Des vagues (KIMsookhyun, Pixabay, libre de réutilisation)
« Il écoute respirer la mer.
Il ne se lasse pas de la regarder, comme on fixe un être endormi, ou le sourire d’un visage peint, comme on regarde obstinément quelque chose que l’on ne voit pas, qui est là cependant. La mer, derrière la mer, dont il ne saurait jamais que les commencements, les plages et les rumeurs, même lorsqu’il quitterait le rivage et partirait se perdre au large, enfin seul avec soi, avec elle, plus que jamais séparé pourtant, ne pouvant espérer la rejoindre autrement qu’en se perdant en elle, dans la défaillance d’un naufrage qui ressemble à l’amour, les poumons pleins de sel, son corps stupide tout gonflé d’eau, flottant comme un paquet avant le repas silencieux des poissons et des crabes. »
Jean-Michel Maulpoix, Portraits d’un éphémère,
Paris, Mercure de France, 1990, II-2, p. 24.
« En été, le soir, sous les parasols rouges de la terrasse, comme sur le pont d’un grand navire, loin dans les tiédeurs de la mer. »
Jean-Michel Maulpoix, Une histoire de bleu (1992),
dans Une histoire de bleu, suivi de l’Instinct de ciel,
Paris, Gallimard, 2005, coll. « Poésie », p. 43.
« Femme, femme, au secours
Contre le souvenir
Enrôleur de la mer.
Mets près de moi
Ton corps qui donne. »
Eugène Guillevic, Carnac,
dans Sphère suivi de Carnac, Poésie/Gallimard,
1977, rééd. 2007, p. 199.
« Et le beau corps de la chair
Un bleu interrompu de quelques tirets d’or
Ou son entracte parmi les aromates
Car la mer chante où un nageur s’épanche
La transparence et la rotonde
Sans nul appui devant la corde du silence
Et la péripétie s’isole
Quelque regard vacant se rappelle un baiser
Dans une tâche d’ombre ornée par le rivage
Quand le soleil parfait a dissipé l’émoi »
Gabrielle Althen, La raison aimante, Sud, Marseille, 1985, p. 19.
On ne cite pas souvent le poème de Baudelaire intitulé « L’homme et la mer », quatorzième poème des Fleurs du mal, qui se trouve non loin du sonnet très connu de « La vie antérieure ». Voilà donc un choix tout trouvé pour notre rubrique « Le poème d’à côté ». Laissons donc la parole à Baudelaire…
« L’étoile a pleuré rose au cœur de tes oreilles,
L’infini roulé blanc de ta nuque à tes reins,
La mer a perlé rousse à tes mammes vermeilles,
Et l’Homme saigné noir à ton flanc souverain. »
Arthur Rimbaud, Poésies 1870-1871,
dans Poésies, Une Saison en enfer, Illuminations,
Paris, Gallimard, coll. « folio classique », p. 114.
Jean-Michel Maulpoix, surtout connu pour son recueil Une histoire de bleu paru en 1992 et réédité chez Gallimard en 2005, a beaucoup écrit sur la mer. Feuilletant Portraits d’un éphémère, j’ai eu envie de partager un poème sur la mer et le ressac…
J’inaugure ici une nouvelle catégorie de billets, par laquelle je présenterai à chaque fois un auteur, le plus souvent un poète contemporain, en citant un bref extrait de son œuvre. Il ne s’agira pas d’aboutir à une anthologie en ligne de la poésie contemporaine : vous trouverez déjà une abondante « anthologie permanente » sur le site Poezibao, dont j’ai déjà parlé.