C’est une porte de bois, d’un beau bleu roi, ornée de métal, une porte à l’ancienne avec son gros heurtoir noir. N’ouvrant sur rien, sinon le vide, surplombant la mer et l’horizon infini. Une porte impossible à franchir, sauf à tomber de plus de deux mètres avant d’atteindre les galets. Simplement offerte à l’imaginaire, invitant à la rêverie. N’ouvrant sur rien, ne fermant pas davantage, mais donnant envie, par sa présence même, de la franchir. À quelle autre dimension accéderait celui qui en aurait la clef ? Car c’est bien cela qu’elle suggère. Il n’est pas de promeneur qui n’ait imaginé un monde derrière cette porte. Chacun a rêvé son univers, sa conception personnelle du paradis, son idée particulière du bonheur. Cette porte nous interroge : que voudrions-nous trouver derrière ? Que désirons-nous vraiment ? De quoi avons-nous besoin pour être heureux ? Quelle forme donnerions-nous au manque qui nous constitue ? Cette porte n’est pas magique, elle n’en a pas besoin, puisqu’il suffit qu’elle soit là pour que nous nous posions les bonnes questions. Elle nous rappelle à l’infini de l’horizon, comme un doigt pointé sur l’énigme. Bien vite, le promeneur reprend sa marche, retrouvant le fil de ses préoccupations quotidiennes, sa liste de tâches et d’obligations toutes plus urgentes les unes que les autres, ayant tôt fait d’oublier la porte bleue. Peut-être aura-t-elle malgré tout fait germer l’idée d’autre chose, d’un plus grand bonheur à trouver.
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