« Des gais soleils d’avril voici l’heure première.
Avril, c’est le printemps dans sa virginité.
L’air est d’un bleu profond, suave est la lumière ;
Un sang jeune sourit au front de la beauté.

[…] Bientôt se cueilleront les prémices des choses :
L’alouette dans l’air dira les jeunes blés,
Et le bouvreuil muet, caché parmi les roses,
Couvera les œufs blonds sous sa plume assemblés. »

Auguste Lacaussade, « Les Soleils d’Avril », Poèmes et paysages, 1897, via Wikisource.

Le poème d’à côté: Guillaume Apollinaire

Si l’on en croit « France Culture », l’un des poèmes les plus célèbres de Guillaume Apollinaire est « Mai », deuxième poème de la série des « Rhénanes ». Dans la logique de la rubrique « Le poème d’à côté », je voudrais aujourd’hui vous faire découvrir le poème qui précède dans Alcools, à savoir « Nuit rhénane ».

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La revue Nu(e) célèbre Salah Stétié

Le dernier numéro de la revue Nu(e) a été mis en ligne à la fin du mois de mars. Cette revue a déjà dédié soixante-et-onze numéros à la poésie contemporaine, chaque opus s’intéressant à un poète à travers un entretien, des inédits, des poèmes d’amis, des œuvres plastiques et des articles critiques. Ce dernier numéro est consacré à Salah Stétié, poète français d’origine libanaise qui, depuis les années soixante, fait œuvre de passeur poétique entre Orient et Occident.

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« Humanité anecdote biologique
Ne te perds pas de vue et cultive-toi
Des poireaux calmes des pommes de terre
Des tomates sans chinoiseries
Permets que le renard emporte une poule
Une poule de temps en temps avec des plumes
Ignorante des happy technologies
Quand un lombric déroule de tout son long
Un bout de la longue chaîne élémentaire
En rose merveilleux alimentaire. »

Valérie Rouzeau, Sens averse, Paris, La Table Ronde.

Connaissez-vous l’Impromptu de Versailles ?

Parmi les pièces de Molière, vous avez sans doute entendu parler de L’Avare, du Médecin malgré lui, du Bourgeois gentilhomme et peut-être de Tartuffe. Mais il est une pièce beaucoup moins connue, et pourtant fort étonnante, intitulée L’Impromptu de Versailles. Dans cette pièce relativement courte, Molière se représente lui-même en tant que metteur en scène, en train de diriger une répétition auprès de comédiens pas toujours très disciplinés. Cela fait preuve d’un grand sens de l’autodérision, mais aussi d’une modernité étonnante, car on n’imagine pas, au premier abord, que l’acte très moderne de « montrer les coulisses » se soit pratiqué dès le XVIIe siècle.

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J’ai eu aujourd’hui la bonne surprise d’apprendre qu’un professeur de Lettres en lycée, qui doit désormais, comme tout enseignant, faire cours à distance, utilise l’un des articles de mon blog comme support de cours. Il s’est en effet appuyé sur mon article intitulé « Détruisons les mythes grammaticaux » pour demander à ses élèves de réagir en indiquant le « mythe » qui les avait le plus surpris. Je le remercie, car cela fait vraiment plaisir d’apprendre que ce blog est utile !

Le progrès chez Rimbaud

Je regarde fréquemment les recherches qui ont permis à des lecteurs de trouver mon site, car cela peut me donner des idées d’article. C’est ainsi que j’ai trouvé ce beau sujet qui fera la matière de notre réflexion d’aujourd’hui : le progrès chez Rimbaud. Et évidemment cette question que pose le sujet lui-même : Arthur Rimbaud était-il pour ou contre le progrès ? C’est une question qui n’est pas si simple à trancher, bien entendu, et c’est ce qui la rend intéressante…

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Détruisons les mythes grammaticaux

Si vous vous êtes déjà intéressés à la pédagogie, vous avez sans doute dû tomber sur la notion de « conception erronée ». Il s’agit d’une idée fausse que l’on se fait sur quelque chose, non sans raison, souvent par généralisation abusive à partir de cas particuliers. Les phrases que l’on donne comme exemples aux élèves sont généralement choisies pour illustrer parfaitement les règles que l’on enseigne, masquant le fait que bien des occurrences révèlent que la réalité est plus complexe. Or, s’intéresser à la grammaire en tant qu’adulte, c’est précisément se confronter à la réalité de la langue telle qu’elle se parle et s’écrit, au-delà des exemples proprets des manuels. Je me propose ici d’explorer quelques-unes de ces croyances limitantes qui nous empêchent de correctement analyser les phrases.

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Connaissez-vous Ronceraille ?

Je vais vous raconter aujourd’hui l’histoire d’un canular vraiment bien ficelé. Il n’est pas rare d’entendre, en particulier le premier jour d’avril, les histoires les plus invraisemblables. On devine, bien entendu, la jubilation de ceux qui prennent ainsi leur lecteur au piège. Pour que l’exercice soit réussi, il faut arriver à faire passer pour plausibles les choses les plus abracadabrantes. C’est ainsi que la prestigieuse collection « Écrivains de toujours » chez Seghers, qui a édité de très sérieuses monographies sur de nombreux auteurs, a consacré son centième numéro à un écrivain qui n’a jamais existé. Comment a-t-elle réussi à faire croire à son existence ?

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« Le grand pavois » de Jean-Michel Maulpoix

Né en 1952 à Montbéliard, Jean-Michel Maulpoix est l’une des grandes voix de la poésie contemporaine d’aujourd’hui. Il fait partie de ces poètes qui, depuis les années quatre-vingts, entendent s’écarter d’une poésie trop expérimentale et théorique, et réhabiliter les notions de « sujet » et de « lyrisme ». Ses travaux universitaires concernent précisément cette dernière notion, explorée à travers de nombreux essais parmi lesquels La Voix d’Orphée (1989), La poésie comme l’amour (1998), Du Lyrisme (2000) et Pour un lyrisme critique (2009). Mais il ne saurait être question pour autant de revenir à des pratiques héritées du passé, notamment romantiques, parfois critiquées pour leur sentimentalisme emphatique. Alors, à quoi ressemble ce « lyrisme critique » que Jean-Michel Maulpoix cherche à défendre ? Le mieux est encore de juger sur pièce, et c’est pourquoi je vous propose de découvrir aujourd’hui « Le grand pavois », qui est la section centrale de Une histoire de bleu.

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« Ils étaient verts de peur »: analyse grammaticale

Je vous propose aujourd’hui de détailler l’analyse grammaticale d’une phrase. Le but est de montrer que cette analyse procède par groupes de mots, tant il est vrai qu’une phrase n’est pas simplement une juxtaposition de mots, mais s’apparente bien plutôt à une structure gigogne, où les mots et les groupes de mots s’emboîtent les uns dans les autres.

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"Les Tentations" de Baudelaire

Si l’on en croit le nombre de résultats trouvés par Google, « Les Tentations, ou Éros, Plutus et la Gloire » seraient, de tous les Petits Poèmes en prose, le moins connu, du moins celui dont on parle le moins sur Internet. C’est pourquoi j’ai choisi de vous parler aujourd’hui de ce poème.

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Communiqué de Claudine Helft

« Présidente du Prix Louise Labé, il me revient le devoir de vous annoncer qu’afin de ne pas subir le mal de la « coronisation », les lauréates du Prix Louise Labé 2019 n’auront pas été couronnées le jour dit mais le sont très officiellement bien que virtuellement encore. Nos félicitations vont aussi aux éditeurs qui sont d’une certaine manière le deuxième personnage d’un couple dont nous connaissons les bonheurs et les difficultés.

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