma vie.

Le titre de la performance vient d’un bouquin qui s’appelle « Nunca Más », d’où les majuscules aux deux mots dans le titre de ma performance. C’est un recueil des témoignages des victimes enlevées lors de la dernière dictature en Argentine, mon pays d’origine. Bien sûr, je n’ai pas vécu quelque chose d’aussi extrême. Mais je cherchais un titre et le rapprochement dans ma tête m’a permis d’en trouver un.

LittPO : Pourquoi choisir la plage comme lieu de cette performance ?

J.D. Iblis : La plage, c’est avant tout un lieu public. C’est la place publique des exécutions. À la vue de tout le monde. C’est une façon d’exorciser publiquement le mensonge et la violence. C’est une libération poétique publique.

Il y a aussi, symboliquement, le nettoyage énergique de la mer. Grâce à l’intervention de la déesse de la mer Iemonja.

LittPO : Cette performance s’inscrit-elle en prévision d’une prochaine publication ?

J.D. Iblis : Il a été question d’une exposition qu’on prépare avec Fotocello : Mourir et renaître. Maintenant on pense effectivement à un recueil sur la même thématique. Parfois la vie nous oblige à mourir pour renaître plus forts.

LittPO : Pour cette performance, tu as adopté un nouveau pseudonyme. Pourquoi ? Un côté luciférien ?

J.D. Iblis : Il y a à cela plusieurs raisons, comme d’habitude. La première est qu’effectivement je suis dans une période de renaissance au niveau personnel et je change tout, absolument tout. Mes habitudes, mon rapport au conflit, mon rapport avec mon corps, et donc même mon pseudo artistique, qui n’est plus Ariel, qui n’est pas mon vrai prénom non plus, attention.

Ensuite, il s’agit d’un pseudo littéraire que j’avais quand j’étais adolescent. Et sa numérologie est plus intéressante que celle d’Ariel. Pour Ariel c’est le 3 ; pour J.D. Iblis c’est le 11, ce que je ne savais pas quand je l’ai choisi au lycée.

Ensuite c’est une façon d’effacer les rapprochements qu’on pourrait faire à ma vie personnelle et à celle des personnes qui ont inspiré ma performance.

Et pour finir oui, j’aime bien le côté ambigu de ces personnages mystiques et mythologiques qu’on peut relier assez facilement : Iblis le tentateur qui n’est pas méchant en soi vraiment, Loki qui est un dieu mais aussi un géant, Pan qui est une force protectrice mais aussi dangereuse. Donc mon art est censé déranger pour aider le public à évoluer comme moi j’ai dû évoluer. C’est une revendication du sombre, comme tu sais que j’ai l’habitude de faire.

Et tu parles de « luciférien », je me permets de rappeler qu’avant le christianisme « Lucifer » c’était la première étoile du matin, Vénus, donc le porteur de lumière. Encore une ambiguïté intéressante qui invite à la réflexion.

LittPO : Cette performance est donc pétrie de symboles…

J.D. Iblis : C’est important les symboles. Car je parle de sujets qui atteignent beaucoup de monde, un grand nombre de personnes a vécu la violence, mais le fait d’utiliser des symboles ça permet que plus de gens s’y retrouvent. Si je ne parlais pas par le biais des symboles ou d’images poétiques, si c’était par exemple un article de journal plutôt, alors l’effet d’identification serait largement réduit, et cela serait dommage.

LittPO : Quand as-tu écrit ton premier poème ? Quand as-tu su que tu voulais devenir écrivain ?

J.D. Iblis : J’avais dix ans ! C’est étrange. Comme un petit clin d’œil de l’univers. Tu sais, dans les livres et dans les films, l’introduction de l’histoire est clé, car on nous donne des indices de ce qui va se passer par la suite. Moi j’ai écrit ce poème mais après plus rien pendant plusieurs années. En revanche j’avais toujours voulu devenir écrivain.

LittPO : Et une remarque sur le fait d’écrire en français ?

J.D. Iblis : Que ce n’est pas évident ! Ça ça se dit pas, ça c’est pas du français, en français on dit pas comme ça, je ne sais pas ce que tu as voulu dire, ah, ça c’est de l’argentin ! Vous êtes difficiles comme votre langue ! Mais j’ai accepté le défi, j’espère très sincèrement être à la hauteur…

LittPO : Eh bien, cher J.D. Iblis, cette performance s’annonce passionnante et je te souhaite tout le succès possible !

ℹ️ Informations pratiques : Rendez-vous sur la plage du Centenaire, à Nice, à 15 h. La performance aura lieu sous les arches du Quai des Ponchettes en cas de pluie.


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2 commentaires sur « A venir : la performance de J.D. Iblis sur la plage de Nice »

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