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Michèle Finck est assurément l’une des grandes voix de la poésie française d’aujourd’hui, et le soixante-neuvième numéro de la revue Nu(e) n’est qu’une manière parmi d’autres, mais fort éloquente, de s’en rendre compte. Dans ce très beau dossier coordonné par Patrick Née, on trouvera en effet un entretien passionnant, des poèmes inédits, des témoignages touchants, mais aussi de nombreuses études critiques sur des aspects essentiels de son œuvre comme le rapport à la musique et à la dimension sonore en général, le lien entre lyrisme, élégie et mythe, les échos avec d’autres arts.

Qui est Michèle Finck ?

Née à Mulhouse en 1960, Michèle Finck est professeure de littérature comparée à l’Université de Strasbourg, après de brillantes études à l’ENS de Paris et à la Sorbonne. Spécialiste de la poésie d’Yves Bonnefoy, auquel elle a consacré sa thèse, elle s’intéresse beaucoup aux rapports entre poésie, musique et arts visuels. Elle est l’autrice de nombreux recueils de poésie, qui m’ont passionné par l’intensité de leur écriture, depuis L’Ouïe éblouie (Voix d’encre, 2007), jusqu’à L’arrière-silence (Arfuyen, 2026). L’amour, la mort, la folie sont les thèmes à la fois très intimes et très universels qui parcourent son œuvre. J’ai moi-même écrit un article universitaire sur Michèle Finck, et j’en prépare un autre, si bien que je suis très heureux de pouvoir me replonger dans ce beau numéro que la revue Nu(e) a consacré à Michèle Finck.

Au sommaire de ce numéro

L’entretien avec Patrick Née

Le numéro de Nu(e) s’ouvre avec un entretien très riche de Michèle Finck avec Patrick Née, professeur émérite de littérature française à l’Université de Poitiers. La poétesse revient sur l’évolution de son œuvre poétique, depuis L’Ouïe éblouie jusqu’à Connaissance par les larmes, en passant par Balbuciendo et La Troisième Main. Elle explique comment trois expériences douloureuses — la séparation d’avec son compagnon, la mort de son père et la maladie — ont profondément transformé son écriture, faisant de la poésie une nécessité vitale, une véritable question de vie ou de mort.

L’entretien explore particulièrement les rapports entre la poésie et la musique, essentiels chez cette ancienne pianiste, à travers l’étude des sonorités, du rythme, de la prédilection pour les vers impairs, des coupes, des blancs typographiques et des ellipses syntaxiques, qui traduisent jusque dans la forme la fragilité de l’existence humaine. Sont également abordés les rapports entre poésie et autobiographie, la place du silence, l’alternance du vers et de la prose, ainsi que le dialogue constant de son œuvre avec les autres arts, notamment la peinture et le cinéma. Les larmes, véritables instruments de connaissance, l’empathie et la compassion permettent de transformer la souffrance individuelle en expérience universelle. L’évocation de la folie, la réécriture du mythe d’Orphée, la déconstruction des illusions amoureuses et la transformation du désir en compassion éclairent cette entreprise de sublimation. Au fil de l’échange se dessine ainsi une conception exigeante de la poésie : une écriture indissociable de l’expérience vécue, qui cherche, par le travail de la langue et l’écoute de l’inconnu, à dépasser les limites de l’autobiographie pour atteindre une vérité plus profonde de la condition humaine.

Poèmes et témoignages

Les poèmes inédits qui suivent, Cris-femmes, en vers libres, à l’écriture hachée, et même haletante, traduisent sous la forme du cri cette condition humaine, vécue à travers des destinées féminines, une histoire familiale, mais aussi des références érudites, à travers l’évocation d’œuvres musicales, cinématographiques et plastiques, de Billie Holiday à Alban Berg, de Julio González à Michelangelo Antonioni. La dimension personnelle, et même intime, de ces poèmes, est ainsi d’emblée sublimée par une dimension universelle.

Suivent trois lettres adressées à Michèle Finck à propos de Balbuciendo. Yves Bonnefoy, Claude Vigée et Bernard Noël saluent tous trois une œuvre d’une intensité exceptionnelle, profondément enracinée dans l’expérience vécue, où la douleur, le deuil et la souffrance se transforment en une parole poétique d’une rare authenticité. Bonnefoy souligne le courage, la franchise et la capacité d’amour d’une écriture qui affronte l’insoutenable tout en faisant surgir la lumière de l’obscurité. Claude Vigée insiste sur la compassion qui naît de cette souffrance et sur la poésie comme ultime recours face au néant, sans pour autant constituer une consolation véritable. Bernard Noël s’attache davantage à la singularité formelle du recueil : violence des images, matérialité corporelle du langage, rythmes brisés, ellipses et dépouillement syntaxique renouvellent profondément l’expression des sentiments.

À la suite des articles critiques (voir ci-dessous), trois autres lettres rendent hommage à d’autres recueils de Michèle Finck : il s’agit cette fois-ci de Yves Bonnefoy, Jean-Pierre Richard et Salah Stétié. Yves Bonnefoy souligne la capacité de la poète à traduire l’expérience musicale en langage, jusqu’à offrir au lecteur de nouvelles clés d’écoute des œuvres. Jean-Pierre Richard insiste sur l’originalité de textes qui échappent aux catégories génériques traditionnelles, circulant librement entre les langues, les sensations et les rêveries, et parvenant à soulever la tragédie par le chant. Salah Stétié reconnaît quant à lui dans Connaissance par les larmes une poésie « torturée et mystique », où la souffrance intime rejoint celle de l’humanité entière.

Dans ce numéro, Pierre Dhainaut, Laurence Breysse-Chanet, Jean-Yves Masson, Patrick Quillier et Gualtiero Dazzi rendent également hommage à la poétesse par leurs poèmes et leurs textes personnels.

articles critiques

Quant aux articles critiques, ils sont au nombre de dix-huit, portant sur les multiples dimensions de l’œuvre poétique de Michèle Finck : les rapports entre poésie et musique, le travail du son, du rythme et de l’écoute, l’évolution de son écriture depuis L’Ouïe éblouie jusqu’à Connaissance par les larmes, mais aussi les questions du lyrisme élégiaque, de la réécriture du mythe d’Orphée, du plurilinguisme et des échanges entre langues et cultures. Plusieurs contributions explorent ainsi les relations que sa poésie entretient avec les autres arts, notamment la peinture, la sculpture et le cinéma. L’ensemble dessine en somme une œuvre profondément singulière, située au croisement de l’expérience intime, de la recherche formelle et du dialogue entre les arts, où la douleur, le silence, l’écoute et la compassion deviennent les voies privilégiées d’une interrogation sur la condition humaine.

Lire le numéro 69 de la revue NU(e)

Voici, donc, le texte intégral de ce numéro de 409 pages.


La revue NU(e) en deux mots

La revue NU(e) est une revue de poésie contemporaine créée en 1994 par Béatrice Bonhomme et Hervé Bosio. Elle a consacré de très nombreux numéros à de grands poètes contemporains, avec une ligne éditoriale tout à la fois exigeante et élégante qui la distingue de nombreuses autres revues de poésie. Chaque numéro débute ainsi par un entretien approfondi avec un poète, suivi de poèmes souvent inédits, d’un dialogue avec des plasticiens (peintres, photographes, …) et de travaux critiques de niveau universitaire. La revue est d’abord parue au format papier, sous de belles couvertures monochromes dessinées par la plasticienne Sonia Guérin, puis a poursuivi son aventure en version numérique, hébergée d’abord par Poezibao (avec un z) puis sur Poesibao (avec un s) grâce à l’accueil de Florence Trocmé. Le site LittPO.fr est heureux d’accueillir les numéros devenus indisponibles suite à la fermeture de la plate-forme Typepad qui hébergeait Poezibao.


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