Crowd of people marching in Nice Pride parade along oceanfront with rainbow flags and banners

15 idées reçues sur les LGBT

Je n’avais pas prévu de tourner ainsi mon article pour la Journée mondiale de lutte contre l’homophobie. J’avais pensé à quelque chose de plus festif, voire de plus poétique. Mais l’actualité récente montre qu’il est urgent d’expliquer, de dire les choses avec pédagogie. Sans doute est-ce là une déformation professionnelle : je pense que l’éducation a un rôle majeur à jouer.

Je le constate tous les jours sur les réseaux sociaux : le moindre article qui évoque les questions LGBT se voit accompagné de dizaines de commentaires haineux, souvent plus nombreux que les commentaires tolérants. Les rapports publiés chaque année par des associations comme SOS Homophobie font état d’une recrudescence importante des plaintes pour agressions physiques à caractère homophobes, des insultes et des violences, alors même que seule une part infime des victimes ose porter plainte. Les guet-apens homophobes, où les victimes sont piégées sur les applications de rencontre par des faux profils, sont particulièrement inquiétants.

C’est pourquoi il faut battre en brèche certaines idées reçues. En effet, les stéréotypes et les simplifications sont nombreuses, qui entachent le débat. Il importe de rappeler certains faits, certaines vérités. Je prends le temps de le faire, presque quotidiennement, lorsque je tombe sur des commentaires haineux sur les réseaux sociaux. Je pense en effet que, plutôt que de signaler et de faire supprimer ces commentaires, il faut les laisser et y répondre, afin que cette homophobie ne soit pas invisibilisée, et que les auteurs de ces messages reçoivent un autre discours que le leur. Peut-être est-ce un coup d’épée dans l’eau ? Peut-être. Mais c’est un travail que j’estime important. Et aujourd’hui, pour le 17 mai, pour la Journée Mondiale de lutte contre les LGBT-phobies, j’ai décidé de rassembler ces idées reçues, et d’y répondre en une fois.


Idée reçue n°1 : « l’homosexualité est un choix »

Je pense que beaucoup d’homophobes pensent que l’homosexualité est un choix de vie, une décision que l’on prendrait. Or, cela n’est pas le cas. L’orientation sexuelle est un phénomène complexe, dont les causes semblent multifactorielles, combinant des dimensions biologiques, environnementales, développementales. Mais, en tout état de cause, cela n’est pas un choix de vie. L’orientation sexuelle se construit et se reconnaît progressivement, généralement à l’adolescence, parfois même avant, quelquefois plus tard. On l’accepte plus ou moins bien, on l’assume ou non. Mais ce n’est pas une situation que l’on a choisie. On ne choisit pas volontairement une situation qui rend la vie plus compliquée. On est comme ça, c’est tout. Ce n’est ni bien, ni mal, c’est juste différent. Et on ne peut pas s’empêcher d’être comme ça.

Idée reçue n°2 : « C’est contre-nature »

Cette deuxième idée reçue revient souvent dans les discours homophobes. Or, la recherche scientifique a documenté des comportements homosexuels chez un très grand nombre d’espèces animales. Cela rend peu défendable l’affirmation selon laquelle l’homosexualité n’aurait rien de naturel.

Et quand bien même, la nature de l’homme est précisément sa capacité à se porter au-delà des déterminismes naturels, si bien que le concept de « contre-nature », appliqué à l’être humain, est très discutable philosophiquement.

Idée reçue n°3 : « C’est une mode »

Ce troisième cliché revient très fréquemment dans les commentaires. Il m’arrive de lire des messages tels que “on les voit partout”, “on n’en peut plus de les voir”, “ils sont trop présents”, etc. Cette idée confond visibilité et augmentation réelle, alors qu’il est crucial de distinguer ces deux notions.

Ce qui a changé, ce n’est pas tant la proportion de personnes concernées que la possibilité plus grande de se déclarer sans être systématiquement caché ou condamné. En effet, grâce aux luttes des associations et à une sensibilisation accrue, de nombreux individus se sentent désormais plus en sécurité pour exprimer leur identité.

La visibilité des personnes LGBT a effectivement augmenté dans les médias, les événements culturels et même la sphère politique, mais elle reste très variable selon les contextes et ne constitue pas une “surreprésentation”.

Idée reçue n°4 : « C’est une maladie, une déviance »

Cela, encore une fois, revient très souvent dans les messages publiés sur les réseaux sociaux. Il importe de rétablir la vérité : en 1990, l’homosexualité a été retirée de la classification médicale établie par l’OMS. Pour la médecine, s’il s’agit d’une différence, en revanche il ne s’agit pas d’une déviance, ni d’une maladie. La notion de pathologie implique généralement une altération du fonctionnement ou une souffrance cliniquement significative, ce qui n’est pas le cas ici. L’homosexualité ne fait de mal à personne, s’agissant de relations librement consenties entre personnes adultes. Les recherches en psychologie et en sciences sociales montrent au contraire que les difficultés rencontrées par les personnes homosexuelles sont largement liées aux effets de la stigmatisation, du rejet social ou des discriminations.

Idée reçue n°5 : « C’est contre la religion »

Autre idée reçue : « c’est contre la religion ». Cette idée repose souvent sur une confusion entre trois plans qu’il faut soigneusement distinguer : le plan des textes, celui des interprétations, et celui des traditions historiques. Une réponse rigoureuse consiste justement à travailler ces trois niveaux sans les confondre.

Avant tout, il importe de rappeler que les religions ne sont pas des blocs monolithiques qui ne parleraient que d’une seule voix. De nombreux théologiens contemporains, en particulier dans les traditions protestantes libérales et certaines approches catholiques, défendent une lecture contextualisée des passages souvent invoqués. Dans ces textes écrits il y a plusieurs siècles, tout n’est pas à prendre au pied de la lettre, et tout ne vaut pas pour notre époque. Ne pas tenir compte de cet impératif de contextualisation, c’est tendre vers une lecture fondamentaliste des textes religieux.

En outre, il existe, au cœur de nombreuses traditions religieuses, un principe qui tend à s’imposer comme fondement éthique premier, au point de relativiser certaines interprétations plus restrictives des textes : celui de l’égale dignité de tous les êtres humains. Ce principe, qu’on retrouve formulé de manière explicite ou implicite dans de nombreuses doctrines théologiques et morales, repose sur l’idée que toute personne est porteuse d’une valeur intrinsèque, indépendante de ses caractéristiques individuelles, de ses choix de vie ou de son orientation sexuelle. Dans cette perspective, aucune différence ne saurait justifier une hiérarchisation de la dignité humaine.

Idée reçue n°6 : « C’est contagieux »

Je retrouve également fréquemment, sur les réseaux sociaux, l’idée qu’il ne faudrait surtout pas parler de la diversité sexuelle et de genre, parce que cela pourrait « donner des idées » à certains qui, jusqu’à présent, se définissaient comme hétérosexuels. Là encore, il s’agit d’une idée reçue. Si l’orientation sexuelle était à ce point « contagieuse », alors les homosexuels, qui baignent dans une société majoritairement hétéro, auraient vite été convertis à leur tour à l’hétérosexualité. On ne devient pas homosexuel simplement pour en avoir entendu parler : en revanche, ces discours peuvent aider des homosexuels refoulés à s’assumer plus librement. La volonté de maintenir le silence sur ces questions est donc une volonté d’obliger des homosexuels à vivre comme des hétérosexuels, ce qui représente une violence.

J’entends aussi souvent, et c’est un peu la même idée, que « tout cela vient des médias ». Si l’on en croit les homophobes, la présence médiatique de figures LGBT exercerait une influence qui suffirait à « rendre les gens homosexuels ». Là encore, c’est prêter beaucoup de pouvoir à de simples discours. Je le répète, on ne devient pas homosexuel simplement pour en avoir entendu parler. L’exposition à des représentations ne crée pas des orientations, mais peut en revanche permettre à des personnes de mieux comprendre ce qu’elles ressentent déjà, parfois de manière confuse ou silencieuse. Ainsi, loin de “créer” des identités nouvelles, la parole publique sur ces questions contribue avant tout à rendre visibles des expériences qui existaient déjà, mais qui pouvaient rester non formulées, invisibilisées ou difficilement assumées.

Idée reçue n°7 : « L’homosexualité est une phase »

Cette idée reçue vient souvent de parents qui, inquiets de voir leur enfant homosexuel, se rassurent en s’imaginant que cela ne va pas durer. Or, s’il est vrai que l’enfance et l’adolescence sont des moments où l’on se cherche, s’il est vrai qu’avoir vécu quelques expériences homosexuelles ne suffit pas à faire de vous un homosexuel, en revanche il est assez malsain de nier le ressenti profond d’une personne en l’assurant que ce qu’elle ressent doit n’avoir qu’une très faible durée. Un parent doit au contraire accueillir la confidence de son enfant et l’assurer que son amour est inconditionnel.

Idée reçue n°8 : « L’homosexualité se soigne »

Comme je l’ai dit plus haut, l’homosexualité n’est pas une maladie, et par conséquent il n’y a rien à soigner. Ce n’est pas une pathologie, pas une déviance, pas une anomalie mentale. Il n’y a rien à traiter. Aussi, les prétendues « thérapies de conversion » sont en réalité tout le contraire d’un soin. Elles consistent à forcer une personne à renier tout sentiment homosexuel, parfois au prix de traitements douloureux et violents. L’Union Européenne condamne aujourd’hui les prétendues « thérapies de conversion », en laissant à chaque Etat membre le soin de légiférer. Certaines associations considèrent que ces « thérapies » sont comparables à une forme de torture.

Idée reçue n°9 : « Les personnes LGBT veulent imposer leur mode de vie »

Celle-là revient presque systématiquement. Elle s’exprime souvent sous une forme inquiète ou accusatrice : l’idée qu’une partie de la société chercherait à “imposer” ses façons de vivre, ses représentations, voire ses choix intimes à tous les autres.

Mais dès qu’on regarde concrètement de quoi il s’agit, l’argument s’effondre assez vite. Obtenir les mêmes droits, ce n’est pas retirer des droits à quelqu’un d’autre. Le mariage pour tous n’a retiré aucun droit aux couples hétérosexuels. Rien, dans ces évolutions, n’oblige qui que ce soit à changer de vie, de valeurs ou de manière de se définir.

Ce qui est souvent pris pour une “imposition”, c’est en réalité autre chose : la visibilité d’existences qui étaient déjà là. Voir des couples de même sexe dans l’espace public, entendre parler de familles différentes, croiser des récits jusque-là invisibles, ce n’est pas une injonction à adopter quoi que ce soit. Admettre que ma conception d’une vie heureuse n’est pas la seule possible ne m’enlève rien, et reconnaître d’autres opinions que la mienne ne me menace pas. C’est bien ça, une société démocratique : c’est le peuple qui règne, dans sa diversité et sa pluralité, et organise la coexistence de modèles différents.

Quant à l’idée d’un “complot” ou d’une stratégie organisée visant à transformer la société de l’intérieur, elle ne résiste pas longtemps à l’observation. Il n’y a pas de centre de commandement, pas de plan caché, pas de logique d’uniformisation. Il y a des individus qui demandent une chose très simple : pouvoir vivre sans être invisibilisés, ni empêchés, ni traités comme des exceptions. Au fond, ce qui est demandé n’est pas l’adhésion. C’est la coexistence. Pas que tout le monde vive pareil, mais que personne ne soit exclu pour la manière dont il vit.

Idée reçue n°10 : « Les personnes LGBT mènent une vie dissolue »

Il est fréquent, enfin, de lire des messages qui suggèrent que les personnes LGBT mèneraient une vie dissolue, moralement condamnable. On peut lire, par exemple : « Ce n’est que du sexe, pas de l’amour ». Or, les personnes LGBT n’ont pas le monopole du libertinage. Les hétérosexuels savent très bien tromper leur conjoint, organiser des orgies, multiplier les partenaires, ou que sais-je. Il y a des homos de toute sorte, comme il y a des hétéros de toutes sortes. Surtout, on peut se demander dans quelle mesure il est légitime de condamner un mode de vie, du moment que celui-ci ne fait de mal à personne. Si des personnes consentantes veulent coucher à droite et à gauche, multiplier les expériences et les partenaires, grand bien leur fasse, c’est leur droit le plus strict. Mais ce comportement ne caractérise pas la communauté LGBT dans son ensemble, elle n’est qu’un mode de vie parmi d’autres. Il y a des homosexuels qui ont une vie beaucoup plus rangée, mais cela ne donne pour autant pas le droit de juger qu’il y aurait de « bons homos » et de « mauvais homos ».

Il n’est pas impossible que cette affirmation vienne du fait que certaines personnes LGBT s’affichent de façon exubérante. Cependant, il est important de comprendre que cette exubérance est une façon de retourner le stigmate, d’assumer pleinement cette identité que la majorité méprise. Alors, oui, dans les manifestations et les marches des fiertés, vous verrez des costumes très sexualisés, des tenues flamboyantes, des habits de carnaval. Cela ne veut pas dire que ces personnes sont comme cela dans la vie de tous les jours. Et cela ne veut pas dire non plus que c’est immoral. Les majorités ont toujours fortement tendance à vouloir dicter la façon de s’habiller des gens, comme s’il fallait, pour faire société, que tout le monde présente plus ou moins la même apparence. Or, l’exubérance vestimentaire n’est rien d’autre qu’une volonté de s’exprimer fortement, et cela n’a rien de mal.

En particulier, il n’y a aucune raison crédible qui empêche des personnes LGBT d’être de bons parents. Car, oui, les personnes LGBT peuvent être parents. Ils peuvent concevoir des enfants avec une personne du sexe opposé, comme le font les hétéros. Ils peuvent aussi recourir à l’adoption ou à des assistances à la procréation. Ce sont des réalités. Et ce que l’on observe, c’est que les parents LGBT ne sont pas moins aptes que des parents hétéros à gérer l’éducation d’enfants. Il semblerait même que, dans certains cas, ce soit le contraire : avoir un enfant est un tel parcours du combattant pour les personnes LGBT qu’elles ont tendance à prendre ce rôle très au sérieux.

Idée reçue n°11 : « Il n’y a que deux sexes / deux genres, donc le reste est artificiel »

Je constate régulièrement que la question de la transidentité, et plus largement de l’identité de genre, est encore très mal comprise, encore plus encore que la question de l’orientation sexuelle. Il est vrai que nous avons été habitués, par notre culture, à concevoir les choses de façon binaire. Moi-même, bien que je sois homosexuel, j’ai mis du temps à sortir de ces schèmes traditionnels, tout simplement parce que nous vivons dans une société où la quasi-totalité des gens ont une identité de genre qui est en harmonie avec leur sexe.

Ce que revendiquent les personnes trans, fluides ou agenres, c’est simplement que l’on prenne en considération le fait que, au-delà du corps, l’identité de genre repose sur un ressenti intérieur. Et ce qu’elles veulent, c’est que ce soit ce ressenti intérieur qui détermine la façon dont une personne est genrée dans la société. Que le psychologique prenne le pas sur le physiologique, en somme. Ce n’est pas une revendication extraordinaire. Accéder à cette revendication n’enlève rien à ceux dont le ressenti intérieur correspond à l’apparence extérieure. Pourtant, la société est, pour l’instant, majoritairement arc-boutée sur une conception binaire et physiologique du genre, par habitude culturelle.

Idée reçue n°12 : « Les personnes LGBT sont forcément militantes / politisées »

C’est, là encore, un argument qui revient souvent. Et généralement, il s’exprime bien plus violemment : les personnes LGBT seraient « extrémistes », « islamo-wokistes », etc. Rappelons donc que, s’il n’y avait pas d’agressions, s’il n’y avait pas d’insultes, s’il n’y avait pas d’homophobie, il ne serait pas besoin de faire du militantisme. Si des associations LGBT se sont constituées, c’est précisément pour mettre fin à des violences insupportables.

Au-delà des associations militantes et des lieux estampillés LGBT, il y a toute une population moins visible, qui se targue parfois d’être « hors milieu », et qui revendique précisément un moindre engagement politique et militant. Généralement, ces personnes profitent des combats menés par les associations, tout en souhaitant échapper à l’homophobie en se désolidarisant de ces associations. Il y a parfois, je pense, un zeste d’homophobie intériorisée, qui entraîne la distinction entre une « bonne homosexualité » (discrète, hétéronormée) et une « mauvaise homosexualité » (exubérante, soulignant sa différence d’avec les codes et les valeurs de la majorité hétérosexuelle). Pour moi, cette distinction n’a pas lieu d’être. Toutes les expressions de l’homosexualité sont légitimes, du moment qu’elles ne font de mal à personne.

Idée reçue n°13 : « On ne peut plus rien dire / c’est interdit de critiquer »

Les homophobes ont un réflexe très fréquent, qui est celui de se prévaloir de la liberté d’expression. Or, il faut rappeler que la liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres, et cela est d’autant plus vrai lorsqu’il s’agit de respecter la dignité et les droits fondamentaux des individus. En France, l’homophobie est explicitement considérée comme un délit, et non comme une simple opinion, car promouvoir de tels discours peut avoir des conséquences dévastatrices sur les vies des personnes visées. Ainsi, la liberté d’expression n’excuse pas tout. Dans un état démocratique, il est crucial de protéger les minorités contre toute forme de discrimination, et cela commence par une reconnaissance claire des comportements homophobes comme inacceptables dans notre société.

Idée reçue n°14 : « L’homosexualité serait incompatible avec certaines cultures / civilisations »

Selon certains commentaires homophobes, l’homosexualité serait “une invention occidentale”. Sous-entendu : ce ne serait pas quelque chose d’universel. L’Occident « décadent » serait bien seul à tolérer ce que les autres civilisations condamnent. Sur le plan anthropologique, cela est difficilement soutenable. Les personnes LGBT semblent exister sur tous les continents, et à toutes les époques : ce qui change, c’est le degré d’acceptation ou au contraire d’intolérance.

L’idée d’une incompatibilité culturelle repose en réalité sur une lecture simplifiée de la notion même de culture, comme si celle-ci constituait un bloc homogène, stable et intemporel. Or une culture est toujours traversée de tensions, d’évolutions et d’interprétations concurrentes. Dire qu’une pratique serait “contraire à une culture” revient souvent à confondre une position morale dominante à un moment donné avec l’essence immuable d’une civilisation.

Cette idée est d’autant plus problématique qu’elle peut se combiner, dans certains discours, avec des formes de racisme culturel ou civilisationnel. L’argument de “l’importation occidentale” sert parfois à délégitimer des personnes LGBT issues de contextes non occidentaux. Parfois, les cultures non-européennes sont d’emblée disqualifiées comme nécessairement homophobes. On voit alors que l’homophobie se double aisément de racisme, comme cela a été théorisé à travers la notion d’intersectionnalité.

Dans ce type de discours, l’homophobie se mêle à une essentialisation des cultures, et transforme des constructions sociales complexes en identités closes et immobiles. Ainsi, loin d’être un phénomène “extérieur” ou “importé”, la question des orientations sexuelles traverse les sociétés humaines dans leur diversité. Ce qui varie, ce ne sont pas les existences elles-mêmes, mais les manières dont elles sont nommées, perçues, autorisées ou réprimées.

Idée reçue n°15 : « Ils peuvent faire ce qu’ils veulent dans leur lit, mais ça ne doit pas se voir »

C’est pour moi l’un des pires commentaires, parce qu’il se drape dans un apparence de vertu et de tolérance, quand il n’est en réalité que rejet. L’apparence de tolérance — « chacun est libre dans sa vie privée » — est immédiatement suivie d’une une restriction décisive : l’invisibilité. Autrement dit, ce genre de commentateurs accepte l’existence de la différence à condition qu’elle ne se manifeste jamais dans l’espace social.

Or, cette position repose sur une distinction fragile entre “privé” et “public”, comme si les identités humaines pouvaient être strictement confinées à la sphère intime. En réalité, toute identité relationnelle se déploie nécessairement dans des interactions sociales : tenir la main de son partenaire, parler de sa vie familiale, ou simplement exister sans dissimulation dans l’espace public ne relève pas d’une exhibition, mais de la vie ordinaire.

Ce qui est en jeu ici, ce n’est donc pas la sexualité en tant que telle, mais la visibilité de certaines formes de vie affective. L’exigence de discrétion absolue revient en pratique à instaurer une hiérarchie implicite : certaines relations auraient droit à l’expression publique (les couples hétérosexuels, les familles dites “classiques”), tandis que d’autres devraient rester invisibles pour être acceptées. On ne demande alors pas seulement de la retenue, mais une forme de mise à distance sociale permanente.

Une société humaine n’est pas homogène, et c’est une violence d’exiger qu’elle le soit. Il n’y a pas de raison que certaines personnes soient moins légitimes que d’autres à apparaître dans l’espace public. Une société démocratique ne fonctionne pas sur la disparition des différences, mais sur leur coexistence visible. L’espace public n’est pas neutre : il reflète déjà des normes, des habitudes et des représentations. Exiger que certaines existences en soient absentes revient donc à maintenir une norme invisible tout en la présentant comme naturelle.

Enfin, cette idée produit une contradiction interne : elle affirme d’un côté que “chacun fait ce qu’il veut”, mais refuse à certains le droit minimal d’être visibles dans des situations ordinaires de la vie sociale. L’homosexualité en soi n’est ni impudique, ni immorale : elle est simplement une différence, qui n’a pas spécialement besoin d’être dissimulée. Pas davantage, en tout cas, que l’hétérosexualité.


En définitive, ces idées reçues ne tiennent pas seulement à des erreurs de raisonnement ou à des approximations : elles dessinent une certaine manière de rendre invisibles des existences réelles, en les enfermant dans des catégories fausses, simplificatrices ou stigmatisantes. Les déconstruire, c’est donc moins “corriger des opinions” que rétablir un espace de pensée où les personnes concernées cessent d’être des objets de débat pour redevenir des sujets pleinement légitimes.

Depuis la publication de mon « Poème pour le 17 mai », qui a eu un retentissement exceptionnel pour un texte de poésie, j’assume pour ma part pleinement mon homosexualité, y compris en prenant le micro pour lire de la poésie. C’est en voyant le succès de ce poème que j’ai eu l’idée d’en écrire d’autres, qui peu à peu ont constitué le recueil Du Néon aux Etoiles. Les lectures publiques, les récitals, les scènes ouvertes où je lis des extraits de ce recueil sont toujours suivis de moments de partages très touchants. Ce recueil, disponible sur Amazon, est mon deuxième livre de poésie. J’ai également publié sur mon blog un « Guide à l’usage des professeurs contre l’homophobie scolaire », qui répond à certaines questions que les enseignants se posent souvent. Je n’ai pas pu cette année participer physiquement à la manifestation du 17 mai (j’étais dans un avion au même moment), aussi tenais-je à participer à travers un article.

À toutes et à tous, je souhaite une très joyeuse et très heureuse Journée Mondiale de lutte contre l’homophobie !


En savoir plus sur Littérature Portes Ouvertes

Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.