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« Aux lecteurs

Je vous écris de près
entre votre malheur et votre peau

Entre
j’essaie de mettre un tournesol

Je n’ose pas
employer de grands mots en voyage magnétique
des mots orgueilleux d’être
pour affréter les invisibles continents

Vous
moi
c’est ovation timide vers le monde. »

Marie-Claire Bancquart, « Aux lecteurs »,
dans Partition, Paris, Belfond, 1981, p. 105.

Un poème de Daniel Biga

Je vous ai déjà parlé ici ou de Daniel Biga, un poète français né en 1940 à Nice. Je vous propose aujourd’hui un poème extrait de Détache-toi de ton cadavre, recueil publié en 1998 et réédité en 2015 à la suite des haïkus de Le sentier qui serpente. J’ai choisi ce poème parce qu’il porte sur le nom même de Biga, ce qui n’est pas la moins bonne façon de faire connaissance avec ce poète, et parce qu’il est fort savoureux et plein de vie, à l’image du recueil entier.

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« Un arbre, c’est de la terre qui s’élève, se ramifie et s’épanouit vers le bleu. C’est une conversation de feuillages et de fruits entre le soleil et la mort. C’est encore une échelle où s’ajustent nos proportions et nos climats.

Le début et la fin de l’herbe sont incertains. »

Jean-Michel Maulpoix, Pas sur la neige,
Paris, Mercure de France, 2004, p. 109.

Le poème d’à-côté : Marceline Desbordes-Valmore

Marceline Desbordes-Valmore est une poète du XIXe siècle, dont l’un des poèmes les plus connus est sans doute « Les roses de Saadi ». Dans la logique de la catégorie « Le poème d’à côté », je vous invite à découvrir un autre poème de Marceline Desbordes-Valmore…

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Jour de neige, par Alpha du Centaure, flickr, libre de réutilisation (http://www.flickr.com/photos/alphaducentaure/3177472765/in/photolist-e9dD3J-dNg4yx-5QMnXc-98aUai-dNh9Uq-7FDFt5-qnyMJ1-4r2rtf-7oBHoc-dLQFtN-rqdCKg-ppK716-8ZfWrM-dNiNgC-dNm219-5TxTZR-dNjXFW-8ZrHk4-6uYWzP-8Zv7ro-dNmbCJ-eubqxw-b95cHc-5TNdZc-bq2tvp-pGtD2c-5Jz9tC-7AAmrn-dNkBG5-bFvVcF-87FZiH-kWXBFY-dWHa8i-5ShUE2-szgny-pKfUd5-e2Me3S-7tHzxo-9fsx1U-7p7EZC-dNkTWQ-dLJsqe-dNmv8E-p5d8qt-724HV-6kFT5n-6cQpYt-6cUxZy-6cUxFf-6cUxyJ/)
Jour de neige, par Alpha du Centaure, flickr, libre de réutilisation

« [L’expérience poétique est] analogue à celle de marcher dans la neige où chaque pas crisse, inaugural. Ainsi la parole poétique, dans ses meilleurs moments, est-elle fraîche, neuve, non parce qu’elle userait d’un vocabulaire, d’une syntaxe particulièrement originaux, mais parce qu’elle s’applique à une réalité vierge, encore innommée. En marchant dans la neige, on prend mieux conscience du sol qui précède nos pas. »

Jean-Pierre Lemaire, Marcher dans la neige, Un parcours en poésie,
Montrouge, Bayard, coll. « Christus », 2008, p. 17.

La fileuse

« Assise, la fileuse au bleu de la croisée
le jardin mélodieux se dodeline,
Le rouet ancien qui ronfle l’a grisée.

Lasse, ayant bu l’azur, de filer la câline
Chevelure, à ses doigts si faibles évasive,
Elle songe, et sa tête petite s’incline.

Un arbuste et l’air pur font une source vive
Qui suspendue au jour, délicieuse arrose
De ses pertes de fleurs le jardin de l’oisive.

Une tige, le vent vagabond se repose,
Courbe le salut vain de sa grâce étoilée,
Dédiant magnifique, au vieux rouet, sa rose. »

Paul Valéry, « La fileuse », Album de vers anciens, 1920,
source : Wikisource.

En buvant

 » […] Je cueille des chrysanthèmes sous la haie de l’est,
Je contemple paisiblement la Montagne du Sud.
Le soir, l’air des cimes est doux,
Un à un les oiseaux y retournent.
Là est la vie véritable,
Ineffable. »

Extrait de « En buvant », par Tao Yuanming,
d’après La poésie chinoise, Mango Jeunesse, 2000.

« Et le beau corps de la chair
Un bleu interrompu de quelques tirets d’or
Ou son entracte parmi les aromates
Car la mer chante où un nageur s’épanche
La transparence et la rotonde
Sans nul appui devant la corde du silence
Et la péripétie s’isole
Quelque regard vacant se rappelle un baiser
Dans une tâche d’ombre ornée par le rivage
Quand le soleil parfait a dissipé l’émoi »

Gabrielle Althen, La raison aimante, Sud, Marseille, 1985, p. 19.

« Je suis né en Franche-Comté, entre Vosges et Jura, de père lorrain et de mère comtoise ; mon anniversaire coïncide avec la commémoration de l’armistice de 1918. Au souvenir des rires, des bougies soufflées et des papiers multicolores, se superpose celui des drapeaux fléchis dans le matin blême tandis que retentit la sonnerie aux morts. De petits vieux bardés de médailles sont alignés auprès d’un obélisque de marbre rose gravé de lettres d’or. Un homme chauve, en uniforme, dépose une gerbe. A cette image naïve et cocardière, je frissonne encore. […] »

Jean-Michel Maulpoix, « Papiers d’identité »,
dans Papiers froissés dans l’impatience, Seyssel, Champ Vallon, 1987.

« Elle disait que l’on ne reconnaît pas les gens mal élevés à leur façon de se curer le nez aux feux rouges ou de bâiller quand on leur parle, mais à l’emploi qu’ils font du mode subjonctif dans une proposition circonstancielle de temps introduite par “après que”. »

Jean-Michel Maulpoix, Papiers froissés dans l’impatience,
Seyssel, Champ Vallon, 1987, p. 53.

« Écrire fait tomber dans la chambre quelques chutes de pluie fine. Cette eau n’est d’abord qu’un désir, la perpétuation d’un transparent rapport avec le vide, ou le sentiment d’étrangeté attaché au simple fait d’être là, lorsque l’existence déliée s’éprouve d’elle-même toute seule, telle quelle, injustifiée, limpide et stupéfaite. »

Jean-Michel Maulpoix, Chutes de pluie fine, Paris, Mercure de France, 2002, p. 158.