Archives pour la catégorie Poésie

Les cloches sonnent au loin

Les cloches sonnent au loin. La journée se termine. Le temps est enfin venu où il ne s’agit plus de faire, de se presser, de réussir ou d’échouer. On dépose ses affaires, on range son manteau. Dehors, on entend encore le grand mouvement du vent. Mais dedans, tout est calme à présent. Le silence se répand comme un baume sur les choses. On s’emmitoufle dans son petit univers : un bon livre sous un plaid épais, la contemplation des flammes de la cheminée, peut-être un bain chaud, un carreau de chocolat. Les cloches sonnent au loin. La journée est passée. Demain, il faudra à nouveau avancer, agir, travailler, courir, circuler. Mais pour l’instant, on savoure de n’avoir plus rien à faire. On laisse son fardeau à la porte. Les cloches sonnent au loin. L’heure n’est plus de penser, de prévoir, de réfléchir, de calculer. La journée est passée. On écoute les cloches sonner.

Gabriel Grossi, 02/03/2020.

« Le jour venu » de Jean-Michel Maulpoix

C’est un ouvrage méditatif et crépusculaire que Le jour venu, dernier ouvrage de Jean-Michel Maulpoix, une suite de proses sur laquelle plane l’ombre omniprésente de la mort, où dialoguent angoisse et désir, violence et résignation, douceur et douleur.

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Poët en vue !

Le programme des Journées Poët Poët

Le Printemps des Poètes approche. Comme chaque année, un peu partout en France, de très nombreuses manifestions viendront mettre un peu de poésie dans nos vies. Pour ma part, je suis chaque année le festival organisé par la compagnie « Une petite voix m’a dit » dans les Alpes-Maritimes. De Mouans-Sartoux à Saorge en passant par Nice et La Gaude, ce festival se tient aux quatre coins du département, pour le plus grand bonheur des petits comme des grands.

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Poésie et bonheur

Nous sommes habitués à nous faire du poète l’image d’un être tourmenté, malmené par sa sensibilité exacerbée, assailli par des émotions contradictoires, hanté par une quête de l’indicible qui ne lui laisse aucun répit. Associer poésie et bonheur ne va donc pas de soi. C’est pourtant la problématique choisie par un colloque international conjointement mené par les universités de Nice et de Naples. Côté niçois, c’est une équipe menée par Josiane Rieu, spécialiste de la poésie du XVIe siècle, qui s’est penchée sur la question. De ce colloque qui s’est déroulé ce vendredi 21 février 2020 à la Faculté des Lettres de Nice, je n’ai pu assister qu’aux interventions de l’après-midi, et c’est donc de ces cinq exposés que j’entends rendre compte à présent.

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Le soleil baudelairien

Charles Baudelaire est surtout connu pour être le poète de la ville moderne. Ce qui l’intéresse, c’est avant tout le monde grouillant des villes, avec ses masses de pauvres et de petites vieilles, ses foules bruyantes où l’on distingue le cri du vitrier. Mais cela n’empêche pas le poète d’écrire aussi sur la nature, quoique beaucoup plus rarement, et c’est ainsi que le deuxième poème des Fleurs du mal s’intitule très sobrement « Le soleil ». Sans doute s’agit-il là d’un thème beaucoup plus traditionnel que l’agitation du monde moderne. Aussi pourrons-nous nous demander ce qui a motivé Baudelaire à écrire un poème sur le soleil.

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« Les mots me viennent par vagues. Ils voudraient dire des choses que je ne maîtrise pas. Ils tâtonnent, ils palpent le vide et tout à coup s’enfièvrent pour une image qu’ils ont prise pour la vérité. Je m’y abandonne aux courants de lumière et de vent. À vrai dire, j’y cherche tes lèvres. »

Jean-Michel Maulpoix, L’instinct de ciel, Paris, Mercure de France,
rééd. 2005, Paris, Gallimard, coll. « Poésie », III-5.

Poésie et courage: Jean-Michel Maulpoix

Il ne vous aura pas échappé que le thème du prochain printemps des poètes allait être le courage. C’est pourquoi je publie depuis ces derniers mois toute une série d’articles sur ce thème. Car, en dépit peut-être de ce que les stéréotypes veulent faire croire, les poètes sont des êtres courageux. Aujourd’hui, je voudrais vous parler de Jean-Michel Maulpoix, dont l’œuvre permet d’aborder le thème du courage.

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À quoi sert-il de lire et d’écrire de la poésie ?

Je vais tâcher aujourd’hui de répondre à cette question que l’on me pose : à quoi sert-il d’écrire et de lire de la poésie selon vous ? La question peut paraître banale. Pour autant, il s’agit d’une véritable question que les poètes eux-mêmes se posent. De fait, y répondre n’est pas si facile qu’il ne paraît.

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Poésie et courage : Nâzim Hikmet

Écrire de la poésie demande parfois beaucoup plus de courage que l’on ne s’imagine. Aussi, puisque le Printemps des Poètes qui va se dérouler en mars prochain aura le courage pour thème annuel, est-il intéressant de s’intéresser à la thématique du courage en poésie. Après le Chilien Pablo Neruda et la Russe Anna Akhmatova, je voudrais vous faire découvrir aujourd’hui l’un des plus grands poètes turcs du XXe siècle, à savoir Nâzim Hikmet.

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« Oui, oui, c’est vrai, j’ai vu la mort au travail
[…] tout près de moi, sur moi, j’en donne acte à mes deux yeux, adjugé ! Sur la douleur, on en aurait trop long à dire. Mais quelque chose n’est pas entamé par ce couteau ou se referme après son coup comme l’eau derrière la barque. »

Philippe Jaccottet, À la lumière d’hiver,
dans Œuvres complètes, Paris, Gallimard, « Pléiade », p. 574.


« O voyageur, la terre, hélas ! est découverte.
Plus d’île vierge encor d’ombre et de pas humains.
Mais prends le grain d’avoine ou bien la feuille verte
Et tu verras s’ouvrir l’inconnu des chemins. »

Alexandre ARNOUX, CVII quatrains, éd. Jacques Haumont,
cité par G. Rouger & R. France, Nouvelle anthologie poétique, Paris, Nathan, 1953, p. 226.

« En hiver » d’Emile Verhaeren

Verhaeren est un très grand poète belge. Voici un poème intitulé « En hiver »…

« Le sol trempé se gerce aux froidures premières,
La neige blanche essaime au loin ses duvets blancs,
Et met au bord des toits et des chaumes branlants,
Des coussinets de laine irisés de lumières.

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« NOËL ! paix dans les cieux ! paix à l’enfer dompté !
Paix sur la terre, aux cœurs de bonne volonté !
Premier chaînon d’amour de l’insoluble chaîne
Qui joint la terre au ciel, l’ange à la race humaine !
Mystère, enivrement, pardon, trêve à nos maux,
Pitié pour les enfants, respect des animaux !! »

Alfred Busquet, La Nuit de Noël (poèmes), Christmas Carol, Librairie nouvelle, 1861,
via Wikisource.

Nu(e) célèbre Valérie Rouzeau

La revue Nu(e) vient de faire paraître son soixante-dixième numéro. Coordonné par Régis Lefort, il consacre près de trois cents pages à la poète Valérie Rouzeau. En voici une petite recension.

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Poème du bord de mer

TEXTE PERSONNEL

Toujours, il s’en revient près de la mer.

C’est là, où que ses pas l’aient d’abord porté, qu’il finit par se rendre. Dans le dédale de la grande ville, elle lui est un repère. S’il aime à se perdre dans les méandres des rues, c’est qu’il la sait présente par-delà le béton et la grisaille. Elle n’est jamais très loin de ses pas. Elle lui rend supportables la ville et ses rumeurs, ses foules pressées et irascibles, ses cris et ses sirènes. Dans les moments d’incertitude, il s’en vient près d’elle chercher du réconfort. Jamais elle ne se refuse à lui ; jamais elle ne trahit sa confiance. Elle répète pour lui une mélodie douce et rassurante, dans le bercement continu du ressac où se perdent ses pensées. Il se laisse fasciner par ses teintes changeantes, par son bleu plus profond que la nuit, par ses irisations perlées d’écume dans la clarté rayonnante du jour. Il cherche à comprendre comment ses ondulations parviennent à se résoudre en une si parfaite ligne. Il a besoin de ces instants où le regard porte au loin et où il n’y a rien d’autre à faire que de contempler le vide, comme pour s’y perdre, sans vouloir y chercher quelque chose, accueillant simplement ce qui s’y trouve, heureux d’être là, suspendu entre ciel et mer, oublieux de tout, laissant derrière lui l’agitation de la ville, un peu stupide peut-être de se savoir figé devant rien, mais indifférent finalement au regard des autres, puisque seul importe désormais l’infini de la mer, pour quelques secondes encore avant de retourner à l’existence ordinaire, et la sensation d’être parfaitement à sa place, si petit pourtant, mais en accord avec celle qui se déroule et continue de se dérouler devant lui.

Gabriel GROSSI, 5 décembre 2019.

La baie des Anges depuis Antibes (photo personnelle)


« Si tu crois qu’aux enfants seuls siéent les songes je te dirai ce retour d’images brèves qui font d’une vie une éternelle saison qui nous frôle et n’en finit pas d’interroger les forêts

On lâche seulement sur le tard des mots neufs enfermés comme des copeaux légers dans des larmes avides d’épaules »

Barbara Auzou.

Ce beau poème, intitulé « Prolégomènes IV », se lit (presque) d’un seul souffle. Il est à lire sur le blog de Barbara Auzou, dont le titre très durassien est Lire, dit-elle. Allez-y voir !

« Encre d’une disparue » de Bernard Simeone

Je voudrais vous parler aujourd’hui d’un tout petit livre. Dix-sept pages seulement, c’est en effet un bien mince ouvrage. Mais la poésie n’a pas forcément besoin de beaucoup de place… Ce livre, il s’intitule Encre d’une disparue, et il a été publié par Bernard Simeone aux éditions « La Cécilia » en 1990.

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Poésie et courage: Anna Akhmatova

Poursuivant ma petite suite d’articles consacrés au courage, thème du Printemps des Poètes 2020, je voudrais vous présenter aujourd’hui Anna Akhmatova, figure majeure de la poésie de langue russe du XXe siècle.

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