« On n’entendrait d’abord que leurs rires »

Texte personnel

On n’entendrait d’abord que leurs rires, leurs rires soudain retrouvés de petites filles, ceux de l’époque où elles revêtaient en cachette les robes de soirée de leur mère, en se maquillant devant le miroir poussiéreux de la cave. Des rires pleins de soleil, malicieux sans méchanceté, qui parleraient d’insouciance. Chargées de paquets, elles sortiraient des boutiques et flâneraient près de la mer. Elles n’auraient cure des vieilles dames dans le bus, qui leur repro­cheraient leurs cris et leur allégresse. Sur la Promenade des Anglais, elles regarderaient les grands hôtels, les mouettes et les avions, derrière leurs grosses lunettes de soleil. Elles s’imagineraient les flashes des photographes, les marches rouges du Palais des Festivals, et la façon dont, d’un geste désinvolte, elles repousseraient paparazzi et journalistes. Elles essaieraient quelques pas de danse sur le bitume, adoptant des poses affectées et hautaines. Aujourd’hui je suis la reine, je fais ce qu’il me plaît. Il suffirait d’un ralenti, d’un mouvement calculé de cheveux, et ce serait comme au cinéma. On pourrait imaginer toutes sortes de péripéties, thriller, film policier, série télévisée, passage de la plus pure insouciance à la pire détresse, un malheur qui s’abattrait sur ces figures fragiles, et un suspense d’une heure vingt avant le bonheur recouvré. Nous préférons laisser résonner ces rires dans l’infini ciel bleu, qui ne recouvrent pas totalement l’immuable refrain des vagues et des galets, à l’heure où le soleil déjà s’allonge au-dessus de l’aéroport et où s’étirent les ombres des palmiers entre les miroitements embrasés des carrosseries.

Gabriel GROSSI, 2011-2019.

« Placer la barre haut »

Il y a quelques jours, j’ai regardé le dernier épisode de Danse avec les stars, l’émission télévisée à succès présentée par Camille Combal. Au cours de cet épisode, les apprentis danseurs et les chorégraphes ont hésité : faut-il dire que l’on place la barre haut, ou haute ? L’explication est, à vrai dire, assez simple…

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« Sur une plage vide d’après l’été, je nous imagine. Ton petit chien renifle les vagues. Tu portes sur la tête un bonnet rayé et tu marches à la lisière des eaux. On dirait que le sable tremble, cette minute est trop importante. Les mouettes se sont tues dans un battement d’aile. Le crabe aux yeux éteints s’est souvenu de quelque chose. La plage croule et je m’écarte pour écouter ces drôles d’histoires que les enfants égrènent au sortir de l’école. »

Jean-Michel Maulpoix, Locturnes, Lettres Nouvelles, 1978, p. 49-50.

10 (autres) poètes d’aujourd’hui à connaître

Parmi les 835 articles de ce blog, il en est un qui, presque chaque jour, arrive en tête de la liste des articles les plus consultés, et a été lu plus de 48.000 fois : il s’agit de Dix poètes d’aujourd’hui à connaître, où je vous faisais découvrir Yves Bonnefoy, Philippe Jaccottet, Salah Stétié, François Jacqmin, Jean-Michel Maulpoix, Béatrice Bonhomme, Marie-Claire Bancquart et Jean-Yves Masson. Je me propose donc aujourd’hui de vous faire découvrir dix autres poètes contemporains.

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Un festival de théâtre à Cagnes-sur-Mer

Ce week-end, les 9 et 10 novembre 2019, se tiendront les Rencontres Théâtrales d’Automne à Cagnes-sur-Mer. Plusieurs pièces se succéderont sur les planches du Centre Culturel. C’est l’occasion de soutenir le théâtre amateur. Humour et improvisation seront au rendez-vous. Et les enfants ne seront pas oubliés…

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Poésie et courage: Pablo Neruda

Le prochain Printemps des Poètes, qui se tiendra en mars 2020, aura pour thème « Le Courage ». Après un premier article consacré à présenter ce thème, je voudrais aujourd’hui poursuivre en vous présentant le poète Pablo Neruda, dont l’œuvre monumentale me paraît à même d’illustrer superbement ce thème. (Au passage, l’icône ci-contre vous permettra de repérer visuellement tous les articles consacrés à ce thème.)

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« Les Boxeurs de l’absurde » de Béatrice Bonhomme

Je viens de recevoir le dernier recueil de Béatrice Bonhomme. Il s’intitule Les Boxeurs de l’absurde et vient de paraître aux éditions « L’Étoile des limites », dans la collection « Parlant seul ». En attendant de pouvoir vous présenter cet ouvrage plus en détail, en voici une citation…

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Baudelaire : « Le joujou du pauvre »

Si vous aimez les Fleurs du Mal de Baudelaire, vous découvrirez avec plaisir les Petits poèmes en prose, certes différents dans leur forme même comme dans leur style, plus légers sans doute par leur forme narrative, mais non moins plaisants à lire. Aujourd’hui, je voudrais vous faire découvrir le dix-neuvième de ces poèmes en prose, à savoir, donc, « Le joujou du pauvre ».

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« À cause de la joie qui me vient de ses yeux j’ai grande peine et tendresse aussi d’aller parmi la solitude

Fleuves nuages rutabagas les visages passent le temps poudroie

Grâce au songe de lui je ne suis plus quand je suis seule seule dans la rue […] »

Valérie Rouzeau, Va où,
Le temps qu’il fait, 2002, p. 120.

« Magnitudo parvi » de Victor Hugo

Durant toute ma scolarité, secondaire comme supérieure, je n’ai que très rarement eu affaire à Victor Hugo, lequel est donc un poète que j’ai largement découvert par moi-même. Aujourd’hui, je voudrais vous présenter un très long poème des Contemplations, intitulé « Magnitudo parvi ».

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La conjugaison française, de l’école à l’université

Conjuguer les verbes français n’est pas toujours facile. La cause principale des difficultés, c’est le fait que la plupart des terminaisons verbales sont constituées de lettres muettes, obligeant à un apprentissage par cœur, l’oral n’étant ici d’aucune aide. Comprendre le pourquoi de ces formes peut aider à les mémoriser.

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Connaissez-vous la revue « Florilège » ?

Il y a quelques jours, j’ai reçu un message de la part du poète Stephen Blanchard. Celui-ci souhaitait publier dans sa revue de poésie, Florilège, l’un des articles de mon blog, celui où je tentais de répondre à la question : « Quel est le plus grand poète français actuel ? » Il m’a ensuite adressé le numéro de septembre de cette revue, ainsi que plusieurs recueils de poésie. Afin de remercier Stephen Blanchard, je souhaite vous présenter cette revue qui en est déjà à son 176e numéro.

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Manu Dibango enflamme le théâtre d’Antibes

Je n’ai pas très souvent l’occasion d’aller au spectacle. Il se trouve qu’une amie m’a revendu une place d’un concert auquel elle ne pouvait assister. J’ai ainsi eu la chance, mercredi dernier, de voir Manu Dibango et ses musiciens enflammer la scène du théâtre Anthéa, à Antibes.

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« Le poète est celui qui inspire bien plus qu’il n’est inspiré »

C’est une belle citation que celle qui fournit le titre de l’article d’aujourd’hui. Elle est de Paul Éluard, dans l’Évidence poétique (1939). Je l’ai trouvée dans l’excellent site lettresclassiques.fr, que, par ailleurs, je ne peux que vous recommander. Elle fera donc la matière de ma réflexion d’aujourd’hui.

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