« L’herbe coupée
Recouvre la terre
De son compost
En dessous déjà
Naît la reverdie. »
Béatrice Bonhomme, La Maison abandonnée,
Melis, 2006, p. 19.
« Regarder la mer la mort dans le dos n’est donc pas céder à la mélancolie. J’ai le désir d’une écriture qui tire au clair : qui clarifie et qui conduise du côté de la clarté. Ni obscure, ni obscurantiste. Qui parle avec simplicité. Et trace des lignes claires de signes sombres. »
Jean-Michel Maulpoix, Le voyageur à son retour, Le Passeur, 2016, p. 79.
« Aux lecteurs
Je vous écris de près
entre votre malheur et votre peau
Entre
j’essaie de mettre un tournesol
Je n’ose pas
employer de grands mots en voyage magnétique
des mots orgueilleux d’être
pour affréter les invisibles continents
Vous
moi
c’est ovation timide vers le monde. »
Marie-Claire Bancquart, « Aux lecteurs »,
dans Partition, Paris, Belfond, 1981, p. 105.
« Comme font sous le vent
Les grandes graminées. »
Eugène Guillevic, Sphère suivi de Carnac,
Paris, Gallimard, coll. « Poésie », 1961-1963, DL 2007,
p. 127.
« le soleil du printemps
n’est pas à l’heure
d’été »
Daniel Biga, Le sentier qui serpente, Tarabuste, 2015.
« Le poème est toujours marié à quelqu’un. »
René Char, Fureur et mystère,
dans Œuvres complètes, Paris, Gallimard, 1983, rééd. 2004,
coll. « Bibliothèque de la Pléiade », p. 158.
« Un arbre, c’est de la terre qui s’élève, se ramifie et s’épanouit vers le bleu. C’est une conversation de feuillages et de fruits entre le soleil et la mort. C’est encore une échelle où s’ajustent nos proportions et nos climats.
Le début et la fin de l’herbe sont incertains. »
Jean-Michel Maulpoix, Pas sur la neige,
Paris, Mercure de France, 2004, p. 109.
« Air, arbres, corps et mer,
cordes, cuivres et vents,
par nos mains et nos bouches,
la source sans racine
ni nom, ni lieu, ni toit,
compose la musique »
Lorand Gaspar, Patmos et autres poèmes,
Paris, Gallimard, coll. « Poésie », 2001-2004, p. 103
Jour de neige, par Alpha du Centaure, flickr, libre de réutilisation
« [L’expérience poétique est] analogue à celle de marcher dans la neige où chaque pas crisse, inaugural. Ainsi la parole poétique, dans ses meilleurs moments, est-elle fraîche, neuve, non parce qu’elle userait d’un vocabulaire, d’une syntaxe particulièrement originaux, mais parce qu’elle s’applique à une réalité vierge, encore innommée. En marchant dans la neige, on prend mieux conscience du sol qui précède nos pas. »
Jean-Pierre Lemaire, Marcher dans la neige, Un parcours en poésie, Montrouge, Bayard, coll. « Christus », 2008, p. 17.
« [La littérature française contemporaine] fait preuve d’une prodigieuse vitalité : loin de suivre un cours tranquille sur des voies balisées, elle invente des formes […]. Elle se saisit à bras le corps de questions décisives pour notre temps : l’être social, l’inscription dans l’Histoire, la confrontation au réel, la méfiance envers les discours, l’usage du quotidien, le renouvellement des formes de l’engagement… Les genres sont vivifiés : la pulsion narrative se réaffirme, la poésie se refonde dans le lyrisme, le théâtre refait l’expérience conjointe du texte et du corps. […] [N]otre littérature a connu en un quart de siècle l’un de ses plus prodigieux renouvellements, comme peu de périodes dans l’histoire littéraire en donnent exemple […]. »
Dominique Viart, Bruno Vercier, La littérature française au présent,
2e édition augmentée, Paris, Bordas, 2008, p. 525-526.
« Femme, femme, au secours
Contre le souvenir
Enrôleur de la mer.
Mets près de moi
Ton corps qui donne. »
Eugène Guillevic, Carnac,
dans Sphère suivi de Carnac, Poésie/Gallimard,
1977, rééd. 2007, p. 199.
Estampes
« entre pierraille et souverain soleil
toute eau bue
toute plainte tue
depuis l’aube
le temps
demeure ce pays :
plaie ouverte sur l’Afrique »
Abdouharam Waberi, « Estampes »,
dans La poésie africaine, Album Dada, Mango Jeunesse, 2005.
Paul Valéry, « La fileuse », Album de vers anciens, 1920,
source : Wikisource.
« Il m’est étrange d’observer comment au fil de ce voyage j’aurai peu à peu assisté au retour de ma langue. Une couture de fils noirs dont il se pourrait bien qu’elle ait pour objet de repriser l’absence, aussi bien que de nouer l’étrange au familier. Je me suis tissé dans ces pages un léger costume de voyageur sur le retour… »
Jean-Michel Maulpoix, Le Voyageur à son retour, Le Passeur, février 2015.
En buvant
» […] Je cueille des chrysanthèmes sous la haie de l’est,
Je contemple paisiblement la Montagne du Sud.
Le soir, l’air des cimes est doux,
Un à un les oiseaux y retournent.
Là est la vie véritable,
Ineffable. »
Extrait de « En buvant », par Tao Yuanming,
d’après La poésie chinoise, Mango Jeunesse, 2000.
Griffonnages d’enfant
« Mon péché
— et qui de nous fut sans péché —
j’ai continué de croire au bleu du ciel
de voir les arbres, les étoiles, les nuages comme des amis […] »
Nizar Kabbani, « Griffonnages d’enfant », Femmes, Arfuyen, trad. Vénus Koury-Ghata,
cité d’après Farouk Mardam-Bey, Rachid Koraïchi, Abdallah Akkar, La Poésie arabe,
Petite anthologie, Mango Jeunesse, Album Dada, 1999.
« La poésie n’est pas une solution.
Aucune solution n’est une poésie. »
Serge Pey, Nous sommes cernés par les cibles,
CD audio, Éditions du Tilleul / Labeluz, 2002.
Voir ici la vidéo d’une performance de Serge Pey à La Gaude.
« Ah ! quel beau matin, que ce matin des étrennes !
Chacun, pendant la nuit, avait rêvé des siennes »
Arthur Rimbaud, « Les étrennes des orphelins », Poésies (1870),
d’après l’édition Vanier, 1895.
Voir sur Wikisource le texte complet.
Berceuse pour chaque jour
jusqu’au dernier
« Nombreuses fois, nombre de fois,
L’homme s’endort, son corps l’éveille ;
Puis une fois, rien qu’une fois,
L’homme s’endort et perd son corps. »
René Char, La bibliothèque est en feu et autres poèmes,
dans Œuvres complètes, Paris, Gallimard, Bibl. de la Pléiade, 1983-2004, p. 387.
« Un écrivain est un homme que sa révolte même doit conduire à acquiescer à la condition terrestre. »
Jean-Michel Maulpoix, « De la responsabilité du poète », Le Nouveau Recueil, n°67, juin-août 2003, éd. Champ Vallon, Seyssel, p. 55.