« Oui, oui, c’est vrai, j’ai vu la mort au travail […] tout près de moi, sur moi, j’en donne acte à mes deux yeux, adjugé ! Sur la douleur, on en aurait trop long à dire. Mais quelque chose n’est pas entamé par ce couteau ou se referme après son coup comme l’eau derrière la barque. »
Philippe Jaccottet, À la lumière d’hiver, dans Œuvres complètes, Paris, Gallimard, « Pléiade », p. 574.
L’accord du participe passé est une question qui peut devenir épineuse. Si la règle générale est assez simple et permet de s’en tirer dans la plupart des cas, il est aussi des subtilités assez délicates. Dans un précédent article, j’avais détaillé les principales difficultés. On m’a récemment posé la question pour « s’apercevoir », et, de but en blanc, j’ai fourni une explication qui n’était pas la bonne. Mea culpa. J’ai donc voulu en avoir le coeur net. D’où cet article.
« Respire ! Respire dans le temps qui est quotidien Respire on n’en meurt pas Respire dans le temps concret du monde Respire on ne meurt pas d’amour. […] »
Béatrice BONHOMME, Les Boxeurs de l’absurde, Fourmagnac, L’étoile des limites, 2019, p. 65.
Sans doute le terme d’écosystème est-il aujourd’hui connu d’à peu près tout le monde. Loin d’être utilisé par les seuls scientifiques, il est repris par la presse, avec d’autres notions scientifiques telles que biodiversité, si bien que nous pouvons croire en connaître le sens. Il est aujourd’hui bien établi que les êtres vivants ne sont pas isolés les uns des autres, mais vivent en interrelation. Or, nous ignorons généralement jusqu’à quel point.
« O voyageur, la terre, hélas ! est découverte. Plus d’île vierge encor d’ombre et de pas humains. Mais prends le grain d’avoine ou bien la feuille verte Et tu verras s’ouvrir l’inconnu des chemins. »
Alexandre ARNOUX, CVII quatrains, éd. Jacques Haumont, cité par G. Rouger & R. France, Nouvelle anthologie poétique, Paris, Nathan, 1953, p. 226.
Je souhaiterais aujourd’hui réagir à un article récemment paru dans les colonnes de Figaro Vox. Il s’agit d’un entretien entre la journaliste Marguerite Richelme et le professeur de philosophie René Chiche, auteur d’un livre intitulé La Désinstruction nationale.
Béatrice Bonhomme, poète et professeur de Littérature française du XXe siècle à l’Université Côte d’Azur, m’adresse cette note de lecture que je m’empresse de partager avec vous, tant elle donne envie de lire l’ouvrage chroniqué. Il s’agit d’un ouvrage intitulé Ma menthe à l’aube mon amante, Correspondance amoureuse entre MarcAlynet Nohad Salameh, aux éditions Pierre Guillaume de Roux.
Les phrases en apparence les plus simples ne sont pas toujours les plus faciles à analyser. Sans nous en rendre compte, nous sommes, dès le plus jeune âge, dotés d’une intuition grammaticale qui nous permet de produire des phrases que nous aurions parfois du mal à analyser correctement. Je vais aujourd’hui faire toutes les remarques nécessaires pour analyser cette phrase très banale : « Il n’y en a pas assez ».
Verhaeren est un très grand poète belge. Voici un poème intitulé « En hiver »…
« Le sol trempé se gerce aux froidures premières, La neige blanche essaime au loin ses duvets blancs, Et met au bord des toits et des chaumes branlants, Des coussinets de laine irisés de lumières.
Que la nouvelle année vous soit douce ! Qu’elle vous apporte joie, bonheur et santé. Merci à tous pour votre intérêt, votre fidélité, vos commentaires. Et à bientôt pour de nouvelles découvertes poétiques et littéraires !
(Image d’en-tête : le Col de Vence sous la neige, photo personnelle)
Depuis plusieurs années, j’aime enseigner les aventures d’Ulysse à mes élèves. J’ai déjà écrit un article à ce sujet, qui présente de façon générale la façon dont je m’y suis pris. Aujourd’hui, je voudrais revenir sur le détail de ce projet, dans le déroulement de chaque séance. J’espère que cela pourra aider des enseignants, mais aussi intéresser un public plus large à la façon dont on peut « faire passer » les grands textes homériques à des enfants.
« NOËL ! paix dans les cieux ! paix à l’enfer dompté ! Paix sur la terre, aux cœurs de bonne volonté ! Premier chaînon d’amour de l’insoluble chaîne Qui joint la terre au ciel, l’ange à la race humaine ! Mystère, enivrement, pardon, trêve à nos maux, Pitié pour les enfants, respect des animaux !! »
Alfred Busquet, La Nuit de Noël (poèmes), Christmas Carol, Librairie nouvelle, 1861, via Wikisource.
Les fins d’année sont une bonne occasion de se retourner pour considérer le trajet accompli. Je vous propose donc de revenir sur les publications de cette année et sur les temps forts qui ont marqué ce blog en 2019.
Cela fait un certain temps que je n’ai pas parlé de langue française. Je voudrais aujourd’hui commenter les paroles d’une chanson que j’ai apprise dans le cadre de la chorale dont je fais partie : en effet, cette chanson du XVIe siècle, intitulée Une jeune fillette, témoigne d’un état passé de la langue.
La revue Nu(e) vient de faire paraître son soixante-dixième numéro. Coordonné par Régis Lefort, il consacre près de trois cents pages à la poète Valérie Rouzeau. En voici une petite recension.
Il y avait une fois une petite fille, pas toujours très sage, dont on ne sait plus si elle s’appelait Mathilde ou Lucette. Elle aimait, comme tous les enfants, à s’amuser, et par-dessus tout, à sauter dans les flaques et à jouer avec la boue. Un soir, la famille s’apprêtait à partir à une importante réception. Ses deux grandes sœurs étaient déjà prêtes, sur le pas de la porte, à monter dans la grande limousine noire. Elles avaient mis leurs plus belles robes et je ne sais combien de rubans dans leurs cheveux, et attendaient leur petite sœur en jouant avec leur smartphone. Mais la cadette demeurait introuvable.
C’est là, où que ses pas l’aient d’abord porté, qu’il finit par se rendre. Dans le dédale de la grande ville, elle lui est un repère. S’il aime à se perdre dans les méandres des rues, c’est qu’il la sait présente par-delà le béton et la grisaille. Elle n’est jamais très loin de ses pas. Elle lui rend supportables la ville et ses rumeurs, ses foules pressées et irascibles, ses cris et ses sirènes. Dans les moments d’incertitude, il s’en vient près d’elle chercher du réconfort. Jamais elle ne se refuse à lui ; jamais elle ne trahit sa confiance. Elle répète pour lui une mélodie douce et rassurante, dans le bercement continu du ressac où se perdent ses pensées. Il se laisse fasciner par ses teintes changeantes, par son bleu plus profond que la nuit, par ses irisations perlées d’écume dans la clarté rayonnante du jour. Il cherche à comprendre comment ses ondulations parviennent à se résoudre en une si parfaite ligne. Il a besoin de ces instants où le regard porte au loin et où il n’y a rien d’autre à faire que de contempler le vide, comme pour s’y perdre, sans vouloir y chercher quelque chose, accueillant simplement ce qui s’y trouve, heureux d’être là, suspendu entre ciel et mer, oublieux de tout, laissant derrière lui l’agitation de la ville, un peu stupide peut-être de se savoir figé devant rien, mais indifférent finalement au regard des autres, puisque seul importe désormais l’infini de la mer, pour quelques secondes encore avant de retourner à l’existence ordinaire, et la sensation d’être parfaitement à sa place, si petit pourtant, mais en accord avec celle qui se déroule et continue de se dérouler devant lui.
Gabriel GROSSI, 5 décembre 2019.
La baie des Anges depuis Antibes (photo personnelle)