J’apprends avec tristesse la nouvelle du décés de Jean-Pierre Verheggen à l’âge de 81 ans, le 8 novembre. Le poète belge, connu pour son amour de la langue française, pour sa capacité à jouer avec les mots, pour sa pratique joyeuse du calembour, s’est distingué, tout au long de sa vie poétique, par son humour truculent.
Il était venu à Nice, dans le cadre du festival Poët Poët, en 2017. Je conserve en particulier un fort souvenir d’une lecture poétique qui a eu lieu dans les locaux du CTEL le vendredi 3 mars 2017.
Compagnon de la revue TXT aux côtés de Christian Prigent et de Bernard Heidsieck, Jean-Pierre Verheggen a pris part aux avant-gardes textualistes des années 1970. Ce « langueur » était attentif au son, à la matérialité de la langue, qu’il pouvait tordre dans tous les sens, non pour la maltraiter, mais pour qu’elle révèle toutes ses possibilités.
Hantée par la mort, sa poésie cherchait à revitaliser la langue, à lui insuffler un nouveau souffle de vie, à lutter contre les tournures toutes faites et les expressions consacrées. Sa langue anarchiste utilise des « gros mots sapiens », contre un « bobo usage » de la langue française. Il s’en prend aux académismes, aux conceptions guindées de la poésie, au Beau majuscule, revendiquant au contraire une poésie authentiquement populaire.
On peut le rapprocher de poètes tels que Christian Prigent, Valère Novarina, Christian Dotremont, Antonin Artaud, Henri Michaux, ou même de la provocation zutiste d’un Rimbaud et de la jubilation d’un Rabelais.
Verheggen affectionnait le détournement d’aphorisme. Cette pratique consiste à prendre un dicton connu et à le déformer de façon humoristique. Il pratiquait également la fausse traduction de citation latine, dans la lignée d’un Pierre Desproges. Il se moquait aussi de la langue de bois journalistique, avec ses néologismes pompeux et ses euphémismes excessifs. Vous trouverez quelques exemples des bons mots qu’il affectionnait dans mon précédent article.
Je me souviens donc avoir beaucoup ri et souri en écoutant le discours de Jean-Pierre Verheggen à l’Université, et je conserverai un excellent souvenir de sa venue à Nice.
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