Pourquoi la question des rythmes scolaires n’est pas une priorité

Je viens d’entendre aux actualités que le Président de la République va lancer une commission citoyenne pour remettre à plat le temps des enfants et les rythmes scolaires. Une question qui n’est pas sans intérêt, mais qui, à mon sens, est loin d’être prioritaire. Je vous explique pourquoi.

On a déjà essayé

Il y a déjà eu une réforme des rythmes scolaires il y a quelques années, mise en place, si je me souviens bien, sous la présidence de François Hollande, et le ministère de Vincent Peillon. On est passé de 4 journées d’école à 4,5 journées, de manière à ce qu’il y ait davantage de cours le matin, et raccourcir la journée d’école l’après-midi. Une idée qui paraît bonne sur le papier, mais qui s’est soldée par un fiasco.

Lorsque, quelques années plus tard, on a proposé aux conseils d’école de voter pour trancher, la quasi totalité des écoles ont voté pour revenir à la semaine de quatre jours.

En effet, en pratique, les enfants ne rentraient pas chez eux plus tôt. Ils étaient pris en charge par les animateurs municipaux, pour des activités plus ou moins enrichissantes selon les écoles, mais qui nécessitaient toujours pour les enfants de se plier aux règles de la vie en collectivité. Être en groupe, c’est devoir attendre son tour pour parler, c’est devoir suivre les activités imposées, c’est devoir se contrôler sans cesse. Être en groupe, c’est épuisant pour un enfant, et cela ne doit pas durer trop longtemps.

Lorsque la semaine de 4,5 jours était en place, les élèves travaillaient le mercredi matin, et par conséquent de nombreux parents s’étaient remis à travailler le mercredi, si bien que les enfants restaient en garderie jusqu’au mercredi soir. Ils avaient donc, en pratique, cinq journées pleines de temps collectifs, sans véritable pause au milieu de la semaine.

Finalement, les enfants étaient à l’école du lundi au vendredi, de 8 h 30 à 16 h 30 au moins, et parfois, avec la garderie du matin et du soir, de 7h30 à 18h30. Ils étaient très fatigués, usés par cette somme de temps collectifs, ce qui annulait le gain que pouvait offrir l’augmentation du temps de travail du matin.

Et les enfants ne bénéficiaient plus de ce temps familial du mercredi, où ils pouvaient faire des choses en famille.

Ce n’est pas moi qui l’invente : dans mon département, la quasi totalité des conseils d’école a souhaité faire machine arrière. Cela montre clairement que cette réforme n’a pas réussi à entraîner l’adhésion.

Les rythmes des enfants sont  ceux des parents

Il est totalement illusoire de croire pouvoir réellement changer les rythmes scolaires, dans une société où c’est le travail des parents qui détermine où sont les enfants. Si les parents ne peuvent pas se libérer plus tôt, les enfants ne peuvent pas terminer l’école plus tôt. Pour réellement adapter les rythmes scolaires à l’intérêt de l’enfant, il faudrait changer les rythmes de travail des parents, faire en sorte que les parents aient eux aussi des rythmes qui leur permettent de profiter davantage de leur vie de famille.

Finalement, il semble que, si l’État évoque le levier des rythmes scolaires, c’est que c’est celui qui est actionnable à moindre coût, là où d’autres réformes seraient nécessaires, mais ne sont pas finançables dans l’état actuel du monde. Nous n’avons pas besoin de rythmes différents, nous n’avons pas besoin de matériel informatique dernier cri : nous avons besoin d’humains pour mieux nous occuper des enfants, pour les gérer de façon plus souple, pour leur permettre d’apprendre de façon sereine.

Le bien-être des enfants

Je crois que, s’il est un sujet important, c’est celui du bien-être des enfants. J’en ai déjà parlé dans les colonnes de ce blog : trop d’enfants ont des préoccupations qui les empêchent d’être vraiment disponibles pour apprendre. Un enfant devrait être insouciant, et c’est très loin d’être le cas en pratique. Ces préoccupations parasitent les apprentissages.

Il s’agit parfois de choses graves : j’ai déjà vu un enfant qui dormait sous les ponts, un enfant qui subit le décès d’un parent, un enfant qui n’a pas de réel lit pour dormir, un enfant qui ne doit surtout pas être retrouvé par un parent violent… Maman est alcoolique et Papa est en prison… Évidemment, dans ces cas-là, les enfants accumulent des retards bien compréhensibles. Et des situations de ce type, il y en a dans presque toutes les écoles, avec bien sûr une plus forte concentration dans les quartiers défavorisés.

L’actualité a récemment parlé de l’aide sociale à l’enfance totalement dépassée car sous-financée. J’ai entendu à la radio un reportage qui faisait état de plusieurs milliers d’adolescents mineurs qui se prostituaient, et cela, pas dans un quelconque pays du Tiers-Monde, mais bien en France. Tant que des situations dramatiques comme celles-là existent, il est un peu ridicule de parler des rythmes scolaires.

Et puis, il y a des situations beaucoup moins graves, mais beaucoup plus fréquentes. Des divorces mal expliqués aux enfants, des familles qui se parlent peu, des enfants exposés à des informations qui ne sont pas de leur âge… Les enfants d’aujourd’hui arrivent à l’école avec le cerveau non pas vide, mais au contraire encombré de trop d’éléments parasites qui nuisent à leur insouciance. Nos enfants ont vécu, par médias interposés, les attentats, les guerres, la pandémie… Je trouve cette génération bien peu sereine par rapport à la mienne. Pour moi, cette question du bien-être et de la sérénité est essentielle.

Alors, quelles mesures prendre ?

  1. Il faut des zones « zen » dans les écoles. Au collège et au lycée, les enfants qui ont besoin de calme pendant les récréations peuvent aller au CDI. C’est souvent un refuge pour les enfants sensibles. Or, rien de tel dans les écoles primaires. Il faudrait un adulte capable de gérer la BCD comme un CDI, et d’instaurer ainsi une zone plus « zen » dans l’école.
  2. Il faut un vrai service de psychologues aptes à suivre les enfants sur le long terme, au-delà du saupoudrage actuellement en place. Les enfants doivent pouvoir y recourir.
  3. Il faut réduire les effectifs par classe, de manière à permettre aux enfants de bénéficier de toute l’écoute et du soutien dont ils ont besoin.
  4. Il faut de vrais moyens pour l’inclusion, sans laisser des enfants à besoin sans aide particulière. Permettre aux enfants qui en ont besoin de s’isoler dans un coin calme. Permettre aux enfants en difficulté de pouvoir travailler par petits groupes avec un vrai RASED en quantité suffisante. Raccourcir le délai pour obtenir une AESH. Avoir une ATSEM dans chaque classe de maternelle.

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12 commentaires sur « Pourquoi la question des rythmes scolaires n’est pas une priorité »

  1. Comme toujours une opération de communication pour éviter de parler des pbs d’effectifs, d’absences non remplacées et des injonctions contradictoires envoyées aux enseignants. Surtout que je ne crois pas Macron capable de résister aux lobbys du tourisme. À moins de dérégler, encore et encore, sur le terrain en laissant l’initiative au commune où département…A suivre donc !

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  2. Vous avez entièrement raison. Le rythme des enfants n’intéressent pas où quasi personne tant que l’économique sera privilégié ! Tant qu’il faudra soigner le tourisme, la rentabilité au travail… Ceux qui « trinquent » sont les enfants ! Et après on dira  » Le niveau baisse », Les enfants ce n’est plus comme avant ! Quelle Conner…..! Excusez moi. Enseignante pendant 20 ans ça m’a toujours mis hors de moi ces soi disant réformes pour le bien être de l’enfant !

    Vous avez certainement raison pour des zones zen mais est-ce suffisant pour écouter vraiment les besoins des enfants ? Merci en tout cas de soulever cette pierre.

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      1. Bonjour, Je souhaiterais vous contacter pour vous demander conseil quant à un projet de « mini » ( bien que la poésie n’ait rien de mini !) festival de poésie dans notre nord tarnais. Pourrions nous nous contacter par téléphone ? Bien à vous Leslie Lagarde

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