Le mot « et »

Cela fait un petit moment que je n’avais pas écrit d’article portant sur la langue française. Aujourd’hui, je voudrais consacrer mon article à un tout petit mot de deux lettres, auquel on ne prête pas toujours attention. Le mot « et ». Cet article s’inscrit ainsi dans la logique de ceux que j’avais consacrés aux mots « de » et « donc ». Vous allez voir que, contrairement à ce que l’on peut penser de prime à bord, il y a des choses à dire sur le mot « et »…

Plasticité fonctionnelle

Le mot et a une plasticité fonctionnelle incroyable. Il fait partie des conjonctions de coordination. À ce titre, sa fonction première est de coordonner des propositions indépendantes. Mais, en réalité, il coordonne beaucoup de choses :

  • des adjectifs entre eux : Elle est grande ET mince. (Et ce, quelle que soit la fonction de ces adjectifs, épithètes, apposés ou attributs.)
  • des groupes nominaux entre eux : Elle a apporté un gâteau ET une bouteille. (Quelle que soit, par ailleurs, la fonction de ces groupes nominaux : sujets, COD, etc.).
  • des adverbes entre eux : Elle a fait ça vite ET bien.
  • des verbes entre eux : Il allait ET venait.
  • et, donc, en effet, des propositions entre elles : Elle est venue et elle est repartie.

Le mot et est à ce point plastique qu’il permet de coordonner des éléments de nature différente, du moment qu’ils occupent la même fonction. Par exemple, un adverbe et un groupe prépositionnel à valeur de locution adverbiale : Ils sont arrivés lentement ET sans parler.

Le mot et semble ainsi passe-partout. Il peut s’employer dans de très nombreuses occasions, et convient tout à la fois pour coordonner des adjectifs, des groupes nominaux, des adverbes, des verbes, et des propositions tout entières. On considère ainsi que le mot et fait partie des mots grammaticaux, autrement dit des mots quasiment vides de sens, des mots-outils dont le sémantisme est faible et l’importance grammaticale forte. Mais n’est-ce pas aller un peu vite en besogne ?

Les valeurs sémantiques de « et »

Loin d’être toujours neutre sémantiquement, le mot « et » peut se teinter de nuances sémantiques, parfois assez fortes.

  • Il peut indiquer la succession temporelle, et se trouve alors proche de « puis » : Il est parti et il est revenu. Encore deux minutes, et j’arrive ! (Dans ce dernier exemple, c’est même la proximité temporelle, le résultat immédiat, qui est souligné par « et ».)
  • Il peut indiquer la contradiction, l’opposition : Il a pris vingt kilos en deux mois, et il ne se remet pas en question ! Il a perdu presque tout son argent, et il continue de dépenser ! Le mot est alors proche de « mais ».
  • Il peut indiquer la concomitance : Il parlait et chantait signifie « il parlait en chantant ».
  • Il peut indiquer la conséquence : « Mens-moi, et tu le regretteras ». C’est la valeur qui est présente dans la célèbre injonction biblique : « Frappez et on vous ouvrira ». Ou du célèbre vers : « Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé. » Autrement dit, la première action déclenche la seconde. C’est une succession causale.

Cela explique que le mot « et » puisse se trouver en début de phrase, perdant ainsi sa stricte valeur de coordonnant, au profit de valeurs plus sémantiques, même si la fonction coordonnante ne disparaît pas totalement.

C’est le cas dans le langage oral, faisant le lien entre deux répliques :

-- Elle m'a encore trompée.
-- Et ça t'étonne ?

De fait, l’emploi de « et » en début de phrase n’a rien de fautif, contrairement à ce que l’on peut croire parfois. Simplement, cet emploi doit être maîtrisé, c’est-à-dire qu’il vaut mieux éviter d’y recourir à tout bout de champ, et de le réserver à des effets stylistiques voulus : reproduction du langage oral, effet de pause, emphase…

*

Ce n’est qu’un petit mot de deux lettres, et pourtant il a toute son importance dans la phrase. Porteur de nuances parfois subtiles, il ne se contente pas de mettre du liant dans nos propos, et nourrit le langage de sa plasticité fonctionnelle et sémantique. Qu’il indique la proximité temporelle, la succession, l’opposition ou la causalité, il revêt une importance bien plus grande qu’on ne l’imagine au premier abord. Et il peut même s’inviter en début de phrase, c’est dire !


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2 commentaires sur « Le mot « et » »

  1. Bonjour,

    Et merci de votre article.

    Il est un usage de ce mot que je trouve fautif et impoli, et que l’on trouve malheureusement souvent sur les réseaux «sociaux». Il s’agit, en réponse à une quelconque affirmation, de montrer son désaccord, voire la nullité ou le caractère stupide ou malvenu de l’affirmation en question. Le malotru en question se contente de répondre:

    « Et ? »

    Comme si ce simple mot voulait signifier: «j’ai lu, et je pense que c’est hors de propos, inutile, et je montre ma désapprobation en ne prenant même pas la peine d’expliciter ma pensée…»

    Je ne peux m’empêcher de retenir un accès de colère quand je vois cette grossière réponse, en particulier sur Facebook dans certains forums…

    Cordiales salutations,

    Yves

    Aimé par 1 personne

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