Le porte-monnaie des poètes

La poésie se vend peu : 1% du chiffre d’affaires des ventes de librairie, selon Télérama. Les tirages sont souvent faibles, et les droits d’auteur symboliques. Alors, de quoi vivent les poètes? Passons leur porte-monnaie à la loupe…

Les ventes de livres

On dit parfois qu’un auteur touche 10 % du prix de vente d’un livre. Je ne sais si ce chiffre est exact, mais il me semble bien que c’est de cet ordre-là. Donc, sur un livre vendu 10 €, il gagne 1 €. On considère souvent que, réussir à vendre plusieurs centaines d’exemplaires en un an, c’est déjà un succès de librairie. Donc un livre de poésie rapporte quelques centaines d’euros par an, au grand maximum.

En supprimant de nombreux intermédiaires, l’auto-édition permet d’augmenter sensiblement la part qui revient à l’auteur, mais le revers de la médaille est que l’auteur doit se débrouiller pour la diffusion, la promotion et la vente de son ouvrage, et qu’il ne bénéficie pas de la caution apportée par l’éditeur.

Le poète doit donc trouver d’autres sources de revenus.

Les métiers « alimentaires »

De nombreux auteurs font le choix de travailler dans un autre emploi qui constitue leur réelle source de revenus. C’est le choix le plus stable, le plus sécurisant financièrement, mais aussi le plus chronophage, puisqu’un travail à temps plein ne laisse que peu de temps à l’imagination, à l’écriture et à la promotion d’ouvrages. Écrire suppose d’être à l’écoute du réel, ce qui n’est pas toujours compatible avec une activité professionnelle autre. En outre, les valeurs portées par le monde du travail sont parfois éloignées de celles de la poésie.

Aussi de nombreux poètes attendent-ils l’âge de la retraite pour réellement déployer leur poésie, ce qui a une influence sur la perception de la poésie par le public (un truc de vieux !). Ce n’est pas une boutade : il suffit de se rendre à des soirées poétiques pour se rendre compte que la proportion de personnes relativement âgées est importante.

De nombreux poètes choisissent malgré tout des métiers compatibles avec leur passion, comme l’art, l’enseignement, la recherche universitaire, la culture, la conservation de bibliothèques ou de musées, le journalisme…

Les métiers artistiques

De nombreux poètes sont des artistes polyvalents, et sont aussi, selon le cas, romanciers, musiciens, chanteurs, comédiens, danseurs, plasticiens… Ils ont ainsi le bonheur de ne vivre que d’art, mais la poésie ne constitue qu’une partie de cet art. Leur deuxième art est souvent plus rémunérateur. Il leur permet parfois de profiter du statut d’intermittent du spectacle. L’écriture poétique vient ainsi se loger dans les périodes d’intermittence de l’autre art.

Les ateliers d’écriture, les interventions scolaires…

Il est également possible d’intervenir en tant que poète pour donner des ateliers d’écriture. Parfois, le poète est aussi invité auprès d’élèves ou d’étudiants pour présenter son travail, répondre aux questions des élèves, etc. Il peut aussi se faire rémunérer pour ce genre d’interventions.

Il est alors souvent mandaté par une association, une institution, une collectivité qui le finance. Le poète peut intervenir en milieu scolaire, carcéral, hospitalier… Ces interventions sont un à-côté de l’écriture poétique, mais le poète intervient bien en tant que poète. Cela permet à un poète, en multipliant ce genre d’interventions, de vivre de son art. Précairement, certes.

Les performances artistiques

Les poètes peuvent aussi être rémunérés pour des performances publiques. Ils ne se contentent alors pas seulement d’écrire et de publier des poèmes : leur travail a une composante spectaculaire.

Ce n’est pas le cas de tous les poètes. Certains poètes sont de purs écrivains, d’autres sont des poètes-performeurs. Les poètes capables de produire des performances peuvent faire des spectacles dans des théâtres, intervenir plus facilement dans des festivals, grâce à cette dimension spectaculaire.

Leur poésie s’exprime alors autant hors le livre que dans le livre imprimé. Ils peuvent avoir un cachet d’artiste, et se faire rémunérer leur performance exactement comme le ferait un comédien, un musicien, un danseur, un acrobate, etc.

Les résidences d’écriture

Certains lieux culturels, certaines institutions proposent en outre des résidences d’écriture, offrant aux écrivains un cadre propice à la créativité. Pendant quelques mois, l’écrivain, le poète est rémunéré, souvent aussi logé et nourri, de façon à ce qu’il n’ait rien d’autre à faire que de pouvoir se consacrer pleinement à son art. Ces résidences permettent non seulement de s’immerger dans un environnement inspirant, mais également de rencontrer d’autres créateurs, d’échanger des idées et d’aller à la rencontre de territoires, de populations.

On n’attend de lui, en échange, que quelques interventions publiques, une restitution finale, et la mention de la résidence d’artiste dans le livre qui en découle, contribuant ainsi à valoriser l’importance de ces espaces.

Les sources de financement

Les institutions susceptibles de financer un poète ou une association invitant des poètes sont :

  • Le CNL, Centre National du Livre, qui est un établissement public dépendant du ministère de la culture
  • Les DRAC, Directions Régionales des Affaires Culturelles
  • Sofia, Société française des intérêts des auteurs, chargée de collecter et redistribuer les droits d’auteur liés au prêt en bibliothèque et à la copie privée
  • La SDGL, Société des Gens de Lettres, association qui soutient les auteurs
  • Les collectivités territoriales (régions, départements, municipalités)
  • Les lieux culturels : bibliothèques, médiathèques, centres culturels, théâtres, musées
  • Les écoles, collèges, lycées (souvent via la DRAC ou collectivité territoriale)
  • Les universités (pour des workshops, séminaires, etc.)
  • Hôpitaux, EHPAD, structures de soin (financement par DRAC, ARS ou association)
  • Festivals et événements (Marché de la poésie, Printemps des Poètes…)
  • Lieux alternatifs, scènes ouvertes, collectifs associatifs : avec souvent de faibles moyens
  • Entreprises, fondations (rare)
  • Maisons d’édition

En jonglant avec tout cela, certains poètes arrivent à ne vivre que de poésie, moyennant l’acceptation d’une relative pauvreté. Il s’agit d’une situation précaire, sans visibilité à long terme, dépendante de l’évolution des subventions, pour un revenu total souvent inférieur au SMIC. Il faut aussi être mobile, être capable de se rendre dans les différents festivals et institutions. Les poètes que je connais se déplacent beaucoup. Il y a évidemment plus de postulants que de récipiendaires des bourses et autres subventions, ce qui pose la question des moyens de subsistance de ceux qui n’en obtiennent pas. C’est évidemment un atout d’être un poète polyvalent : c’est plus facile de décrocher un contrat de musicien, de comédien, de danseur, de plasticien que de poète. Vivre de son art, quand on est poète, est difficile, surtout au début quand on n’est pas encore connu. C’est pourquoi la grande majorité des poètes ont une autre activité plus rémunératrice ou sont retraités.


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