Ce poème fait suite à « Être humain » et à « Aire » qui sont sur le même thème, à savoir l’anachronisme d’un siècle prétendument moderne, et le désarroi généralisé de notre époque. Le premier m’est venu en lisant et en côtoyant Laurence Vielle lors d’un précédent festival Poët Poët. Le second est assez nettement inspiré par Apollinaire. On reconnaîtra aisément que ce troisième poème s’est nourri de la lecture de Claude Ber, avec la reprise d’un procédé (la répétition), mais une finalité différente. Ces trois poèmes formeront une manière de triptyque. J’espère que vous aimerez ce poème !
J'avance à tâtons dans un début de siècle
Qui piétine presque à reculons
Qui tourne et tourne pauvre girouette
Sans même savoir autour de quoi
J'avance effrayé dans un siècle
Qui ressemble de moins en moins
À ce que devrait être notre siècle
Je parcours éberlué les recoins de mon siècle
En constatant la misère de ce siècle
La violence anachronique de ce siècle
Qui se croit moderne
Je découvre chaque jour que mon siècle
N'est que la continuation des autres siècles
Je constate la stagnation de mon siècle dans
Les ornières de ce siècle
Je contemple effaré la fureur de ce siècle
Qui trahit chaque jour les promesses de ce siècle.
Mon siècle n'a pas vaincu la guerre,
Pas triomphé du cancer,
Et toujours fumées noires sortant des cheminées.
Mon siècle roule dans des voitures d’un autre siècle,
Mon siècle méprise son propre siècle,
Mon siècle salit son propre siècle.
Mon siècle répète les erreurs de son siècle,
Et j'observe éberlué l'obstination de ce siècle
À ne pas dévier d'une trajectoire obsolète,
Répétant les mêmes rengaines usées,
Les mêmes scénarios lassants,
Les mêmes refrains lancinants.
Mon siècle n'est que la parodie de mon siècle,
Une caricature maladroite qui prêterait à rire
Si cette farce n'était pas la réalité de notre siècle.
Car ce siècle est aveugle et sourd à son propre siècle,
Ce siècle n'entend pas les cris de détresse de ce siècle.
Les véritables héros de ce siècle sont inconnus de ce siècle,
Œuvrant dans l'ombre, humbles anonymes,
Soulageant un peu ce siècle de la noirceur de ce siècle,
Apportant la lumière par leur simple sourire.
Ce siècle est chaque jour la négation de ce siècle.
Pourtant il n'y a pas d'autre siècle que ce siècle.
Notre siècle doit apprendre à aimer notre siècle.
Notre siècle doit prendre soin de notre siècle.
Le destin de notre siècle est entre les mains de notre siècle.
Notre siècle peut encore changer notre siècle.
Il n'en prend guère le chemin et pourtant
Je voudrais écrire une ode à ce siècle,
Chanter ce siècle puisqu'il n'en est pas d'autre,
Puisque nous n'en avons pas de rechange,
Célébrer les humains de ce siècle,
Qui assistent hagards à l'incompréhensible
Répétition des malheurs de ce siècle,
Inscrire noir sur blanc les meurtrissures de ce siècle,
Dire haut et fort les souffrances des hommes,
Relayer le grand cri de souffrance de ce siècle,
Et y répondre malgré tout par un message d'espoir,
Dire la beauté de ce siècle,
La grandeur et la beauté de ceux-là qui
Tiennent debout malgré la peine, qui
Avancent fièrement, ensemble,
Multiples, différents, unis,
Prêts à écrire ensemble, par leurs mots,
Par leurs gestes, par leurs sourires,
La grande histoire de ce siècle.
Gabriel Grossi, mardi 5 mars 2024
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tres bien dit, merci pour ce poème utile (dans le sens de la chanson de Julien Clerc bien entendu)
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