« Je partage le manioc et l’igname des jours. »
Marc Alexandre Oho Bambe, dit « Capitaine Alexandre »
« Je partage le manioc et l’igname des jours. »
Marc Alexandre Oho Bambe, dit « Capitaine Alexandre »
« De quelle brûlante Afrique revient-elle harassée, vieillie d’un presque tour du monde, mais toute gonflée d’espérance, cette hirondelle rouge ? »
Jean-Michel Maulpoix, L’hirondelle rouge,
Paris, Mercure de France, 2017, p. 86.
J’ai découvert récemment une citation dont l’auteur est Tayeb Saleh. Une petite recherche sur Wikipédia m’apprend que c’est un écrivain soudanais, considéré par l’encyclopédie comme « l’un des plus grands écrivains arabes » (1929-2009). Ce qui tombe bien, puisqu’à l’approche du Printemps des Poètes 2017, le blog « Littérature Portes Ouvertes » se met à l’heure de l’Afrique.
Continuer à lire La prose aux accents poétiques de Tayeb Saleh
Il y a dans la nuit ton cri. Tu le répètes au moins trois fois. Je ne l’entends qu’en m’affolant. Tu cries avec les étoiles. Tu cries avec ton ventre qui déchire. Je dors dans la surdité de l’écrasement. Je ne t’entends pas. Mais les étoiles traversent mon rêve. Les déchirements de ton ventre m’ouvrent les yeux. Je t’entends tomber. J’entends ton cri descendre me prendre. Dans la nuit éblouissante. Je m’accroche à ta chute. […] »
Serge Martin, Ta résonance, ma retenue (extrait),
à paraître prochainement aux éditions Tarabuste.
« certains soirs
face offerte à la nuit
tu guettais les comètes chargées de vœux
[rayant le ciel »
Claude Ber, La mort n’est jamais comme,
Paris, Éditions de l’Amandier, p. 103.
Deuil du duo
« sans toi
c’est le silence
assis sur sa chaise
sans toi
la miroir creuse
jusqu’au vide
jusqu’au vif
ô poésie
striée de perte
sans toi
l’ombilic
crève ô
furie douce
sans toi voici mon corps
bâtard taraudé
à mort
sans toi
mes yeux privés
ne touchent plus
rien
sans toi
c’est l’enfer
d’une enfance
enragée
sans toi
c’est le drame
le deuil brame
âme bée »
Yves Charnet, « Deuil du duo », dans « Tranches d’âmes »,
paru dans Nu(e), n°40, 2009
« Et si tu écrivais le roman du désespoir,
celui des terres inondées ou recluses,
celui des villes renégates ou celui
des hameaux délabrés, que dirais-tu
à ton poème qui tremble et qui s’alarme ? que
dirais-tu ? Mais regarde bien autour de toi,
un petit garçon prend la lumière entre
ses doigts, il remonte les pentes du matin,
il est l’encre violette des prairies
avec leurs fleurs, leurs silences de fleurs,
leurs émeutes de fleurs devant l’éternel
combat de l’enthousiasme et de l’inquiétude. »
Richard Rognet, Élégies pour le temps de vivre,
Gallimard, via Google Books.
« Doucement, tombent les premiers flocons, très espacés, très lents : des épluchures de ciel.
— Qui donc, là haut, débarrasse la table, jette par la fenêtre la nappe blanche du dimanche, néglige à ce point les couverts d’argent et fait tomber le sucre en poudre et les miettes de pain sur la terre ? »
Jean-Michel Maulpoix, Pas sur la neige,
Paris, Mercure de France, 2004, pp. 33-34.
« j’écris dans la neige des poèmes
qui ne connaîtront jamais une autre page »
Daniel Biga, L’Amour d’Amirat, Paris, Cherche-Midi, 2013, p. 16.
« Flocons,
Bévues sans conséquences de la lumière. »
Yves Bonnefoy, Début et fin de la neige (1991)
Je voudrais vous parler aujourd’hui d’une citation très connue dans le monde de la poésie contemporaine. Il s’agit d’une phrase de Denis Roche, sans doute la plus célèbre de cet écrivain et photographe. Cette phrase, laconique, la voici : « La poésie est inadmissible, d’ailleurs elle n’existe pas ».
Continuer à lire Réflexion libre autour d’une phrase de Denis Roche
« Je parlerai du mot pluie, du mot
silence sous la pluie, je parlerai du jardin
sous la pluie, de la facilité des fleurs
à accepter les confidences du matin, je
parlerai de vestiges, de tuiles tombées,
de fontaines taries, de sources renaissantes,
je parlerai de pulsations, de paupières,
je marcherai vers la montagne, je me
[précéderai. »
Richard Rognet, Élégies pour le temps de vivre,
Paris, Gallimard, 2012, via Google Books.
« Je suis incapable de parler d’autre chose que de l’amour dont je ne sais rien. J’ai essayé, je n’y parviens pas et l’ennui vient comme une sanction immédiate. Tout ce qui est de l’ordre d’un savoir m’indiffère. »
Christian Bobin, L’épuisement, Folio, via Google Books.
« Tendre vers une prose claire affirmant notre présence en ce monde, notre souci d’y mieux vivre et de le dire avec exactitude. »
Jean-Michel Maulpoix, Du lyrisme, Paris, José Corti, 2000, p. 432.
« Une fringale de papier me surprend en automne. J’écris tandis que tombent les feuilles. Le ciel se tasse, il craque quand on marche dessus. Ni fontaine fraîche, ni petites lèvres végétales, ni langues agiles, ni voix d’oracle, ni couvert secret des couvées : mon arbre est le monument de l’absence, une croix griffée à l’encre noire sur l’horizon vide. Écrire accompagne sa douleur.
Les feuilles tombées ressemblent aux ailes des papillons. Séchées entre les pages d’un livre, ce sont de petits buvards silencieux. La mémoire immobile de l’envol. »
Jean-Michel Maulpoix, Emondes, Solaire, 1981, p. 44.
« Tour à tour, nous avons perdu le réel et l’imaginaire. Nous sommes les citoyens hébétés d’un univers inquiétant sur lequel nos actes semblent n’avoir aucune prise. »
Jean-Michel Maulpoix, Papiers froissés dans l’impatience,
Seyssel, Champ Vallon, 1987.
« Un passage comme si de rien n’était
Et voilà que je me remets pénétrer les mots de la vie
Un soleil sur la nappe rouge
La pompe au milieu de la cour
Ne ramenant plus d’eau
Mais la source est toujours présente
Avec l’eau claire que on aperçoit
À travers la fente des pierres. »
Béatrice Bonhomme, La Maison abandonnée,
Colomars, Melis, 2006, p. 8.
« Lorsque l’enfant paraît, le cercle de famille
Applaudit à grands cris. Son doux regard qui brille
Fait briller tous les yeux,
Et les plus tristes fronts, les plus souillés peut-être,
Se dérident soudain à voir l’enfant paraître,
Innocent et joyeux.«
Victor HUGO, Les Feuilles d’automne,
d’après Œuvres complètes, Ollendorf, 1909, via Wikisource.
Né en 1952 à Montbéliard, Jean-Michel Maulpoix, poète et professeur en littérature à l’Université Paris-III Sorbonne Nouvelle, est l’auteur de plus d’une trentaine de recueils poétiques, la plupart composés dans une prose ample et rythmée où il décrit la situation précaire de l’homme contemporain, tout en cherchant à dépasser l’inquiétude et à tendre vers une forme de sérénité. Son recueil le plus connu, Une histoire de bleu, publié en 1992 au Mercure de France et réédité en 2005 chez Gallimard, s’ouvre par un très beau poème. Lecture.
Paul Celan (1920-1970) fait incontestablement partie des grands poètes du XXe siècle. Sa poésie est profondément marquée par l’enfer des camps nazis, où ses parents furent déportés et trouvèrent la mort, avant que lui-même ne fasse l’expérience des travaux forcés en 1942-1944. Son recueil posthume Partie de neige, composé en 1968, n’est pas le plus connu, et c’est le poème qui donne son titre à ce recueil que j’ai choisi de vous présenter.