Archives du mot-clé Poème personnel

Poème déglingué

ça a pété un boulon
te fais pas de mouron
c'est parti en vrille
passé par la grille
c'est arrivé comme ça
ça a perdu la boule
ça a pété les plombs,
un câble et une durite
la raison qui s'effrite
ça a les fils qui se touchent
ça commence à se voir
c'est complètement déglingué
ça ne veut plus rien dire
c'est tout pété
c'est tout maboul
il n'y a plus rien à en tirer
y'a du pourri
y'a du moisi
y'a du rouillé
tout bousillé
c'est mort, c'est cuit
ça se délite
ça se désintègre
ça tourne au vinaigre
les voyants rouges clignotent
les bidules bougeottent
c'est rongé par les rats
grignoté de l'intérieur
complètement vicié
ça tourne plus rond
ça fonctionne encore un peu
on le fait durer jusqu'au bout
on va l'user jusqu'à la corde
mais c'est une question de temps
il va falloir appeler le poète
qu'il en écrive un autre

Gabriel Grossi
27/04/2025
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Un néon rose sous la pluie

Le néon rose grésille sous la pluie grise. Un arc-en-ciel se devine sur la porte. Cela sent l’alcool et la solitude. Quelques visages tristes, les traits tirés, regardent leurs verres, pour tuer le temps. Les yeux glauques se perdent dans le vague, suivant les fissures du plafond. Un vieux haut-parleur crachote « It’s raining men ». La drag queen ne danse plus. Son maquillage à moitié décomposé dessine des ombres étranges sur son visage fatigué. Elle a enlevé ses talons aiguilles. Au fond de la salle presque vide, un client est absorbé par son téléphone, le visage bleui par la lumière de son écran. Le serveur désœuvré a abandonné ses poses maniérées et ses clins d’œil aguicheurs. Un homme sans âge, affublé d’une tenue improbable, tente d’attirer l’attention, se déhanchant en vain sur la piste déserte. La boule à facettes ne tourne plus. Quelques dépliants ont été oubliés sur une table basse. La gay pride est terminée, l’homosexualité redevient quelque chose de triste.

Gabriel GROSSI, mardi 12 décembre 2023

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Des couleurs dans l’air

Il y avait aujourd'hui
Des ballons dans l'air
Des voiles dans l'atmosphère
Des vagues dans la lumière
Comme un peu de légèreté
Comme en apesanteur
Dans le ciel argenté
Dans le bruit les clameurs
Le ciel aujourd'hui est un aquarium
Où dérivent méduses et sirènes
Dans un étrange ballet synchronisé
Le ciel devient un dessin animé
Comme repeint par un enfant
Qui aurait enlevé la misère et les bombes
Et dessiné des fleurs à la place
Et ces couleurs naïves
Ouvrent une parenthèse d'enfance
Dans la trame du temps

Pendant que, là-bas,
De l'autre côté de la frontière,
On a aussi les yeux tournés
Vers le ciel
Mais avec angoisse
Ne sachant quand ni d'où
Cela viendra
Car là-bas, de l'autre
Côté de la frontière,
Là-bas, c'est la guerre

Gabriel GROSSI, Fréjus, samedi 22 octobre 2022

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Une frontière c’est clair

Il ne vous aura pas échappé que, cette année, le Printemps des Poètes mettra le thème des frontières en exergue. Un thème bien évidemment dicté par une actualité brûlante, qui impose à la poésie de se positionner par rapport à des sujets graves : la guerre russo-ukrainienne, les conflits migratoires, les droits humains…

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« J’aime la chauve-souris et le crapaud »

J’ai retrouvé dans mon vieux disque dur un poème écrit en classe de troisième. Celui-ci, pour le coup, faisait partie des travaux de la classe. Nous avions étudié des poèmes de Victor Hugo où le poète faisait l’éloge d’animaux ordinairement détestés, et nous devions en produire à notre tour. Voici, donc, mon petit pastiche de Victor Hugo, écrit à l’âge de 13 ans.

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Poème sans texte

La plupart de mes poèmes sont, pour le dire vite, d’inspiration lyrique. Mais parfois, je m’amuse aussi avec des choses plus ludiques. J’ai ainsi publié ici même une « liturgie hellénique » qui singe la musique du grec ancien. Vous trouverez aussi, dans la même veine, un poème intitulé « une journée ordinaire » qui est uniquement composé d’onomatopées. Aujourd’hui, je vous propose de découvrir un poème qui est à regarder plutôt qu’à lire. On peut y voir une critique des commentaires qui glosent les poèmes et prennent plus de place qu’eux. N’hésitez pas à laisser votre propre commentaire, pour l’ironie de la chose !

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« Femme » en musique

Aujourd’hui, je vous propose de découvrir, en vidéo et en musique, l’un de mes poèmes, intitulé « Femme ». J’ai écrit ce poème en prose il y a quelques années, le 15 février 2008 pour être exact. Il a attendu plusieurs années avant que je décide de le publier sur mon blog : c’était le 27 août 2017. Lundi dernier, j’en ai enregistré une version lue avec accompagnement musical improvisé. Aujourd’hui, j’ai profité d’une journée de répit pour mettre la vidéo en ligne.

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Poème d’une nuit d’été

Poème écrit dans le souvenir de Rimbaud,
à l’issue de soirées d’observation astronomique.

Texte personnel

Je me suis aussi baigné dans le Poème
De la Nuit, l’oeil rivé à mon télescope,
Et dans le ciel du crépuscule encore blême,
J’ai vu tous les mythes et les fables d’Esope.

J’ai cinq fois suivi le bord du grand chariot,
Et j’ai trouvé la pâle lueur polaire,
Point fixe de la grande danse stellaire,
Où tournent Hercule, Vierge et Gémeaux.

J’ai vu les perles d’astres et les nébuleuses,
Et de Rimbaud les longs figements violets,
J’ai contemplé les planètes fabuleuses,
Les étoiles filantes, les feux-follets.

Et j’ai vu les lueurs pourpres, les azurs verts,
Les bleuités célestes, les archipels sidéraux,
Que peignait Rimbaud en ses célèbres vers,
Poussières enflammées de rêves astraux.


Image d’en-tête : la nébuleuse d’Orion photographiée par Hubble (Nasa/Wikipédia)

L’été — Texte personnel

Dans mon souvenir, le sol est dallé d’octogones rouges, ces carreaux qui semblent en terre cuite, sur lesquels le soleil de midi imprime la chaleur de la Provence. Dehors, la lumière est forte. Les oiseaux se taisent. Rien ne bouge, pas même les feuilles des arbres. Mes pieds nus sont au frais. Les volets sont entrebâillés. Presque fermés. La journée est à son apogée, et pourtant c’est une heure de sommeil. Dedans, il fait presque sombre. L’idée de sieste se répand à l’intérieur des choses, des objets, et jusqu’au chant des cigales. Personne avec qui jouer quand tout le monde somnole. Peut-être une grand-mère dans une hypothétique chaise à bascule ou une balancelle. Elle regarde le lézard se pâmer sur le volet vert. Elle voit la vigne pousser sur la tonnelle. Elle sent le sol se craqueler. Il fait presque frais, lorsque, les pieds nus sur le carrelage de pierre, on contemple la chaleur de ce temps mort au milieu de l’été.

Gabriel Grossi, jeudi 29 novembre 2007.
Revu le 5 mai 2018.

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