Pouah ça pue !

Pouah ça pue ! Ça sent pas bon tout ça. Ça tourne mal. C’est pourri. C’est vicié. C’est périmé. C’est moisi. Ça cocote. Y’a quelques chose, dedans, qui va pas. Y’a quelque chose, à l’intérieur, de malsain. Ça gangrène ! C’est nécrosé. Ça suppure, ça suinte, ça bave. Cela se propage, insidieusement, lentement, discrètement. Ça avance, comme ça, l’air de rien, à petits pas sournois, sans bruit, sans cris, sans heurts, sans fard, sans emphase, sans prévenir. Ça répand le rance. Ça rampe, ça glisse, ça coule, remplissant les interstices, les recoins, les replis, les angles morts. Ça contamine, ça diffuse, dans les pores. Par capillarité. Ça s’insinue. Ça se voit. Ça s’étale bien en évidence. Ça jouit, ça jubile, ça s’enorgueillit. C’est là, devant nos yeux incrédules, qu’a lieu la propagation, l’incubation, la dissémination, la contamination, la transmission, l’infiltration, la dispersion. Ça remplit, ça déborde, ça se déverse. Il y a, çà et là, des barrages qui cèdent, des digues qui sautent, des ponts qui pètent, des réservoirs qui saturent. On approche du point critique, du seuil d’alerte, de la bascule. C’est de plus en plus tendu. C’est en surchauffe. On approche de la saturation. Y’a des voyants rouges qui clignotent de partout dans le vacarme des sirènes. Ça devient hors de contrôle. Sur le tableau de bord, les commandes ne répondent plus. Les pare-feu sautent les uns après les autres. Les barrières rompent. On n’arrive plus à endiguer, à circonscrire, à juguler. On voit venir la fin, la grande explosion. On y assiste, impuissants, en spectateurs, médusés, sidérés, abasourdis. On voit venir le mur contre lequel on va s’écraser. Pouah ça pue !


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