En cet été de canicule, j’ai eu envie de partager avec vous ce poème paru dans Le Soleil en août 1911. Cette année-là, l’épisode caniculaire a également été particulièrement intense, provoquant 40 000 morts. Le site Retronews, émanation de la Bibliothèque Nationale de France, a exhumé ce poème en même temps que d’autres articles de presse parus il y a 107 ans.
Dans la gare éventrée comme une ruine, où le temps respire aussi mal que les foules, il attend, les yeux rivés au ciel, toujours sur le point de partir, toujours persécuté, sans coquille et sans temple. Emprisonné dans le dessin des choses, il regarde ces fils d’acier tissés entre lui et le ciel par l’araignée industrielle. Las de palper le vent pour retrouver l’espace, il est là, avec ceux qui regardent, à cause de tout ce qui est et qui jamais ne nous regarde. Trains en rafales. Le jour debout. La ville entrelardée de cris. Murailles au petit jour vers Paris hérissé de tours, de clochers et de gares. Soleil éparpillé aux quatre coins du ciel.
Baudelaire ouvre son recueil du Spleen de Paris, également intitulé Petits poèmes en prose, par un bref poème en forme de dialogue qui pose la singularité du poète, irrémédiablement étranger à toutes les conventions sociales, tout en montrant son appétit pour l’idéal, incarné par les formes vaporeuses des nuages.
Yves Bonnefoy au Collège de France en 2004 (Joumana Haddad, Wikipédia, libre de réutilisation)
« Nous mettons nos pieds nus dans l’eau du rêve, Elle est tiède, on ne sait si c’est l’éveil Ou si la foudre lente et calme du sommeil Trace déjà ses signes dans des branches Qu’une inquiétude agite, puis c’est trop sombre Pour qu’on y reconnaisse des figures Que ces arbres s’écartent, devant nos pas. Nous avançons, l’eau monte à nos chevilles, Ô rêve de la nuit, prends celui du jour Dans tes deux mains aimantes, tourne vers toi Son front, ses yeux, obtiens avec douceur Que son regard se fonde au tien, plus sage, Pour un savoir que ne déchire plus La querelle du monde et de l’espérance, Et qu’unité prenne et garde la vie Dans la quiétude de l’écume, où se reflète, Soit beauté, à nouveau, soit vérité, les mêmes Étoiles qui s’accroissent dans le sommeil.
Yves Bonnefoy. Cité d’après le site « L’arbre à lettres ».
Plus je découvre la poésie contemporaine, plus je me rends compte que je ne connais que la partie émergée de l’iceberg. Cela n’a rien d’étonnant, au vu des centaines de recueils qui paraissent chaque année, dans l’indifférence presque générale. Par chance, les réseaux sociaux permettent de donner de l’écho à des poèmes qui, sans cela, seraient voués à n’être lus que par une poignée de spécialistes. Bref, j’ai lu aujourd’hui sur Facebook un poème d’Emmanuel Godo, extrait d’un recueil intitulé Je n’ai jamais voyagé, récemment paru aux éditions Gallimard.
Un poème sur l’amour d’une mère, rien de mieux en ce jour de fête des mères ! Et de Victor Hugo !
Le poète, dramaturge et romancier Victor Hugo
« Je vous dirai peut-être quelque jour
Quel lait pur, que de soins, que de vœux, que d’amour,
Prodigués pour ma vie en naissant condamnée,
M’ont fait deux fois l’enfant de ma mère obstinée ;
Ange, qui sur trois fils attachés à ses pas,
Épandait son amour et ne mesurait pas!
O l’amour d’une mère ! amour que nul n’oublie !
Pain merveilleux qu’un Dieu partage et multiplie
Table toujours servie au paternel foyer !
Chacun en a sa part, et tous l’ont tout entier ! »
Victor Hugo, « Ce siècle avait deux ans », Wikisource.
Quelqu’un a atterri ce matin sur ce blog en ayant tapé dans son moteur de recherches cette belle phrase de Tristan Tzara, qui fera l’objet de notre réflexion du jour : « La poésie n’est pas uniquement un produit écrit, une succession d’images et de sons, mais une manière de vivre. »
Un monde plus vrai, de dix tons plus brillant Que le monde Plus tiède, chaud, confiant et nourrissant Dans l’espérance, que le sein très lourd de la vierge Et non touché par le soleil ! Ainsi mon monde Est mon chant ô cher cœur. Ainsi le nourrissant Mamelon silencieux m’aime et me contemple Et disparaissent […]
MES STATUES PAR HENRI MICHAUX J’ai mes statues. Les siècles me les ont léguées : les siècles de mon attente, les siècles de mes découragements, les siècles de mon indéfinie, de mon inétouffable espérance les ont faites. Et maintenant elles sont là. Comme d’antiques débris, point ne sais-je toujours le sens de leur représentation. […]
« Toute la masse d’arôme de ces fleurs pour rendre sereine la nuit qui tombe sur nos larmes. »
René Char, Feuillets d’Hypnos.
Jean-Michel Maulpoix :
« Il reste tout là-haut de vieilles neiges perchées que l’on dit éternelles. Elles font briller les sommets de la montagne comme des pâtisseries recouvertes de sucre glace. Tard, elles restent allumées le soir, quand la vallée est déjà plongée depuis longtemps dans la pénombre. Il se pourrait qu’y veille un dieu chagrin et insomniaque dont cette lueur blanche éclaire le grimoire en qui il va chercher l’oubli des laideurs d’en bas. »
Jean-Michel Maulpoix, Pas sur la neige,
Paris, Mercure de France, 2004, p. 96.
bonheur d’être
se reposer en paix
dans un transport en commun
Daniel Biga, Le sentier qui serpente, Tarabuste, 2015, p. 13.
« Je ne suis qu’un frimeur en prose. »
Yves Charnet, Nu(e) n° 40, 2009, p. 12.
« La pluie bat l’odeur de la terre
Et enfle son poison rouillé
De feuille morte
Un peu gluante
Abandonnée. »
Béatrice Bonhomme, La Maison abandonnée, Melis, Colomars, 2006, p. 51.
« La poésie n’est pas une essence. Elle est peut-être ce qui relie l’énergie de l’âme à l’énergie de la langue. »
Jean-Baptiste Para et André Velter,
« L’ardeur du poème », Europe, n°875, mars 2002, p. 6
Si vous aimez l’humour ironique et moqueur, vous aimerez Jean Richepin ! Un exemple extrait de Les oiseaux de passage, L’Amourier, Coaraze, 1996. Il s’agit bien entendu d’une réédition posthume, le poème date de la fin du XIXe siècle.
Chanson des cloches de baptême
Philistins, épiciers,
Alors que vous caressiez
Vos femmes,
Vos femmes,