Petite Crevette reprend du service

En 2019-2020, je complétais une enseignante en PS-MS à mi-temps, dans une classe où le thème annuel était la mer. J’avais donc imaginé la rentrée de Petite Crevette, une histoire qui permettait aux élèves de comparer leur école réelle avec la classe fictive des animaux marins. Puis, le confinement est arrivé, et il a fallu faire travailler les élèves à distance. J’ai alors imaginé d’autres aventures de Petite Crevette, et l’exploitation pédagogique qui va avec. Et, pour l’année 2023-2024 qui va arriver, j’aurai en charge l’enseignement de la littérature dans une classe de CP. J’ai donc voulu actualiser la Rentrée de Petite Crevette, en l’adaptant à une entrée à la « grande école »…

Pourquoi un album sur la rentrée ? Pour accompagner les élèves dans un moment de leur vie qui n’est pas facile. Les enfants découvrent un univers nouveau, avec un fonctionnement légèrement différent de ce qu’ils avaient pu connaître à l’école maternelle. Mais les albums sur la rentrée sont souvent un peu fades (ma prof de khâgne aurait dit « gnocchi », mais je ne suis pas d’accord avec elle, car j’adore les gnocchi et je ne les trouve pas fades du tout).

Je trouve assez intéressant de transposer les choses dans l’univers sous-marin. Les élèves rencontrent ainsi un autre lexique, un autre univers, et peuvent faire des comparaisons avec la classe réelle. Le scénario en lui-même est extrêmement simple, et n’est rien d’autre que le récit d’une première journée à l’école élémentaire. Mais il y a malgré tout du vocabulaire à acquérir, un lien possible avec les sciences, des éléments culturels à apporter, ainsi que quelques petites inférences.

La séquence, telle que je l’ai imaginée, est adaptée à un début d’année en CP. Autrement dit, on prend acte du fait que les élèves ne savent pas encore lire, et la lecture orale est prise en charge par l’enseignant, comme cela est prévu par les programmes officiels. Une compétence, à mes yeux essentielle, des programmes, est en effet : « Comprendre un récit lu par le professeur d’un degré de complexité supérieur à celui que l’élève est capable de lire seul silencieusement. » Cette compétence est « estampillée CP », mais elle me paraît essentielle sur toute l’école élémentaire, jusqu’en CM2, et sans doute même au-delà.

Je compte éditer un recueil de toutes les aventures de Petite Crevette, que j’essaierai de vendre à prix raisonnable en impression à la demande. Pour l’instant, j’ai simplement créé un livre grâce à un éditeur d’albums photos, ce qui me permettra de disposer de l’objet-livre à la rentrée, afin de parer au plus pressé. Quant à l’exploitation pédagogique, je vais la fournir ici même.

Objectif : Permettre à l’élève de se projeter dans l’univers de l’album en émettant des hypothèses à partir de la première couverture. Instaurer les termes de titre, d’auteur et d’illustrateur, qui reviendront ensuite toute l’année lors des différentes lectures. Faire écouter l’histoire une première fois, et la faire reformuler aux élèves.

Support théorique : Pour Jocelyne Giasson, il faut penser l’avant, le pendant et l’après de la lecture. En permettant aux élèves d’émettre des hypothèses avant d’entrer dans l’histoire, on leur offre la possibilité de construire des images mentales, de développer un projet de lecture, de se faire une idée de l’ouvrage, de la même manière que le ferait un lecteur expert au moment de choisir un livre dans une bibliothèque ou une librairie.

Déroulement :

  1. Montrer le livre, projeter la couverture, laisser un temps où les élèves prennent librement la parole, puis relancer les élèves sous forme de questions ouverte. Sur le modèle de la pédagogie de l’écoute de Pierre Peroz, on posera plusieurs fois la même question en demandant : « Est-ce que l’on peut ajouter quelque chose ? »
  2. Attirer l’attention des élèves sur les éléments écrits de la couverture. Que peut-il y avoir d’écrit ? Certains parviennent peut-être déjà à déchiffrer des éléments : valoriser. Faire émerger ce que comporte toujours une couverture (vu en maternelle). Demander de définir les mots d’auteur, titre, illustrateur, illustration, éditeur…
  3. Passage à l’écrit avec la fiche. Aider les élèves à besoins. Puis correction collective.
  4. Lecture intégrale de l’histoire, sans les images puis projeter les images une à une et faire parler les enfants.
  5. Questions ouvertes inspirées de la pédagogie de l’écoute (Pierre Peroz) (voir doc joint)

Matériel :

Objectif : Les personnages, en tant qu’élément essentiel de la lecture a minima, seront au centre de cette séance. Il s’agira de les classer en deux catégories ouvertes (on s’attend à ce qu’ils soient classés entre élèves et adultes).

Déroulement :

  1. Rappels oraux (Qui peut me dire ce dont on se souvient à propos de Petite Crevette ?). Prise en note d’éléments au tableau par le maître.
  2. Relecture de l’histoire par le maître, intégralement, avec les images. Possibilité de vidéo-projeter les images pour que tout le monde les voie bien.
  3. Activité sur fiche : classement en deux catégories des images. Proposer un travail de groupe, avec un jeu d’images pour 3 ou 4 élèves.
  4. Mise en commun avec explicitation des critères retenus par les élèves. Faire émerger le fait que certains personnages sont des élèves et d’autres sont des adultes de l’école. N’accepter d’autres critères que si ils permettent effectivement un classement de tous les personnages en deux catégories. Ne pas accepter le critère garçon/fille car le sexe de certains animaux n’est pas connu.
  5. Prolongement : faire nommer l’animal, faire préciser son rôle dans l’histoire, et faire dire aux élèves ce qu’ils savent sur cet animal. Cela permet d’anticiper sur une séance suivante. Conclure en demandant de redonner la liste de tous les personnages, tous supports cachés, pour voir qui s’en souvient.
  6. Conclusion : faire le lien avec les adultes de l’école.

Matériel pour la séance 2 :

Objectif : Établir l’emploi du temps (sur une journée) de Petite Crevette, et comparer avec la journée de classe réelle d’un enfant à l’école élémentaire. Lien avec l’enseignement « Questionner le monde : temps ».

Déroulement :

  1. Faire raconter l’histoire par un élève, et demander aux autres de compléter. On travaille ainsi le langage oral ainsi que la mémoire. Le maître prend en note, sous la dictée des élèves, des phases successives de l’histoire.
  2. Énoncer l’objectif qui est de reconstituer l’emploi du temps de Petite Crevette. Pour cela, nous allons remettre en ordre les images en les collant sur une affiche A3. Pour cette phase, les élèves pourront travailler par groupes. On pourra aisément différencier en variant le nombre d’images selon les groupes.
  3. Mise en commun : passage de deux ou trois groupes au tableau (choisir des groupes qui ont fait des choix différents). Discussion avec la classe et établissement d’une solution collective avec de grandes images au tableau. Au tableau, on rassemblera les images en trois temps : à la maison avant la classe / à l’école / à la maison après la classe.
  4. Comparaison avec la journée de classe des élèves de CP. Pour chaque image, on évoque oralement les ressemblances et les différences. Création d’une affiche collective « La journée de Petite Crevette ». Il pourrait être intéressant de coller une photo des élèves en activité en regard de certaines images, afin de créer une affiche collective, mais cela suppose d’avoir eu le temps de prendre les élèves en photo dans leurs différentes activités, et d’avoir les autorisations nécessaires.
  5. Conclusion de la séance en langage oral en demandant aux élèves d’utiliser le vocabulaire adéquat : pareil, semblable, différent.

Matériel :

Remarque : en cas de CP/CE1 ou de CP/CE2, on pourra demander aux élèves plus âgés de légender les images, ce qui constitue une différenciation naturelle et simple à mettre en place, en plus d’une bonne activité de production d’écrits.

Objectif : Cette séance aura pour objectif de mettre l’accent sur le lexique, en faisant travailler le lexique des objets, et en particulier du matériel scolaire, de façon plus originale que ce qui est fait habituellement, puisqu’on pourra comparer le matériel scolaire à l’école de la mer et le matériel scolaire réel.

Déroulement :

  1. Relire les passages où Petite Crevette est en classe. Projeter les images correspondantes et les faire décrire aux élèves. Répéter et faire répéter plusieurs fois le vocabulaire nouveau.
  2. Faire évoquer oralement le nom des objets réels que nous utilisons en classe en lieu et place des objets qu’utilise Petite Crevette à l’école de la mer.
  3. Passage à l’écrit : remplir un tableau à double entrée permettant de comparer le matériel dans les deux écoles. Les élèves dessinent (s’il y a des enfants de CE1 ou CE2 dans la classe, ils pourront écrire).
  4. Mise en commun et rappel du vocabulaire important. Possibilité de création d’un affichage collectif s’il y a du papier affiche à disposition dans la classe.

Matériel :

Objectifs : Cette séance aura pour objectif de mettre l’accent sur ce que les didacticiens nomment le « nourrissage culturel », à savoir l’apport des éléments culturels qui permettent de mieux comprendre l’album. Cette dimension, trop souvent négligée, permet de fournir une culture commune. Ici, on mettra l’accent sur le monde sous-marin, sa faune et sa flore, en lien à la fois avec les sciences et avec l’éducation au développement durable : c’est en connaissant le monde qui nous entoure qu’on comprend la nécessité de le protéger.

Déroulement :

  1. Faire rappeler l’histoire par les élèves, avec comme supports l’emploi du temps créé lors de la séance 3 et l’affiche des outils scolaires créée lors de la séance 4. « Est-ce qu’on a oublié quelque chose ? » Les élèves s’entraident pour compléter.
  2. Projeter l’image qui montre les différents animaux dans leur décor. Faire nommer les différents animaux (d’après les séances précédentes). Apporter un fait nouveau : le corail n’est pas une plante, pas une algue, mais un animal, ou, plus exactement, un ensemble de très petits animaux collés les uns aux autres. Préciser également que la baleine n’est pas un poisson : elle respire de l’air.
  3. Faire classer les animaux en catégories, en affinant peu à peu : les poissons et les non-poissons, puis parmi cette dernière catégorie, identifier les mollusques (pieuvre, seiche), les crustacés (Petite Crevette, Bernard l’ermite), les coquillages. C’est à la fois un travail de vocabulaire (catégorisation) et de sciences. Ce travail pourra être fait collectivement avec des flashcards aimantées au tableau. On utilisera pour cela des photos réelles et non plus les illustrations de l’album.
  4. Montrer aux élèves des coquillages (des vrais coquillages) et leur demander de les classer par rapport à leur forme. Les élèves devraient d’eux-mêmes identifier des formes qu’il ne restera plus qu’à nommer : les gastéropodes (en forme d’escargot) et les bivalves (qui ont deux parties).
  5. Trace écrite individuelle : Faire dessiner les deux types de coquillages (schéma d’observation).
  6. S’il reste du temps, on pourra montrer un petit extrait de documentaire sur les océans et leurs habitants.

Matériel :

Remarque : on n’attendra pas des élèves qu’ils soient capables de produire une classification aussi poussée que celle proposée. L’enseignant sera libre du niveau de détail qu’il veut apporter à ses élèves. Je précise que tout cela, je l’ai moi-même appris en CP quand j’étais dans la classe de mon père 😉

► Penser à apporter des coquillages de différentes sortes.

Objectif : Les formateurs d’enseignants notent de plus en plus fréquemment que les implicites ne sont pas toujours explicités. Cette séance va permettre aux élèves de formuler des hypothèses et de comprendre la signification réelle de certains sous-entendus.

« Petite Crevette est un peu intimidée. » Pourquoi ? → Elle va vivre quelque chose de nouveau : l’entrée dans une nouvelle école. Qu’est-ce qu’être timide ? Est-ce que toi aussi, tu es timide ? Laisser parler les élèves.

« Il a une tête un peu bizarre. » Pourquoi dit-on cela ? → Parce que c’est un requin marteau. Sa tête a une forme de marteau.

« Petite Crevette aime jongler avec des galets, c’est facile pour elle. » Pourquoi dit-on que c’est facile pour elle ? → Parce qu’elle a de nombreuses pattes qui rendent plus facile l’exercice de la jonglerie.

« Madame Méduse […] est gentille mais elle peut être piquante. » → Il faut ici faire émerger le fait que les méduses sont urticantes. On pourra laisser parler les élèves qui auront sûrement plein de récits de brûlures à raconter.

On en profitera pour vérifier que les enfants connaissent bien les instruments de musique évoqués.

« Petite Crevette est bien fatiguée. » Pourquoi est-elle fatiguée ? → Elle a eu une grosse journée, pleine de nouveautés.

Objectif : Revenir sur l’ensemble de la séquence, en privilégiant le langage oral, la prise de parole entre pairs puis devant la classe. C’est déjà une première forme d’évaluation.

  • S’entraîner à raconter l’histoire, par petits groupes (5 à 6 élèves), avec la technique du « tour de table ». → Langage oral entre pairs. Réutilisation des supports construits lors des phases précédentes. Chaque groupe pourra créer une affiche pour l’aider à raconter l’histoire.
  • Demander à des élèves volontaires de raconter toute l’histoire au tableau. La classe apporte des précisions à l’issue de l’intervention orale.
  • Demander à des petits parleurs de faire de même. Ils se sentiront aidés par le fait qu’ils peuvent s’inspirer de ce qui a déjà été dit. C’est une forme de différenciation qui ne dit pas son nom.
  • Questions d’élargissement personnelles : quel est ton personnage préféré ? Aimerais-tu vivre au fond de la mer ? Que voudrais-tu apprendre à l’école ?
  • Évaluation individuelle : support conçu pour des élèves qui ne savent pas encore écrire. Deux pages A4, à imprimer au format A3.

Prolongements possibles avec mes autres histoires de Petite Crevette, mais aussi d’autres histoires qui se passent sous la mer, dont La Petite Sirène.

Apprendre en maternelle avec « Petite Crevette »

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La rentrée de Petite Crevette

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4 commentaires sur « Petite Crevette reprend du service »

  1. J’ai reçu un super retour d’une collègue, alors le voici :

    Bonjour Gabriel, je voulais vous faire un retour sur votre travail. J’ai étudié Petite crevette ce mois-ci avec mes GS/CP et ils ont adoré ! Les personnages ont eu beaucoup de succès, en particulier Monsieur Baudroie ! Votre histoire a été un point d’ancrage pour aborder l’environnement marin et je continue ce projet le mois prochain avec l’étude de l’album « la maison de Bernard l’hermite » d’Eric Carle et d’albums documentaires pour étayer le vocabulaire. merci beaucoup pour votre partage !

    Aimé par 1 personne

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