Dans l’emploi du temps des étudiants en lettres, plusieurs heures hebdomadaires sont consacrées à la grammaire. On pourrait pourtant penser que, après le primaire et le secondaire, soit douze années du CP à la Terminale, les élèves maîtrisent suffisamment la langue française. Mais en réalité, si la grammaire scolaire et la grammaire universitaire ont beaucoup en commun, elles n’en ont pas moins des différences, de degré de difficulté, bien entendu, mais aussi, et surtout, de finalité.
Un petit événement vient d’avoir lieu dans la vie de ce blog : la barre des cent mille visiteurs uniques a été franchie. Très sincèrement, lorsqu’en février 2015 je créais ce blog, j’étais loin de m’imaginer qu’il rencontrerait un tel succès. Vos nombreuses visites sont source de motivation pour continuer à écrire. Et elles permettent de rappeler que la littérature, la poésie, la langue française, l’éducation sont des questions qui intéressent bien plus de monde qu’il ne paraît.
Je connais mal la poésie étrangère. Mes études ne me l’ont guère introduite. Pourtant, lorsque, parcourant les rayonnages de la bibliothèque municipale, je suis tombé sur le nom de Hugo von Hofmannsthal, ce nom ne m’était pas inconnu. Je l’avais rencontré à plusieurs reprises sous la plume de Jean-Michel Maulpoix, notamment comme exergue du Voyageur à son retour, ainsi que sous celle de Jean-Yves Masson, spécialiste de cet auteur. Il s’agissait d’un tout petit ouvrage, joliment composé, portant un beau titre : Un rêve de haute magie. Il n’en fallait pas davantage pour que je l’empruntasse…
On m’a plusieurs fois demandé de proposer des titres d’ouvrages à lire, qui permettraient aux lecteurs de s’instruire et de se cultiver, sans pour autant que la lecture cesse d’être un plaisir et un divertissement. Permettez-moi donc de vous rassurer d’emblée : la littérature française n’a rien d’ennuyeux ! Je commence aujourd’hui avec quelques titres. N’hésitez pas, bien entendu, à en proposer d’autres en commentaires.
« Réactionnaire, la poésie ? » C’est la question, un rien impertinente, que se pose Jean-Claude Pinson, poète, essayiste et philosophe, dans une « carte blanche » publiée dans la revue Secousse. Ce grand penseur de la poésie contemporaine livre une réflexion très stimulante, où il revient notamment sur la notion, fondamentale pour lui, de « pastorale ». Plus modestement, je voudrais ici simplement montrer en quoi cette question permet de mieux comprendre la poésie d’aujourd’hui.
Il est un livre qui a fait beaucoup parler de lui dans les salles des profs : il s’agit de Les lois naturelles de l’enfant de Céline Alvarez, paru aux éditions des Arènes en 2016. Dans cet ouvrage, l’auteur relate une expérience menée dans une école maternelle de Gennevilliers entre 2011 et 2014. Pendant trois années scolaires, Céline Alvarez a eu carte blanche pour expérimenter une autre pédagogie. Je suis tombé par hasard sur cet ouvrage à la bibliothèque, et je l’ai emprunté pour me faire ma propre opinion. Compte-rendu.
Je vous recommande d’aller sur le blog « Lire, dit-elle », pour jouer à un petit jeu fort amusant : saurez-vous reconnaître plusieurs écrivains célèbres à travers leurs portraits d’enfants ? J’en ai trouvé certains, mais pas tous…
Patrick Quillier, poète, professeur de Littérature comparée à l’Université de Nice, a récemment publié sur Facebook une « Litanie pour les morts du Bataclan ». Difficile de parler d’un tel sujet, si douloureux, encore à la mémoire de tous. Le poète livre pourtant un poème sublime, d’une très grande sincérité. C’est un magnifique hommage aux victimes des attentats : digne et sobre, élégant et pudique, solennel et chaleureux à la fois. Impossible de ne pas vous en parler.
Je vous avais annoncé la tenue d’un séminaire universitaire sur « la poésie comme entretien ». Celui-ci a eu lieu mardi et mercredi derniers, au premier étage de la bibliothèque Henri Bosco, à la faculté des lettres de Nice. Voici un compte-rendu de la deuxième journée de ce colloque, la seule à laquelle j’ai pu participer.
Un internaute a récemment atterri sur ce blog en posant à son moteur de recherche une question fort intéressante : « Pourquoi les poètes contemporains sont-ils difficiles ? » Merci beaucoup, donc, à cet inconnu, car il me fournit le sujet de cet article. Je crois que c’est en effet une question qui mérite d’être posée, et qui mérite surtout des réponses.
C’est une platitude que d’affirmer que l’Iliade et l’Odyssée sont des textes admirables. L’influence des épopées homériques sur la littérature et sur la pensée occidentale fut immense. Plus de deux mille cinq cent ans après, elles conservent un intérêt de premier plan. Que serait Joyce, le génial auteur de Ulysses, sans Homère ? Peut-on omettre, lorsqu’on s’intéresse à la poésie d’un Philippe Jaccottet, sa belle traduction de l’Odyssée ? Rappelons encore qu’une poète contemporaine comme Marie-Claire Bancquart puise abondamment dans les mythes antiques. Faire passer ces textes à des enfants est passionnant. Voici comment je m’y suis pris.
On me pose aujourd’hui la question suivante : « Quel fut le rôle d’Arthur Rimbaud dans la vie littéraire de son temps ? » Je ne suis pas spécialiste de Rimbaud, mais j’espère pouvoir apporter quelques éléments de réponse…
En ce premier jour de novembre, où nous fêtons la Toussaint, l’ironie de Verlaine nous fera peut-être du bien. Voici donc le poème intitulé « L’enterrement », souvent présenté à tort comme faisant partie des Poèmes saturniens.
« Je ne sais rien de gai comme un enterrement !
Le fossoyeur qui chante et sa pioche qui brille,
La cloche, au loin, dans l’air, lançant son svelte trille,
Le prêtre en blanc surplis, qui prie allègrement,
L’enfant de chœur avec sa voix fraîche de fille,
Et quand, au fond du trou, bien chaud, douillettement,
S’installe le cercueil, le mol éboulement
De la terre, édredon du défunt, heureux drille,
Tout cela me paraît charmant, en vérité !
Et puis, tout rondelets, sous leur frac écourté,
Les croque-morts au nez rougi par les pourboires,
Et puis les beaux discours concis, mais pleins de sens,
Et puis, cœurs élargis, fronts où flotte une gloire,
Les héritiers resplendissants ! »
Et nos premières paroles seraient confuses, troublés que nous serions de nous avoir trouvés, et maladroits seraient nos premiers gestes ; nous nous dirions bonjour peut-être, sans vraiment oser nous regarder, je vous dirais mademoiselle, vous me répondriez monsieur, et cette conversation de quelques secondes nous hanterait pour le reste de la journée. Et c’est alors que, chacun de notre côté, après avoir un temps lutté pour n’y plus penser, nous chercherions à nous retrouver. Que ferions-nous ensuite ? Voilà ce que j’ignore, et qu’il faudra que j’explore avec vous. Nos conversations seront une confirmation. Je les imagine d’abord timides, puis s’enhardissant peu à peu, jusqu’à devenir un dialogue intarissable, qui se prolongerait de rires et de chants, lors de longues promenades qui s’éterniseraient jusqu’au soir. Et alors, quand les murmures du jour seraient taris, nous nous tairions à notre tour, et poursuivrions en silence. Où que nos pas nous aient menés, nous y resterions un instant, tout incrédules encore, un peu gênés, et ne sachant soudain que dire. Peut-être à ce moment que l’un de nous, incapable de supporter tant d’émotion en un jour, par une parole vite regrettée, briserait le charme, et, nous rappelant soudain à la réalité, nous prendrions congé. Rendus à notre solitude, nous revivrions alors cette journée en pensée, avec ce seul désir : nous revoir. Le souvenir habitant chaque pensée, nos sentiments naissants se fortifieraient. Nous attendrions, avec ce trouble dans le regard qu’ont les amoureux, et qui leur fait un air niais. Il y aurait sans doute alors quelque chose comme un coup de téléphone, un courrier, un prétexte pour nous retrouver. Puis viendrait l’excitation des préparatifs, l’hésitation sur la tenue à porter – ni trop simple, ni trop coquette –, la coiffure, le parfum, tous ces apprêtements pour une fois réalisés sans lassitude mais au contraire avec envie et application, dans l’attente du coup de sonnette qui signerait le moment de la rencontre. Bien évidemment, la précipitation aidant, il y aurait une maladresse, un vêtement mal boutonné, un pied ayant trébuché, ou que sais-je, et nous ririons, je vous rattraperais, vous tomberiez, enfin, dans mes bras, et ce serait le moment, jamais anticipé, du premier baiser. Vous vous en doutez, nous le ferions durer.
La question tourne actuellement sur les réseaux sociaux. Afin d’aider les nombreux élèves et étudiants chargés de composer des dissertations, j’ai décidé de publier ce rapide aide-mémoire, issu de mes propres cours quand j’enseignais en licence de lettres modernes. Je traiterai donc uniquement de la dissertation littéraire, mais de nombreuses remarques valent aussi, mutatis mutandis, pour la dissertation en histoire ou encore en philosophie.
Je vous propose aujourd’hui une petite promenade dans l’histoire des mots qui appartiennent au lexique de l’automne. J’espère que vous la trouverez à la fois divertissante et instructive !