Il y a, auprès du grand public, un malentendu persistant à l’endroit de la poésie, sans doute partiellement entretenu par l’école. La poésie, trop souvent, apparaît comme une façon d’enjoliver le langage, comme un discours oisif et inutile, une rêverie certes jolie mais insignifiante, une façon compliquée de parler pour ne rien dire. C’est passer à côté de ce qu’est la poésie.
La poésie, subversive par nature
La poésie n’a pas vocation à s’écrire en lettres rondes dans un cahier de travaux pratiques. Elle n’est pas là pour faire joli. Elle n’est pas faite pour être sagement récitée, mais pour être déclamée, proférée, expirée. Elle n’est pas une fille modèle. Elle n’est pas faite pour les enfants sages. Elle n’est pas là pour nous dire ce que nous voulons entendre. Elle est subversive par essence, même lorsqu’elle ne cherche pas à l’être, surtout lorsqu’elle ne cherche pas à l’être. Elle ne se soucie pas de ce qui se dit ou ne se dit pas. Elle n’a pour but que de dire ce qui est. Présenter les choses, non telles qu’on a pris l’habitude de se les représenter, mais telles qu’elles sont vraiment. Sans enjolivure inutile. Sans pour autant noircir le trait.
Subversive par nature. Canaille par essence. Suspecte, d’emblée, dès Platon, qui voulait exclure le poète de la Cité. Le poète est un peu louche, lui qui donne l’impression d’être inspiré par les Muses, de parler aux arbres et aux dieux. Son propos dérange. Il ne faut pas oublier que le recueil français le plus lu et le plus étudié aujourd’hui a d’abord été condamné pour outrage aux bonnes moeurs. Je veux parler, bien sûr, des Fleurs du Mal de Baudelaire, parues en 1857.
Le poète revendique volontiers sa posture de poète maudit. Il en joue, parfois, certes. Mais c’est par essence que la poésie dérange. Elle n’est pas, comme le roman, une histoire que l’on raconte. Elle n’est pas, comme le théâtre, une action que l’on montre. Elle dit ce qu’on ne dit pas, elle révèle ce qu’on ne voit pas, elle réinvente le langage pour adhérer aux choses et aux êtres. Quoi qu’elle dise, elle dérange.
Où qu’il aille, le poète fait du grabuge. Du remue-ménage. Il se range plus volontiers du côté des exclus, des parias, des éclopés de la vie, que sous les ors de la République. Plus volontiers sur les scènes underground que dans le silence feutré des ministères. Il ressemble parfois au chamane, au sorcier, au druide, ces figures respectées pour leur savoir, mais que l’on craint en même temps, parce qu’on ne les comprend pas vraiment. Le poète a ce pouvoir, qu’il partage avec les autres artistes, de créer.
Subversif, marginal, incompris, le poète a pourtant un rôle social essentiel. La place de la poésie n’est pas dans une tour d’ivoire mais bien au coeur de la Cité. Il est la bouche de ceux qui n’ont point de bouche, pour paraphraser Césaire. Il est la voix de l’Humanité. Il dit ce que nous ne voulons pas forcément entendre. Il nous montre les choses autrement. Il nous place face à nos propres incohérences. Il bouscule nos idées reçues. Il nous oblige à mettre nos routines sur « pause », et à prendre le temps de vraiment considérer le monde. Il fait du grabuge.
Du grabuge. Du remue-ménage constructif. Du désordre organisé. Une saine pagaille. Un gai vacarme. Une vocifération salutaire. Pour remettre de la vie dans les mots. Pour désencroûter la langue. Pour décalcifier la parole. Pour que « je t’aime » ne soit plus une phrase que l’on récite machinalement par habitude. Pour rappeler que la poésie n’est pas une jolie chose gracieuse, mais une parole essentielle.
J’eusse bien aimé que « Grabuge » fût le prochain thème du Printemps des Poètes. Ça aurait eu de la gueule. Et ça commençait par la bonne lettre. Il n’en sera rien. Le thème a été récemment révélé : ce sera la Grâce. Un thème intéressant malgré tout, mais à mon sens beaucoup moins porteur. On fera avec. En attendant, dans les colonnes de Littérature Portes Ouvertes, nous ferons du grabuge.
Du grabuge. J’aime beaucoup ce mot, pour son sens comme pour sa sonorité. J’aimerais bien, au sein de Littérature Portes Ouvertes, créer une revue annuelle ou semestrielle de poésie, qui porterait ce titre. Et dont cette anthologie numérique serait le premier numéro.
Trente-huit. Vous avez été trente-huit à répondre à l’appel à poèmes. C’est formidable. C’est la preuve que le rendez-vous pourra être reconduit. Avec d’autres thèmes, mais avec le même esprit. Pérenniser le rendez-vous de la revue Grabuge, une à deux fois par an.
Voici, donc, trente-huit propositions, trente-huit explorations du grabuge, présentées dans l’ordre chronologique de réception des poèmes. Une belle diversité de poètes, hommes et femmes, jeunes et moins jeunes, français et étrangers. Je vous remercie tous, sincèrement, d’avoir répondu à l’appel.
Sommaire
- La poésie, subversive par nature
- Sommaire
- 1. Xavier Giovannetti
- 2. Yvre
- 3. Michel Borla
- 4. Dominique ‘Oriata Tron
- 5. Christophe Condello
- 6. Simon A. Langevin
- 7. François Yo Gourd
- 8. Elizabeth Guyon-Spennato
- 9. Viviane Ciampi
- 10. Alix Lerman Enriquez
- 11. Lola Berthomé
- 12. Amélie
- 13. Cilcee
- 14. Carine-Laure Desguin
- 15. Mapa
- 16. Marie-Christine Mouranche
- 17. Abel Abilheira
- 18. Ericiel
- 19. Jérôme Sauveur
- 20. Christelle Ceccon
- 21. Bernard Esnault
- 22. Dominique Thavez-Pipard
- 23. Œil2mata (Marie-Pierre Grinda)
- 24. Mario Badino
- 25. Véronique Lévy Scheimann
- 26. Michelle Grenier
- 27. Mushiko Tawamo Deo
- 28. Lievenn
- 29. Olivia
- 30. Dominique Zinenberg
- 31. Patriscio (Patricia Sciortino)
- 32. Yono-Si
- 33. Jean-Charles Paillet
- 34. Ariel
- 35. Iffig Lgdc
- 36. Célie
- 37. Murmure
- 38. Gabriel Grossi
1. Xavier Giovannetti
Buge ?
Oui
Dis-moi
Oui
C'est la fin de l'abondance, non ?
Oui
Et toi, tu fais du gras !
Oui
Xavier Giovannetti vit et travaille à Aiglun, paisible village de la vallée de l’Estéron, dans les Alpes-Maritimes. Peintre, il expose dans une galerie au coeur du village. Son travail actuel évoque des mosaïques abstraites qui sont autant de réflexions sur la couleur.
2. Yvre
C’EST BEAU, DE L’AIR ! *
Inspiré des poèmes... interdits (de 1857 à… 1949, désormais enseignés) des Fleurs du Mal !
«L’homme a besoin de ce qu’il y a de pire en lui s’il veut parvenir à ce qu’il a de meilleur.» (Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra)
7 pieds, alternance féminine-masculine par strophes
Montrant au ciel tes doigts noirs,
Toi clocher accusateur,
Crache tes Satan des soirs,
Concertos en glas majeur !
C’est par ma plume arrachées,
Par mes désirs de vampire,
Que sont mes fureurs mêlées,
Pour le meilleur et le pire !
J’aime entendre par les yeux,
Moi le cinglé rimailleur,
L’or de l’enfer et des cieux,
Mais suis dès lors fossoyeur !
Vous, banquiers et vous notaire,
Moi qui jamais ne fus riche
Et suis resté prolétaire,
Délaissez mon âme en friche !
Vous mes sœurs, de mes égards
Vous devrez vous démunir,
Ainsi que de mes regards,
Et démons redevenir !
Si fières étaient nos ombres
Et tout autant nos planètes,
Ne restent plus que décombres
Et des jours comme tempêtes !
Je fus sceptre et vous manchons,
Moi la pluie et vous limons,
Vous fioles et moi bouchons,
Mais nous finîmes sermons !
Étiez-vous Diable ou bien fées ?
J’ai chéri boire à vos orgues,
Mais si vous étiez trophées,
Charognes, irez aux morgues !
Après, ce sera selon
Que je serai soûl ou pas,
Dans un grotesque salon
Ou parti vers le trépas !
* graffiti d’étudiants parisiens apparu lors du procès des Fleurs du Mal en 1857
Né d’un père artisan graveur d’art sur bois (travail avec Foujita, Leonor Fini et… Dali), j’ai baigné dans les arts depuis toujours. Je me suis d’abord lancé dans la peinture, qui est devenue source d’illustrations pour mes recueils de poésie. Montherlant ayant reporté le premier que Éternité et Étreinte étaient des anagrammes, toute ma poésie est distribuée en deux parties: Humains face à la Nature et Humains face à face. Une réflexion personnelle s’est peu à peu construite de mon travail poétique. Sans la poésie, la vie ne serait que ce qu’elle semble être… Au printemps 2023, j’ai l’honneur d’être lauréat d’une centaine de prix de poésie.
3. Michel Borla
Le pli est pris
Narcisse enfant
A l’abri dans les plis
De l’aube à l’uniforme blanc
Examen réussi
Blessures légères balles à blanc
Anesthésie
Et puis depuis toi je revis
Chèque en blanc pour la vie
Les vacances à la neige
Les enfants-goélands
Prise de bec j’ai grossi
Blessure légère anesthésie
On oublie
Murs de papier
Glacés froissés
Dans nos draps blancs
Le pli est pris
Sauf accidents
Désormais plus fréquents
Je rentre dans le rang
Je plie
En secret J’écris
Noir broyé sur fond blanc
Le poison stagne dans les plis
Noires les nuits et les jours gris
Anesthésie
Position de repli
Anesthésie
Pourtant je vis
Mais en secret le pli est pris
Au comptoir enfer blanc
Des oublis et des blancs
Partout dans ton emploi du temps
Remplis tous les soirs au comptoir
Remplis les verres de blanc
Le pli est pris
Tous les soirs la vie plie
Verre pilé rouge sang
Pour hier soir j’ai un blanc.
Michel Borla est né en 1958. Anciennement professeur d’anglais, il est également musicien auteur compositeur. Il écrit essentiellement des chansons, mais aussi des textes qui deviennent ou pas des chansons…
4. Dominique ‘Oriata Tron
FONCTION DE L'ECRIT VAIN (opus 1991 de D.O.TRON, le 15 mai 2023 à Papéété)
Faire du grabuge, même pour rien...
Un art de vivre, pour les mandarins !
Ca brouille les pistes et distrait des cris
du cochon qu'on saigne dans les coins
et même des frustrés des fruits
de la boucherie, ou de l'arrogance
anthropophage de la bouche qui rit
fort ou, très sexy ça sauve peut-être
de ménades en train de dépecer Orphée .
Démodée sa lyre sobre , sa vision abusive
De la femme , sauvée seule du Jardin
par le grand rap des décibels
des cyborgs conquérants aveuglants
caquettant noctambules parmi les gloussements
des poules de luxe, libérées du Silence..
Grabuge des voyoucraties en guerre
pour faire taire tout grabuge
dévaluant leurs tours d’enfer.
Interdiction de la tranquillité,
Sauf soumise et résignée
aux concerts de casserolles
des bourreaux et des victimes.
tous proclamés victimes des insensés,
tous pour de vrai malades de la peste,
tous chasseurs se prétendant chassés.
Grabuge planétaire de cris vains
Sauf à finaliser Babel et le Déluge
Où bande la tour bibliothéque
des écrits vains, du samsara
Par la dispute des gladiateurs
aux yeux crevés par le Grabuge !
Dominique Tron, ‘Oriata de son nom polynésien, est né en 1950. Peintre, il a exposé notamment à Pacific Arts (Huahiné & Mooeéa), à l’Abri Coco, au Hangar de Sigale… Il a étudié et enseigné la danse et le théâtre en Europe, en Asie, en Afrique et en Océanie (des centaines de documents sur Youtube), a publié des poèmes et des proses aux Editions Seghers (Kamikaze Galapagos), à la Bartavelle (108 poèmes clés), chez Losfeld (La science-fiction, c’est nous), Ixia (Le jeu secret de l’arc en ciel), Waringin (Naître à la Danse Cosmique), et sur Over-Blog (Traverser le Mirage), sur Ekla-Blog (Les premiers usages de l’adjectif catalytique en art et en littérature), sur SlideShare des versions illustrées d’adaptations de son THEATRON en français , tahitien, tamil, espagnol, anglais avec une conduite de scène, etc…
5. Christophe Condello
Coup de tonnerre
Effleurerons-nous
la pulpe des secondes
printanières
une envolée de soupirs
nos lèvres éprises
de clairières et d’écho
dans un espace désempli de tout
effleurerons-nous la naissance
ardente
de l’aurore
et de colombes noires
un coup de tonnerre
rédempteur ?
Christophe Condello, poète, haïkiste, blogueur et chroniqueur, est né à Grenoble. Il vit entre Laval et St-Côme, au Québec, depuis 1996, et a publié sept recueils de poèmes. Il est directeur littéraire de la Collection Magma Poésie, collection de poésie contemporaine, chez Pierre Turcotte Éditeur.
6. Simon A. Langevin
Horripilation
mes ongles griffent les pallaques dans les tunnels gris
et leur plaisir déferle jusqu’à la forêt de Frelighsburg
les plaques d’acier du samedi suivant
cachent des photos de lésions histologiques
et la nourriture destinée à l’instant précis
un découpage livide truffé d’endroits secrets
et de ferraille
indique la suite des machines inutilisables
mes tempes argentées comme de modestes insignes
dans le morcellement de l’aube sans soleil
morne silence partout
devant l’usine sans dessus dessous
bloquée de pièces métalliques sans aucune couleur
j’ai le visage défait du cuistre
devant les mosaïques monochromes
collées à mes doigts
Simon A. Langevin est auteur aux éditions lpb et à la revue La page blanche.
7. François Yo Gourd
Traverser le chaos avec des essuie-tout afin d'effacer la bêtise qui encrasse l'univers. Je souffre dans le tube afin de faire un trou dans la couche d'ozone pour faire une bulle avec de l'espoir. J'écris comme ça sort avec un désordre majestueux. Je fais la révolution avec des mots de désordre. Je donne du miel aux orphelins Je dénonce les injustices avec mes faux cils et mes mots de désordre. J'ai entarté des pompeux cornichons. Je fus candidat pour le parti Rhinocéros du Canada en promettant de ne jamais tenir mes promesses. J'efface de la face du monde les ingrats et les militaires. Je ne suis pas un beau poème mais un cri dans le ciel comme un oiseau qui a soif de liberté. Du chaos naîtra le nouveau monde.
Publié 1 livre en 1986: Chien Kamikaze condamné à Vivre
Fait plus de 10 documentals qui sont disponibles sur youtube à François Gourd
Publié en 2023 Correspondance entre deux rectums de l’Université de Foulosophie, Entre Fernando Arrabal et François Gourd.
2 livres terminés mais non publiés: Le Cri des kots texte de 2015 à 2020
Le Crime de Covid Plouffe: Textes de 2020 à 2023
et plein d’autres belles aventures depuis 1967.
8. Elizabeth Guyon-Spennato
L'odio si allontana
Il temporale è iniziato di nuovo
La pioggia mi cade addosso
Ora la grandine
E non so che altro
Verrà a pesare sulle mie spalle
Il ricordo di voci nemiche
Disturba anche la mente
Frasi insensate
Pugnalate allo stomaco
La notte provo a dormire
Ma l'angoscia
Mi tormenta sempre
Ad ogni momento
Mi aspetto
Un altro colpo di telefono
Un pugno in piena faccia
Insinuazioni
Accuse
Rimproveri
Un lampo ha colpito
Il mio eroe
Voci nemiche e omicide
Soffiano un vento
Ancora più freddo
Più avvelenato che mai
Coprendo anche
Il fulmine del lutto
È passata la tempesta
Per oggi, per sempre
L'odio si allontana
La haine s’éloigne
L’orage a de nouveau repris
La pluie me tombe dessus
À présent la grêle
Et je ne sais quoi d’autre
Qui viendra peser sur mes épaules
Le souvenir de voix ennemies
Trouble aussi mon esprit
Phrases insensées
Coups de poignard à l’estomac
La nuit j’essaie de dormir
Mais l’angoisse
Me torture tout le temps
À chaque instant
Je m’attends
À un autre coup de téléphone
Un coup de poing en pleine face
Insinuations
Accusations
Reproches
Un éclair a frappé
Mon héros
Des voix ennemies et meurtrières
Soufflent un vent
Encore plus froid
Plus empoisonné que jamais
Couvrant même
La foudre du deuil
La tempête est passée
Pour aujourd’hui, pour toujours
La haine s’éloigne
D’origine italienne (île d’Ischia), Elizabeth Guyon Spennato compose ses poèmes en chinois traditionnel et en italien. Huit de ses livres ont été publiés. À Taïwan où elle a étudié, ses poèmes paraissent régulièrement sur le magazine historique de poésie « Li poetry ».
9. Viviane Ciampi
Grabuge, une mémoire
Il pourrait s'agir d'une belle histoire, clinquante
‒ ingrédients réunis ‒
personne n'aperçoit les maisons qui croulent.
Tout est calme, tout : l'azur mord l’azur, les mots sont là
chantent-grincent, claquent aux crinières des matins.
Une petite fille capture le monde
sur livre d'image, loup en poche.
Puis, les pas de l’enfance deviennent pas d’enfance,
le malheur égrène la fable qui n'est plus la fable.
Le loup gobe la gamine, haine et colère répandent leurs graines,
les mots perdent des voyelles,
l’œil des villes se vide-rétine, brusquement l’opaque.
On croit. On ne croit plus. On ne sait plus.
Donc ici, nommer noirceur, grabuge non quantifiable,
déluge d’amer, sans doute.
Viviane Ciampi (Gênes). Française en Italie, Italienne en France (traductrice, anthologiste), a soif de ces créatures nocturnes que sont les mots, capables de charrier leur matière secrète jusqu’aux cœurs des bêtes égarées qui vivent ici-bas. Parfois, elle sème la parole poétique dans la fragilité d’un peut-être, d’autres fois elle dérive dans le péril d’une jubilation délirante. Écrit dans ses deux langues maternelles et paternelles. Dernières publications aux éditions fili d’aquilone (Rome), Plaine page (Barjols), Al Manar (Neuilly). Prochaines publications : Ed. Sémaphore (Moëlan sur mer), Ed. Exctasis (Toronto). Animatrice et traductrice dans les festivals « Parole spalancate » (Gênes), «Voix Vives (Sète et Gênes) », « Festival international de Ostuni ».
10. Alix Lerman Enriquez
Grabuge
Dans la salle à manger, des verres ébréchés
et du vin rouge qui trace des sillons sur la tables,
des marques de coulure sur la nappe
autrefois blanche immaculée :
traces d’un festin passé figé dans le silence
des lendemains de fête et pour l’éternité.
Lorsque les reliefs d’un repas pantagruélique
maculent la nappe et les assiettes de faïence,
qui la veille encore, étincelaient.
dans l’abondance de nourriture et de vin coulant à flots,
dans les rixes et les pugilats, les duels de coups et de mots.
Dans ce champ de bataille, cette révolte des objets,
dans ce désordre sans nom, ce tumulte passé,
un chat noir virevolte, passe de verre en verre,
de couteau en fourchette, d’assiette en assiette,
redescend au sol pour picorer quelques miettes,
laper le parquet chamarré de rayures et de soleil,
renverser, désinvolte, le pot de lait qui lui était destiné,
miaule comme hurlerait un loup garou aux abois dans la forêt.
Et à travers la fenêtre, l’on entend, de sa voix éraillée, le coq chanter : « L’apocalypse est arrivée ! »
La poétesse Alix Lerman Enriquez est née à Paris le 5 mai 1972 et a déjà publié une quinzaine de recueils de poésie comme Météores (Editions La Bartavelle 2005), A-Contre-jour (Hervé Roth Editeur 2013), Les territoires de la nuit pourpre (Do Bentzinger Editeur 2012), Herbier d’errances (Editions Flammes Vives 2016), Au-delà de la nuit (Editions Les poètes français 2016), Tessons et miroir (Editions Vox Scriba 2017), Estuaire de l’espoir (Editions flammes vives 2018), La morsure du jour sur la mer (éditions les poètes français 2018), Bribes du jour, éclats de nuit, (Editions Stellamaris, 2019), Solstices et saisons (Editions Stellamaris 2020) Tombée du ciel (Editions Les poètes français 2021). Elle est également l’auteur de proses poétiques sur le site de l’éditeur Hervé Roth et anime elle-même deux blogs poétiques Perles de poésie et Aphorismes et petits riens.
11. Lola Berthomé
"Pensez à moi"
Papa, maman, cela fait des jours que je vous entends crier, je n’ose m’imaginer ce qui se passe dans votre cœur à ce moment-là, je n’ose imaginer ce qui se passe dans votre tête, et comment vous choisissez vos mots pour vous exprimer, car j’entends tout, et c’est difficile aussi pour moi. Vous vous lancez des phrases aussi violemment que les quelques objets déjà cassés dans la maison. Mais vous savez bien comme moi que même si on les recolle, il y a toujours une fissure. Alors, vous êtes en train de vous briser l’un et l’autre, vous êtes en train de vous déchirer, et moi, je ne veux pas recoller les morceaux de votre cœur par la suite, ce n’est pas mon rôle, je ne suis qu’un enfant. Papa, maman, je suis aussi malheureux que vous. Parlez moi, même si les larmes inondent vos joues, mais ne vous mettez plus dans une telle colère, vous vous faites tant de mal. Aucun enfant ne souhaite que ses parents se séparent, mais si c’est la solution pour vous protéger l’un et l’autre, alors il faut le faire, même si ça fait mal, même si j’ai mal. On pleurera quelques jours, mais cette tension quotidienne disparaîtra.
Papa, maman, pensez aussi à moi…
Je vous aime
Lola Berthomé, écrivaine amatrice, aime la poésie. Elle est l’auteur de deux recueils intitulés La tête dans les étoiles et Jeux de mots en vrac, servez-vous! Elle participe régulièrement à des concours d’écriture et à des appels à textes.
12. Amélie
NARCISSE
Je veux t'arracher à la mort
Je veux t'arracher à la mort
Je veux t'arracher à la mort
En me noyant avec toi
Si j'arrive à la séduire
Ta maladie
Te laissera partir
Si j'arrive à la convaincre
Ta solitude
Viendra vivre avec moi
Si je te vois dans la nuit
La justice
Ne sera plus aveugle
Je veux t'arracher à la mort
Je veux t'arracher à la mort
Je veux t'arracher à la mort
Avec une métaphore
À couper le souffle
Je veux t'arracher à la mort
Avec mon grain d'amour
Si j'empêche les souvenirs de dormir
Si je danse avec tous les dragons macabres
Si j'outrepasse la sainteté
Si
Je suis plus grand.e que
Nature
Je mords la poussière
Jusqu'au sang
Je veux t'arracher les yeux avec mes yeux
Je veux t'arracher la langue avec ma langue
Je veux t'arracher les mains avec mes mains
Je veux t'arracher à ton corps
Charogne
T'attacher à mon cœur
Charrue
Partager ton mauvais sort
Pour que tu me doives quelque chose
Comme la vie
Paver l'enfer jusqu'à ce que rien
Ne le distingue du paradis
Je veux t'arracher à la mort
Je veux t'arracher à la mort
Je veux t'arracher à la mort
Je veux t'arracher à la mort
Je veux t'arracher à la mort
Je veux t'arracher à la mort
Je veux t'arracher à la mort
Je veux t'arracher comme une fleur
À ton destin
Pour te jeter dans un remède
Contre la peur du noir
Je veux arracher à la mort
Le témoin qui m'a manqué
La conséquence de mes actes
Le sentiment d'exister
Je veux m'arracher au miroir
Que tu me tends
Depuis l'autre côté
Amélie, c’est mon vrai nom. Couturière de métier. Poète de vocation. Avec un peu de chance, vous pourriez m’apercevoir au-dessus du niveau de la mer, filant comme une étoile sur ma trottinette, tapie chez quelque rocambolesque libraire de Québec, tenant le crachoir à mes plantes dans mon château de Limoilou et concoctant avec amour des poèmes à emporter sur ma page Facebook, L’Améliade.
13. Cilcee
Femme
Je suis une femme, mais être femme
cela ne me définit pas
Petite sœur ou grande dame
Écoute, tu te reconnaîtras.
On m’a bien appris à me taire
Baisser les yeux, baisser la voix
Être belle, ne pas trop en faire
Surtout pas trop parler de moi.
Vous semblez croire que ma lumière
Forcément vous mettrait dans l’ombre
Vous me voulez toujours derrière
Silencieuse, dans un coin sombre.
Une femme vous la voulez fragile
Petite fleur à protéger
Une femme, vous la voulez facile
Quand vous vient l’envie de baiser.
J’ai tenté de vous satisfaire
Et vous m’avez tout reproché
Salope pétasse grognasse mégère
Pauvre fille, idiote, coincée.
T’es femme, à tous les coups tu perds
Dans ce jeu les dés sont pipés
Il faut être tout et son contraire
Bonjour la culpabilité !
Ah ! J’ai bien appris à me taire
Ma voix s’est muée en murmure
Mon cœur en mille éclats de verre
a déchiré ma tessiture
Je suis une femme, mais être femme
cela ne me définit pas
Petite sœur ou grande dame
Je sais que tu connais tout ça.
Un homme qui tente de te soumettre
Effacer en toi tes envies
Et qui cherche à faire disparaître
Le feu même qui l’avait conquis.
Une femme bien se sacrifie
Et passe toujours en dernier
En échange on la sanctifie
Piètre prix d’une vie gâchée.
Et moi je suis femme, si femme
Avec la force qui me remplit
Et je n’ai nul besoin de drame
Ni dans mon lit, ni dans ma vie.
Je n’ai pas besoin de souffrance
Je n’ai pas besoin de merci
Et je me fiche des apparences
Ne t'en déplaise c'est ainsi.
C’est le bonheur qui est ma quête
Ce n’est pas un homme à tout prix
Je ne serai jamais parfaite
Mais je peux vivre mes envies
Ah ! J’ai bien appris à me taire
mais je retrouve enfin ma voix
Je sens mon verbe plus haut, plus clair
J’existe alors…
Écoutez moi !
Cilcee
Cilcee est une poète, slameuse et écrivaine à ses heures perdues qui a longtemps bourlingué en France et à l’étranger, en tentant de faire un peu de bien et de comprendre tant que faire ce peut ce monde souvent bien dégueulasse. Tombée amoureuse de l’incroyable lumière de la Côte d’Azur en rentrant en France, elle a décidé d’y faire croître ses racines après une vie d’errance. C’est donc à Nice qu’elle a découvert le slam en 2016, un éblouissement et une révélation. Depuis, elle essaie de répandre la bonne parole du slam, qui est que chacun d’entre nous est un ou une poète qui ne demande qu’à se révéler. Et vive la poésie !
14. Carine-Laure Desguin
poème terrien à gueuler sur l’autre versant lunaire deux points empoigner l’entonnoir de bobonne, lécher les mots courants avant de les écraser sous les semelles vairon d’un chatGTP french cancan, dérouler une feuille de bananier au dernier étage d’une occasion ratée, gratter le miroir des majuscules jusqu’à l’extinction des feux follets, esquisser demain de maître (pas d’erreur non) le jour après celui de l’avant-veille le battement d’un tambour battant pavillon circadien au crépuscule d’une parenthèse, fleurir à profusion un projet de chaos dans un marécage de confettis et puis s’assoir tout de go sur ce grabuge creusé un nénuphar à la fois, un verre de miracles devant les myrtilles et ramer à la rescousse au plus fort de ce duo de mots réchauffement asymptomatique point
Carine-Laure Desguin est née le 07 février 1963 à Binche. Elle aime sourire aux étoiles et dire bonjour aux gens qu’elle croise. Elle a commis pas mal de choses en littérature et dans d’autres espaces aussi. Outre ses publications littéraires, on retiendra l’enregistrement d’un slam, la mise en musique de plusieurs de ses textes par Ernest Hembersin ( leader du groupe Ablaze), la mise en voix par le Box Théâtre de deux pièces de théâtre ( Le Transfert et Rue Baraka). Notons aussi quelques Prix, entre autres le Prix Pierre Nothomb 2014 pour le texte Hélène, Hélène, Hélène et le Prix de la Musicalité pour le concours international Poé’Vies pour le texte Œil nu devant. Carine-Laure Desguin a collaboré de 2011 jusqu’en 2019 au Salon du Livre de Charleroi. Elle réalise depuis 2010 des interviews pour la webtélé https://www.actutv2.com/. Parallèlement à tout ça, ses textes poétiques (ou pas) se lisent dans des revues littéraires comme Lichen, Le Capital des Mots, Le Spantole, Aura, Le tréponème Bleu Pâle, Infusion, La Nouvelle Revue des Élytres et Les Petits Papiers de Chloé, revue pour laquelle cette intrépide chronique à chaque fois une page culturelle relative à Charleroi. Cette autrice qui a participé à de nombreuses œuvres collectives (Éditions Jacques Flament, Éditions Lamiroy) est membre de l’Association Royale des Écrivains et Artistes de Wallonie, des Artistes de Thudinie, de l’Association des auteurs des Hauts-de-France, du Grenier Jane Tony et du Cercle Littéraire Hainuyer Clair de Luth.
Son blog : http://carineldesguin.canalblog.com
Bibliographie :
Rue Baraka, roman, Éditions Chloé des Lys, 2010
Les enfants du Grand Jardin, conte surréaliste, Éditions Chloé des Lys, 2012
Spirales urbaines, poésies, Éditions Chloé des lys, 2013
C’est le même décor, nouvelles, Édilivre, 2015
Des lames et des lumières, poésies, Éditions Le Coudrier, 2015
Album number one, Cinéma magique, textes pour chansons, Éditions Chloé des Lys, 2016
Toujours aussi jolie, nouvelles, Édilivre, 2016
Le Transfert, théâtre, Éditions Chloé des Lys, 2018
À chaos, chaos et demi, Poésie, Éditions La P’tite Hélène, 2018
Putain de Pays Noir, Éditions Lamiroy, Collection Opuscules, 2019
Ceux-là de boue et de merde, Éditions Lamiroy, Collection Apéropuscules, 2021
Misha, le poisson rouge et l’harmonica, Éditions Lamiroy, Collection Adopuscules, 2021
Mises à nu, théâtre, Éditions Jacques Flament, Collection Dialogue, 2022
Digue de cuesmes, quatre-vingt-deux, Chant de Jane N°34, Poésie, Grenier Jane Tony asbl, 2022
15. Mapa
J'ai bu le gras du couillon
Grave jus bleu
D'agrume blond
Mapa : « Mon œuvre fait trois lignes, ma vie doit faire trois points… »
16. Marie-Christine Mouranche
GRABUGE
... et, nous voici aujourd'hui
t'accompagnant comme on dit,
à ta dernière demeure ...
Le ciel est en pétard :
un inquiétant barouf,
formidable grabuge,
annonciateurs d'orage himalayen !...
Au royaume des nuages
ça gronde, ça se castagne,
ça cogne, ça déménage ...
Un pugilat !
Ton ami à côté de moi
dit en montrant le ciel
: Tiens, déjà ! Il est arrivé !...
Nous nous regardons
et nous sourions
en pensant à toi
...pour ne pas pleurer ...
Marie-Christine Mouranche est née en France fin 1944. Arrivée à Madagascar, où son père avait été nommé pour son travail, à la fin de sa première année, elle en est définitivement partie à 18 ans, au moment de la réintégration professionnelle de son père en France. L’essentiel de sa carrière professionnelle s’est effectuée en service social psychiatrique et pour la majorité au Québec où elle est restée après l’obtention d’une maîtrise. Elle est « tombée en poésie » à la fin des années quatre-vingts.
Deux recueils publiés :
• La marchande des quatre saisons, épuisé et maison d’édition du Québec fermée
• Des Astres, ed. Scribest.
Plusieurs manuscrits prêts à être publiés et différentes participations à des revues et anthologies au Québec et en France.
17. Abel Abilheira
Au bout du chemin
Carlitos, le petit Carlos, marche sur des insectes
en leur envoyant une malédiction de son petit pays
à voix haute, pour que ces messieurs l’entendent
qu’ils puissent dire de lui “comme il est intrépide!
qu’est qu’il est adorable, ce gamin”
l’adolescent Carlos lit des ouvrages trapus
qu’est-ce que j’en sais! des gros livres
qui lui gonflent la tête de manière à le faire voler
au dessus de son quartier de chemins de terre
et roulements de matin et soir à l’usine
le jeune Carlos aime comme personne auparavant
et devient père sans les taches connues
si parfait qu’il s’envole avec ses filles de la main
comme il est beau cet univers de lumière
lorsque les ombres purgent leurs peines
au cachot du sous-sol sans porte ni fenêtre
Carlos boit chaque jour davantage
sans savoir qu’il essaye de clore les trous
par où pourrait s’infiltrer la vérité crue du monde
Ainsi s'écoulent les années emportant
les réunions familiales avec leur vacarme
le brouillard boissonneux et la menace des insectes
les livres d'intello et les rejetons de mon âme
Me laissant cette infinie steppe
où au lieu du silence et la paix attendus
martèle le grabuge des voix plaintives
de l'enfant et l'adolescent, du jeune père
et de l'homme mangé par les ombres
tous parlent sans arrêt entre eux et avec moi même
engendrant ce tapage, ce boucan qui m'empêche
lorsque je me croyais arrivé au refuge
de jouir du repos si convoité
José Carlos Alonso Ruibal est né en Galice (Espagne) il y a 56 ans. Il écrit sur Internet sous le pseudonyme Abel Abilheira, surtout en galicien, parfois en français ou espagnol. Il habite depuis quatre ans à Manchester (UK), où il travaille comme ingénieur ferroviaire. Il a auparavant vécu, pour des raisons professionnelles, au Luxembourg, en Corse et en Algérie, tout en ayant passé la majeure partie de sa vie dans son pays natal. « J’aime la mer très présente à mon enfance et adolescence, les arbres et les oiseaux, les promenades au milieu de la nature. J’aime les langues et la lecture. La poésie, celle que je lis et celle que j’écris, c’est le masque et les palmes pour plonger au fond de l’âme. J’aime la poésie depuis toujours mais je n’ai eu que récemment le courage de commencer à en écrire. »
18. Ericiel
La Terre est un immense grabuge
A droite, à gauche, en haut, en bas.
Tout n’est que grabuge.
Le voisin se dispute avec la voisine
Le petit est renversé par un scooter.
Grabuge sur grabuge.
Dans la rue le jeune tabasse le policier
et l’innocent se prend une balle.
Grabuge dans nos rues.
Les couples se déchirent et se séparent,
Les syndicats manifestent violemment.
Grabuge dans nos vies.
De tous côtés la guerre, le bruit, la fureur.
Qui m’indiquera le raccourci vers la Lune ?
Donnez-moi une voile, des bouteilles de rosée
Je m’envole vers un pays de paix,
Adieu.
Le gra quoi ? La Lune, mon refuge.
Poète sans prétention, j’écris depuis toujours, mais par intermittence. Sur des sujets très variés. J’écris sans publier. Je pose des poèmes de-ci, de-là. Je me laisse émouvoir par la vie et les autres poètes. L’important c’est d’écrire et de jouer avec les mots. J’aime aussi lire à haute voix les poèmes des autres et les miens aussi. Vague idée de créer une chaine YouTube de lecture de poèmes… Vague idée de fédérer les poètes des Alpes-Maritimes…
19. Jérôme Sauveur
CROIRE Et si depuis notre naissance, plutôt que vouloir nous modeler Nos parents avaient la décence de nous laisser seuls décider De croire qu’on a besoin d’un guide et de la foi pour vivre en paix Ou de croire que le ciel est vide, et qu’à la fin, tout disparait Et si depuis le premier jour, sans leur vision et sans leur filtre Nos proches, dans un élan d’amour, nous laissaient notre libre-arbitre La liberté d’être de ceux pour qui l’important c’est de croire La liberté d’être de ceux pour qui l’essentiel c’est savoir Et si l’on avait cette chance de pouvoir faire seul ce chemin Sans barrières et sans influences, choisir la route qui nous convient Il y aurait surement, sur la Terre, une minorité de croyants Les religions et leurs travers, seulement un souvenir d’antan Sans doute verrait-on disparaître les radicaux, les extrémistes Tous les gourous et tous les maîtres, les fous furieux, les terroristes Plus personne pour croire leurs mensonges, toutes leurs promesses et leurs mirages Juste impuissants de par leur nombre insignifiant, mis à la marge Ce monde-là est pour demain, d’ici quelques générations Lorsque la conscience des humains élargira ses horizons Lorsque les hommes auront compris et choisiront de mettre à nu La plus grande des supercheries que l’histoire n’ait jamais connue.
Jérôme Sauveur, 45 ans. Poète, parolier, auteur, slameur, chanteur. Passionné de poésie et de chanson française depuis toujours et amoureux des mots. Auteur du recueil « Le petit poète » (autoédition Amazon).
20. Christelle Ceccon
Qui va venir grossir le matin Bise, vent, bourrasque ou bien tempête Tige, feuille, branche devenue arbre ? Murmure, vibration, accord en son et parole pour un Cri Dans la sueur de la goutte Vit une larme, Une giclée filet d'eau Revient à moi Traverse le pont de mes soupirs Comme le grabuge et l'envie dans mon cœur. Christelle Ceccon, pendant une convalescence de juin 2023
Petit parcours slam des années 2000, écriture en dilettante, présence discrète avec une expérience poétique toujours à revisiter.
21. Bernard Esnault
grabuge à bras raccourcis je tombai sur lui dans cette bagarre chacun criait gare cheveux par poignées étaient arrachés on roulait par terre dans cette drôle de guerre tout autour de nous courant dans la boue les enfants criaient tue-le et riaient de férocité on a redoublé et tordu les doigts comme du petit bois par une prise de catch j’ai gagné le match vaincu mon grand frère qu’est-ce que j’étais fier 24-11-2019 ° ! °
Bernard Esnault est poète.
22. Dominique Thavez-Pipard
Grabuge or not grabuge Il n'y a pas de rime comme le mot Belge Il y a des mots plus élégants comme le mot querelle Il y a des mots plus vilains comme le mot casse Il y a des mots plus vulgaires comme le mot barouf (sauf s'il est d'honneur) Mais GRABUGE nous fait la grâce d'exister !
Dominique Thavez-Pipard est présidente de l’association Lire c’est Vivre, qui gère 10 bibliothèques à la prison de Fleury-Mérogis. Elle anime des cercles de lecture auprès des détenus.
23. Œil2mata (Marie-Pierre Grinda)
Grâce à la grâce, le pouvoir se tracasse à vouloir s'accaparer cette immortelle beauté ceux qui la vénèrent s'illusionnent de la posséder! la fraicheur, l'immaculée, la gracieuse , trésor d'une insouciance innée détrône ceux qui la surenchèrent à s'en déguiser la grâce n'a de rencontre que dans l'origine du monde c'est elle qui fait pleurer un père, à la naissance d'un nouveau né; grâce à la grâce, on remercie ceux qui nous ont accompagnés leurs entraides ont honoré la vie, la grâce n'a pas de prix si ce n'est celui d'un simple merci . sa richesse se trouve dans ce merveilleux simple d'esprit la grâce nous emmène, aux dépens de nos peurs a émouvoir cette génèse du coeur grâce à la grâce , l'enfant que nous sommes ou celui qui nous tient la main se partage ce bijou qui brille de mille lueurs , n'a pourtant pas la valeur de ces monnaies d'échange ; grâce à la grâce, un enfant est un ange et grâce à leur grâce nous en sommes aussi
24. Mario Badino
GRABUGE Graver ses vers comme on cisèle un mot, prôner l’équilibre ; mais Baudelaire qui passe à la radio (« Les mouches » qui bourdonnent « sur ce ventre putride ») et la promesse qu’a obtenue le président : la livraison de blindés et de chars légers (« d’où sortaient de noirs bataillons de larves ») ça me ramène plutôt les vers si familiers de Jacques Prévert, extraits de « Familiale » : « elle trouve ça tout normal la mère » des témoignages de torture et de sévices infligés par les militaires les supplices, la guerre, la fermentation naturelle des cercueils, des bières – « la vie avec le cimetière ». L’horreur, mes chers amis mes chères amies, n’a pas changé les plans préparés depuis des mois par nos états-majors On trouve ça tout naturel : « les affaires laissez faire les affaires » Graver son équilibre comme on cisèle un mot, prôner ses vers | prôner des vers divers prôner les vers du nez prôner cela, voyez | voyez de bien prôner l’espoir de résister.
Je m’appelle Mario Badino, je vis dans les Pouilles, en Italie, où j’enseigne au collège. Je suis papa d’Emma et Riccardo. Je suis auteur de trois recueils de poèmes écrits en italien et parfois j’essaie d’écrire en français. Voilà mon grabuge ! Vous me trouverez ici : cianfrusaglia.wordpress.com.
25. Véronique Lévy Scheimann
Nuit grabuge Les mots refusent de s' assembler Ils restent en chien de faïence Impossible de les déloger J'ai beau les secouer On dirait une bande d'ado Avachie sur leur lit Sortie d'une exténuante nuit Je n'ose imaginer le boucan Tintamarre des dernières heures Les mots ont la tête de bois J'attends leur réveil !
Après un parcours professionnel dans les chiffres (statistiques et marketing), me voici auteure illustratrice. J’ai publié six livres de poésie.
26. Michelle Grenier
RAMINAGROBIS Quand les bourgeois dorment ronflant Sous leurs pilous ventripotents, Sur les toits pointus je vais, pattes drues Je suis le chat noir qui rôde. Aucune étoile sous la nue Ne m’a souhaité bienvenue, Aucun roi mage, pas de cadeaux Aucune crèche ni flutiaux. Sous la grand’ lune qui éclaire tout Morbleu ! J’fais les quatre cent coups Guérilléro, poil qui rebiffe Je tague à cent coups de griffes : « Ni Dieu ni maître ni croquette. » Quand la faim me poursuit, crac ! Sur le marché, sans loi, sans trac, Et cric, et croc, et crac, Deux trois sardines dans l’estomac Festin de monarque! En catiminuit, sur les toits en zinc, Une rouquine me fait du gringue Une féline dont je suis dingue, Sous les ombres, elle me grise, Ses yeux verts, verts m’hypnotisent… Matous de tous poils, si vous l’approchez, Votre minois, je vais l’amocher Grabouille ! C’est pas moi qu’on gruge, Ça va en faire un beau grabuge ! Moi, le chat noir, Raminagrobis, Pour l’avoir léchée, une fois rien qu’une, Tel un damné j’erre sous la lune. Pour lui plaire, sur les toits en zinc Je danse la java comme un dingue Et sur des rythmes fous, allègres Sur mon poil court le frisson nègre.
LA POESIE est l’essence du langage pour Michelle Grenier. Une langue qui cavale en bordure des marges, donnant voix aux laissés pour compte. Voix singulière qui nous invite à ne pas nous laisser tentaculer par le chiendent rampant.
FABLES
On prête souvent à la poésie des airs d’austérité voire de mélancolie. Ce n’est pas le cas de Michelle Grenier qui prouve le contraire et sans niaiserie, rimant avec une acuité personnelle sur les choses de la vie. Sur le ton satirique de la fable, elle dépoussière La Fontaine dans un grand éclat de rire, égratigne nos contemporains, source inépuisable d’inspiration tant nous sommes indécrottables ! La parolière de chansons rend hommage à ses grands frères Nougaro, Brassens, Léo, Rimbaud qui ont ouvert la voie où crissent les semelles de vent.
Son site Internet : http://www.michellegrenierpoete.com/
27. Mushiko Tawamo Deo
Mon désir d aller aux Grabuge À cette époque-là quand j’étais aux Grabuge, J’avais envie de marcher sur le tapis rouge, Déployé à l’honneur du roi Mage, Malheureusement que l’agent Serge, Parviendrait en m’en empêchant le passage. À l’horizon il n’y avait aucun nuage, Tandis que nous fûmes surpris par l’orage, Cela me parait un mauvais présage, Dans ce bateau on faisait le tapage, Qu’il n’y avait aucune bouée de sauvetage, Voire même pour tout l’équipage, Mais aussi dans toutes les barges. Les pirates crièrent : « à l’abordage » Remarqua que ce dernier faisait naufrage, On a décidé d’affranchir la distance à la nage, Pourtant des caïmans étaient dans le marécage, Il n’y avait personne pour nous rendre hommage, Voire même quelqu’un pouvant faire notre éloge, Nous rencontrâmes des soldats en brassage, Portant des uniformes de camouflage, Comme c’est dommage ! Parvenant à faire le sondage, Considérant cela à un outrage, Cela nous parait comme un mirage, Concluant que nous faisons le vagabondage, Ils disent que c’est une tentative de sabotage.
MUSHIKO TAWAMO DEO n’a pas présenté de notice bio-bibliographique.
28. Lievenn
Le Grand Grabuge, Le Grand Grabuge perché sur la branche décharnée du pin touché par l’orage l’an dernier lisse ses rémiges et glatit pour la canopée qu’il n’a pas encore trouvé un ciel à sa taille Quelle est l’envergure du Grand Grabuge se demande la fourmi Soulève-t-il charge équivalente à sept fois son poids le Grand Grabuge égrène ses cris soudain la nuée s’éploie le silence se crispe s’envole le Grand Grabuge effleure la foule des flots agrippe l’écume à la crête des vagues le Grand Grabuge n’est pas simplement un oiseau de proie il est peut-être aussi une tornade une montagne qui se déplace un nuage qu’on éventre une pluie scélérate de bon augure une colonie d’échos un chaos de susurrements une panoplie de brisures un texte de cris un petit incendie de plumes une manière d’écrire une façon d’en finir Linné ne nous le dit pas
Lievenn : « À l’instar du céphalopode, je passe ma vie à me soustraire aux regards. Extensible, souple, il est possible que l’espace d’une faille me suffise. J’explore par le rêve le temps. Seul le présent me fait cadeau de lui-même. Je devine, je sens, je fais tache d’encre. Peu m’importe, un rien me pèse. »
29. Olivia
Grabuge, casseroles, affliction. La tempête se lève, souffle, hurle. Mais nous ne sommes pas entendus. Oyez, oyez, gentes dames et braves gens ! Entendez nos voix ! Celles des soignants, médecins, enseignants, Celles de tous ceux travaillant pour la Justice. Entendez nos voix, à nous membres de l’Éducation Nationale. Ohé, le Ministère, connecte-toi avec notre réalité. Arrête la réalité virtuelle ou les substances illicites. Sors de ta tour d'ivoire et de tes chiffres. Et regarde ton école en France : Des professeurs qui passent le plus d'heures devant les élèves par rapport aux autres pays d'Europe. Des enseignants qui sont à plus de 40 heures par semaine. Ben oui, nous travaillons à la maison. Vous voulez voir l'état de mon bureau ? Si vous me cherchez, 4ème tas à droite, Cachée derrière d'autres paquets. "Tout va bien." Des classes de primaire, collège et lycée les plus chargées par rapport aux autres pays d'Europe. Un salaire qui baisse, des prix qui augmentent. "Tout va bien." Des professeurs qui veulent DÉMISSIONNER !!! Des rectorats submergés par des demandes de rupture conventionnelle et qui refusent. "Tout va bien." Des rectorats qui donnent moins de financement aux établissements, ce qui signifie moins de personnels surveillants, moins d'heures de soutien et j'en passe. Des enfants étrangers (UP2A) qui doivent apprendre le français en seulement 2ans et qui sont ensuite jetés dans le cursus, peu importe s'ils comprennent le français ou non, peu importe s'ils sont en échec. "Tout va bien." Et tu vois les établissements non rénovés ? Tu entends tes enseignants qui affirmaient que la réforme du lycée n'était pas bonne et que Parcours Sup encore moins ? "Tutto va bene." Tu ne vois pas ceux qui se sont suicidés dans leur école ? Et ceux assassinés ? Quelques mots sur Twitter, Une minute de silence. Et le train repart. "The show must go on guys !" Mais serais-tu donc devenu sourd ? C'est vrai que tu es une institution ancienne. A Audica, ils pourraient t'aider tu sais. Mais est-ce que tu vois, cher Ministère, Comment le système est en train de Nuire, Discréditer, Desservir les intérêts de l’École ? Combien sont ceux écrasés par le système ! Blessés, entravés, lésés, déçus ! Vous aviez et avez des enseignants passionnés. Et voilà que certains sont brisés. Et au bout de 20 ou 25 ans, on leur refuse une rupture conventionnelle qui leur permettrait de partir avec une indemnité. Car pas de chômage pour les enseignants. "Nooooon !!" Mais pas de réponse positive non plus. "Ah ben non !" Certains veulent partir et on le leur interdit. "What ?!" Les rectorats refusent les démissions ! Rire jaune. Séquestration au travail. Chevillé au corps. Bienvenus dans l'absurde ! Ohé le navire, tu les vois tes noyés ? Ah ben non, puisque tu supprimes 1500 postes d'enseignants à la rentrée 2023. "Logique." Et tes concours désertés, tu les vois ? Et tu nous promets des augmentations qui n'en sont pas ! Et le métier qui se précarise. "Engagez-vous dans l’Éducation Nationale. Faire toujours plus mais avec moins de moyens. Toujours plus pour gagner moins." C'est un tour de magie ! Ils sont forts tes communicants ! Balèzes ! Et en route pour le job dating en pensant que tout le monde peut être enseignant. "Ben oui, c'est facile enfin !" Et on nous méprise ! On nous dédaigne, On nous déprécie, On se moque de nous, On nous mésestime, On nous ignore, On nous tourne le dos. Et on nous invente des salaires mirobolants : "Oh Ghislaine, tu l'aurais pas vue mon augmentation promise sur LCI ? - Mais mon pauvre Jean, ralentis sur le Ricard !" Qu'elle est belle la comédie ! Jean de La Fontaine, Voltaire, Molière et Hugo en auraient des choses à écrire. Ne te méprends pas cher Ministère : J'aime enseigner. Enseigner : être avec mes élèves. C'est ce que j'ai choisi. Mais je suis tellement abasourdie, Stupéfaite, Médusée, Ahurie, Accablée, Consternée, Catastrophée Par tous les dysfonctionnements de ce système que tu veux dissimuler sous le tapis. Une liste entière se déroulant à l'infini. Ne vois-tu pas que la politique de l'autruche n'est plus la bonne ? A quel moment le système changera ? Serais-tu la matrice de Matrix ? Celle qui nous enferme et nous endort avec des illusions ? Ah non ! Tu es, toi, dans l'illusion de la matrice. Tu ne vois donc pas tous ces masques de Vendetta ? Mais pas des masques de vengeance pour nous. Plutôt des masques de colère. Des casseroles (armes de destruction massive) et des manifestations. Mais tu es peut-être aussi devenu aveugle. "Ce que je ne vois pas, N'existe pas. Donc, je n'y crois pas." Sourd, aveugle, enfermé dans la caverne de Platon Face à des demandes simples : Une saine reconnaissance, Un métier reconnu (Car nous sommes des professionnels Et non des petits soldats de plomb). On ne veut plus de ce mépris. Nous voulons Des moyens pour l’Éducation, Des moyens pour nos élèves. Une RÉACTION ! Car ton École est en perdition. Et selon toi, pendant que le navire prend l'eau, qui est en train de s'activer pour boucher les trous causés par des incompétents depuis les années 80 ? Qui est toujours là ? Parce que notre réalité N'est pas ton illusion. J'aime mon métier. Mais voir mes collègues s'éteindre, Les voir partir (et ils ont le droit), Les voir brisés, Voir ce que devient l’École. Ce n'est pas une bourrasque que je ressens. Mais une tempête. Tempête sous un crâne. Tempête dans mon cœur. "Pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu'ils font." (Luc) Ils ne pas savent que ce qu'ils font c'est défaire notre École, Défaire l'humain.
Enseignante de Lettres, amoureuse des mots et des livres. Comme chacun, j’observe, j’écoute, je pense, je réfléchis. Puis, c’est la plume qui prend le relais de mon cœur et de mes pensées quand tout déborde.
30. Dominique Zinenberg
Il n’y a plus d’ordre du jour
Il n’y a que du
GRABUGE
Étoilement du mot en éclats de voix, en fissures, en éboulis
Avec G comme gravats poussière et pollution, falaise effondrée
Avec R comme râle d’oiseaux, poissons asphyxiés échoués sur les grèves : ravage sans reste chantable, sans neige à chanter
Avec le A d’agonie, ciel embrasé par l’incendie
Avec ce B brutalité du bannissement, brutalité de la grande braderie, du super bazar des âmes en peine formant amas de déchets, plastique, pesticide, à inventorier jusqu’à l’Apocalypse
Avec le U des ultras, des uraniums, des usures et usuriers usurpant terre-mer-forets-sourires
Avec le G de la guerre qui claironne, caracole, bombarde, essaime et sarabande rictus amer, avec traînée de poudre, de haine et saccage
Avec le E d’épuisement, d’épave, d’épreuves et EXPLOSION
Gravats, Râle, Agonie, Brutalité, Ultras, Guerre, Explosion
Triomphe du grabuge jusqu’à la lie
et le néant.
Je m’appelle Dominique Zinenberg, je suis née à Paris en 1953. Je suis agrégée de Lettres modernes. Désormais à la retraite, j’ai enseigné plus de 35 ans. Je publie depuis 2014 dans des revues en ligne et papier et des recueils de poésie dont Carnet d’incertitudes (2022) et D’amour la fulgurance (2023) aux éditions Unicité.
31. Patriscio (Patricia Sciortino)
Sans être dramaturge Je me noie soudainement Coulent mes larmes d'argent qui présagent le grabuge Tes si brusques querelles écorchent toujours tes mots mais sans être éternelles Elles diffusent bien des maux Le calme enfin revenu la dispute qui se finit en long baiser répandu est pour moi moment béni
32. Yono-Si
Grabuge climatique Paris est déserté, ses gens sont partis, ses bureaux sont fermés, ses touristes l'ont rayé La Seine s'est enfuie, la mer l'a remplacée Dans cet estuaire saumâtre crocos et piranhas y paissent dans la joie La Tour Eiffel a coulé et sur son îlot minuscule l'Arc ne triomphe plus Perché sur sa colline, Montmartre est le seul quartier restant de cette ville engloutie Paris est agressé par quelques 50°C Il attend les tornades nées dans les déserts voisins et ses pluies diluviennes si soudaines Paris JO 2024 est maintenant terminé depuis quelques années, cinq ou six, guère plus On ne sait plus vraiment personne ne s'en souvient Car les ceux qui restent en vie aujourd'hui ont d'autres chats à fouetter
Très lointain descendant d’un écuyer de Nevers, il vit en France bercé par sa culture de France. il a voyagé dans quelques contrées d’Europe. Son île n’est pas au bout du monde, l’Ile-de-France, et c’est bien. La Seine est sa ligne de vie. Quelque part dans sa jeunesse, il a marché à Senlis sur les traces d’André Breton. Jean de la Fontaine est son maître. Il aime les araignées, les arbres et les vignes. Il peint. Et parfois, il met des mots sur les images qu’il voit. A l’aube de son dernier tiers de vie sur Terre, il a choisi de ne plus se taire.
33. Jean-Charles Paillet
Les mots justes chavirent dans trop de bouches Les actes bienveillants sont à la dérive Trop de grabuge brouille le monde La paix est trouée par les mensonges répétés la vérité est noyée tandis qu’à nos frontières les armes résonnent et les fosses se remplissent
Jean-Charles Paillet est animé par l’instant présent et les belles valeurs qui élèvent le cœur et l’âme. Sa poésie se retrouve dans ses dessins, ses photographies et ses chansons. Sa rencontre avec Yves Broussard est un tournant dans sa vie de poète…
Collectifs Poésie : Assiduité Non Garantie, Bloganozart, Cairns, Chemins de Traverse, Choliambe, Cognac, Décharge, Dialoguer en poésie, Dissonances, Du Scudo Éditions, Embruns Éditions, Fepemo, Filigranes, Flammes Vives, Les Adex, Les Dossiers d’Aquitaine, Les Poètes en Berry, Les Voix d’Amélie, Libelle, Lichen, Méninge, Nouveaux Délits, Pierres d’Encre, Pippa Éditions, Poésie Première, Pourquoi viens-tu si tard Éditions, Regards, Séla Prod Éditions, Soc, 17 Secondes…
Publications :
Ici et là farandole la vie (Préface d’Yves Broussard) – La Petite Édition, 2011
Quelle heure est-on (Préface de Téric Boucebci) – La Petite Édition, 2013
Le jour par la main (Préface de Marilyse Leroux) – Éditions Donner à Voir, 2018
Le temps escorté – Book Edition, 2018
L’amour a ton visage – Book Edition, 2018
La terre d’ici – Book Edition, 2018
Ne me dis pas – Book Edition, 2018
Dans tes yeux la mer – Book Edition, 2019
Que la Provence demeure – Book Edition, 2020
Poèmes primés :
Cinquante-sept prix dont :
- Auteur cité à l’Académie florimontane en 2017
- Prix de l’Encre Bleue en 2018
- Prix Spécial Coup de Cœur du Jury La Différence (toutes catégories confondues) en 2021
- Second Prix du G.P.F.T. 2022
- Prix Delbès – Nature et Environnement, au Jasmin d’Argent 2022
- Prix de poésie libre de l’Académie florimonante en 2022
Contact : https://www.thebookedition.com/fr/33211_jean-charles-paillet
jcpaillet9@gmail.com
https://www.facebook.com/jeancharles.paillet.3
34. Ariel
Sturmgeist89 Les flots de silence qui puisent De mes sources charnues Des couches de glaçon Qui déguisent les ombres Aujourd’hui vaincus Arrêtez Vous allez le briser Arrêtez Les couloirs s’étalent solitaires Se perdent les échos Dans les sous-sols de l’âme Arrêter L’omniprésente douleur Arrêter Sous l’étoile du Scorpion venimeux Je vais rentrer à l’école Et détourner toutes les leçons Pluie de plomb Crie de stridente révolution Je rêvais du sang de ces écoliers Je rêvais que vous arrêtiez Sous le joug de Némésis Les poitrines crachent La couleur du danger Les gamines se cachent Me laissant marcher Triomphal Le seul jour Où j’ai droit À leur respect Sur les habits se dessinent Des pétales de roses Je rêvais de démêler l’intérieur De ces cruelles personnes Vingt minutes Ouverte la bouche de l’enfer Ses flammes brûlent À travers les paumes de ma vengeance Au-delà de l’onzième heure L’ange de la mort se retourne contre moi Il m’apporte le soulagement Que les adultes ne surent me donner Jokela, je ne te verrai plus jamais Hélas tu me rappelleras Pour toute une éternité
Ariel est une petite sirène, Ariel est un ange, Ariel est un esprit de l’air, Ariel n’est pas une lessive.
35. Iffig Lgdc
Un avant, un après Un contrôle qui tourne mal Un refus d’obéir qui finit par une balle Une année qui s’achève Une vie soudainement trop brève Les examens déjà loin Les doux soirs d’été qui commencent Des promenades noctambules sans fin Tout à l’attrait des vacances Avant que ne meure un presque gamin Sans savoir où nous mènent les pas Sans programme défini pour une fois Des retrouvailles en terrasse ? Non. Des rassemblements d’écorchés De jeunes qui réagissent en masse Manifestent dans le désordre D’adolescents apprentis artificiers L’appel d’une mère à une marche blanche A une révolte aux accents de revanche L’odeur de brulé, les courses improvisées S’en prendre enfin à l’autorité Symbole d’un droit à l’impunité Oublier peut-être l’objet de leur colère Céder à l’attrait de l’interdît Le groupe détruisant les barrières Un Mc Do, un Fool Locker, un tabac, Cibles éloignées exemplaires Dans la rue scènes de guerre et gravats Laissent des riverains amers Incendier un centre social de quartier Une bibliothèque, un théâtre Piller le petit magasin pour habitués Recouvrir la ville de fumée noirâtre Dans la chaleur de l’été Un pays s’est embrasé Une année qui s’achève Une vie soudainement trop brève
Breton échoué en Bourgogne depuis depuis un quart de siècle, j’ai longtemps enseigné l’histoire-géographie et le français en lycée professionnel.
36. Célie
GRABUGE Ça va en faire ! De quoi ? Ben. Des histoires, des charivaris, des bisbilles et tout ça … Et alors ? Et bien… Mais c’est simple : Tais-toi ! J’avais justement envie de parler Le grabuge n’est pas mon affaire Je voulais juste dire Un truc Je me questionne, questionne et requestionne…. Envie de dire ce truc Oui mais maintenant voilà Peur du grabuge et tout ça… Ah là là ! Ah là là là là ! Comment mais comment faire ??? Je garde pour moi Et ça tape et tambourine Palpitations Je dis tout Et gare au grabuge PALPITATIONS Solution ? Ne pas TOUT dire. Chut et réfléchir. Ouvrir le dico Chercher le juste mot Le lancer d’une pichenette L’air de rien, au détour d’un chemin Et gare à toi S’il te revient Si tempête survient Mais si par magie Tes dires stupéfient Avance doucement Comme un chat Sans faire aucun dégât.
A mi-chemin de ma vie si j’arrive centenaire, j’ouvre en grand la porte de la littérature, je déambule dans les pensées de tous ces livres entreposés. Je m’assois au pied d’un rayonnage et j’écris quelques mots pour faire partie du tout. Je tends la main, je prends la main pour m’inscrire dans la ronde.
37. Murmure
AVe Crabellen Comme un coup d’épée Une douleur oblique, Résiste. Un geyser de sang inonde le cerveau Noie les neurones, le cortex, c’est le chaos Tu t’endors à la limite, dans la brume électrique En pays bas le crabbelen, en toi comme un déluge Tu es égratignée dans ta tête, en ton corps le grabuge Réveil nocturne dans un tumulte radiophonIque Lumière blanche, elles ont pris le pouvoir les fleurs Flottent sur le corps endolori, rigide en apesanteur Moto neurones pétrifiées, mouvements anarchiques Une échauffourée entre ta tête et ton corps pourfendu dispute bruyante, discorde, charivari tu es perdue Il y a des dégâts dans le cortex, un remue-ménage dans les méninges sur les homoncules un court circuit Il vient en paix le lobe lombique, il y travaille chaque nuit Il te rêve sereine, loin du tintamarre, le coeur à l’ouvrage Plus de bagarre entre corps et esprit le cerveau des émotions Grabouille danarchiquement : sentiments déréglés en tension Débordement du coeur rendu aveugle, il aime dans tous les sens Devient analphabète il y a eu un bug. Ton réel se métamorphose Tu entres en fiction, tourbillon d’émotions ton thalamus en est la cause Ne faut-il pas connaître le chaos pour libérer l’étoile qui danse ? Murmure, le 03/07/2023
38. Gabriel Grossi
Gr... gr... gr... gros Gr... gr... gr.. gras Gr... gr... gr... grand Gr... gr... gr... grabuge Toujours f... f... faire Du gr... gr... grabuge Du br... br... br... bruit Des cris des cra des crachats Du gr... grand gras gros grabuge Sans se soucier de quand Du cancan du qu'en qu'en dira-t-on De quand le c... corps Gras gras gratte et pique Et colère dans le cou Ça démange ça dérange Remue la fange C'est pas ça pa ça pas sage Un poème pas ange pas ange C'est coq coquin canaille Pas sage la rage en cage C'est la rage qui gratte Qui grouille qui crépite Qui gazouille qui débite Ça pue, ça peut plus, Ça pullule, hulule, Pas libellule mais Libération Quand ça craque Ça ba ba braque la baraque Ça brait, ça bruit, Ça bricole col colère Ça s'ébat ça s'débat Ça rage rape grave Ravale ses doutes Déboute la déroute Quoiqu'il en coûte Ça sort Ça veut se dire Ça va venir comme Une éruption Une explosion Une évasion Comme un big bang Sur un banc sur le ring Le poète à nu, en string, En tutu, en treillis, Qui fait des circonvolutions Du cirque en révolution Du cric du crac de l'animation Du slam du rap sous perfusion Pour dire son âme Âme son âme son émoi Padam padam pas d'âme à Paname Juste un truc pas net comme ça De quoi faire une petite révolution Feu folie farce fouille foutre Juste un truc pas comme il faut Pas pro pas propre Pas sage sans âge Passage de rage Énervé un peu Qui gratte qui abuse Nous sommes là pour Faire du grabuge ! Vendredi 2 et mercredi 7 juin 2023
Gabriel Grossi est l’auteur de ce blog et l’initiateur de cette anthologie numérique sur le thème du « grabuge ». Il a voulu, lui aussi, proposer son petit grabuge… Le poème a été déclamé publiquement lors de la scène slam de juillet au café culturel « Chez Pauline ».
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Cher ami, littérateur, poète – et j’en passe -, un grand merci pour l’honneur que vous me faites de faire partie de votre anthologie « Grabuge » ! Passionnante anthologie que je garderai « en mon logis »!! Poétiquement vôtre Yves Renaud https://www.yvesrenaud.art/Yves-POETE.html
« »Sans la poésie, le monde ne serait que ce qu’il semble être » » « »Ô poètes chantez, par vos pures chimères, L’immuable splendeur des charmes éphémères » » (pensées personnelles)
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Merci à vous !
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Grazie mille di cuore
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