Archives du mot-clé poésie

Poème du bord de mer

TEXTE PERSONNEL

Toujours, il s’en revient près de la mer.

C’est là, où que ses pas l’aient d’abord porté, qu’il finit par se rendre. Dans le dédale de la grande ville, elle lui est un repère. S’il aime à se perdre dans les méandres des rues, c’est qu’il la sait présente par-delà le béton et la grisaille. Elle n’est jamais très loin de ses pas. Elle lui rend supportables la ville et ses rumeurs, ses foules pressées et irascibles, ses cris et ses sirènes. Dans les moments d’incertitude, il s’en vient près d’elle chercher du réconfort. Jamais elle ne se refuse à lui ; jamais elle ne trahit sa confiance. Elle répète pour lui une mélodie douce et rassurante, dans le bercement continu du ressac où se perdent ses pensées. Il se laisse fasciner par ses teintes changeantes, par son bleu plus profond que la nuit, par ses irisations perlées d’écume dans la clarté rayonnante du jour. Il cherche à comprendre comment ses ondulations parviennent à se résoudre en une si parfaite ligne. Il a besoin de ces instants où le regard porte au loin et où il n’y a rien d’autre à faire que de contempler le vide, comme pour s’y perdre, sans vouloir y chercher quelque chose, accueillant simplement ce qui s’y trouve, heureux d’être là, suspendu entre ciel et mer, oublieux de tout, laissant derrière lui l’agitation de la ville, un peu stupide peut-être de se savoir figé devant rien, mais indifférent finalement au regard des autres, puisque seul importe désormais l’infini de la mer, pour quelques secondes encore avant de retourner à l’existence ordinaire, et la sensation d’être parfaitement à sa place, si petit pourtant, mais en accord avec celle qui se déroule et continue de se dérouler devant lui.

Gabriel GROSSI, 5 décembre 2019.

La baie des Anges depuis Antibes (photo personnelle)


« Si tu crois qu’aux enfants seuls siéent les songes je te dirai ce retour d’images brèves qui font d’une vie une éternelle saison qui nous frôle et n’en finit pas d’interroger les forêts

On lâche seulement sur le tard des mots neufs enfermés comme des copeaux légers dans des larmes avides d’épaules »

Barbara Auzou.

Ce beau poème, intitulé « Prolégomènes IV », se lit (presque) d’un seul souffle. Il est à lire sur le blog de Barbara Auzou, dont le titre très durassien est Lire, dit-elle. Allez-y voir !

« Encre d’une disparue » de Bernard Simeone

Je voudrais vous parler aujourd’hui d’un tout petit livre. Dix-sept pages seulement, c’est en effet un bien mince ouvrage. Mais la poésie n’a pas forcément besoin de beaucoup de place… Ce livre, il s’intitule Encre d’une disparue, et il a été publié par Bernard Simeone aux éditions « La Cécilia » en 1990.

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Poésie et courage: Anna Akhmatova

Poursuivant ma petite suite d’articles consacrés au courage, thème du Printemps des Poètes 2020, je voudrais vous présenter aujourd’hui Anna Akhmatova, figure majeure de la poésie de langue russe du XXe siècle.

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« Les Boxeurs de l’absurde » de Béatrice Bonhomme

Je viens de recevoir le dernier recueil de Béatrice Bonhomme. Il s’intitule Les Boxeurs de l’absurde et vient de paraître aux éditions « L’Étoile des limites », dans la collection « Parlant seul ». En attendant de pouvoir vous présenter cet ouvrage plus en détail, en voici une citation…

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Baudelaire : « Le joujou du pauvre »

Si vous aimez les Fleurs du Mal de Baudelaire, vous découvrirez avec plaisir les Petits poèmes en prose, certes différents dans leur forme même comme dans leur style, plus légers sans doute par leur forme narrative, mais non moins plaisants à lire. Aujourd’hui, je voudrais vous faire découvrir le dix-neuvième de ces poèmes en prose, à savoir, donc, « Le joujou du pauvre ».

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« À cause de la joie qui me vient de ses yeux j’ai grande peine et tendresse aussi d’aller parmi la solitude

Fleuves nuages rutabagas les visages passent le temps poudroie

Grâce au songe de lui je ne suis plus quand je suis seule seule dans la rue […] »

Valérie Rouzeau, Va où,
Le temps qu’il fait, 2002, p. 120.

« Magnitudo parvi » de Victor Hugo

Durant toute ma scolarité, secondaire comme supérieure, je n’ai que très rarement eu affaire à Victor Hugo, lequel est donc un poète que j’ai largement découvert par moi-même. Aujourd’hui, je voudrais vous présenter un très long poème des Contemplations, intitulé « Magnitudo parvi ».

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Connaissez-vous la revue « Florilège » ?

Il y a quelques jours, j’ai reçu un message de la part du poète Stephen Blanchard. Celui-ci souhaitait publier dans sa revue de poésie, Florilège, l’un des articles de mon blog, celui où je tentais de répondre à la question : « Quel est le plus grand poète français actuel ? » Il m’a ensuite adressé le numéro de septembre de cette revue, ainsi que plusieurs recueils de poésie. Afin de remercier Stephen Blanchard, je souhaite vous présenter cette revue qui en est déjà à son 176e numéro.

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« Le poète est celui qui inspire bien plus qu’il n’est inspiré »

C’est une belle citation que celle qui fournit le titre de l’article d’aujourd’hui. Elle est de Paul Éluard, dans l’Évidence poétique (1939). Je l’ai trouvée dans l’excellent site lettresclassiques.fr, que, par ailleurs, je ne peux que vous recommander. Elle fera donc la matière de ma réflexion d’aujourd’hui.

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Quand Baudelaire rencontre le Diable…

Il a plusieurs visages. Il est parfois représenté comme une bête velue, finalement plus proche de l’animal que de l’humain, une créature cornue à l’apparence terrifiante. Parfois au contraire, il apparaît comme un homme élégant, bien mis, séducteur, au regard sombre et pétillant de malice… Après tant d’autres, Dante et Goethe notamment, Baudelaire, à son tour, fait intervenir le diable dans l’un de ses poèmes en prose, intitulé « Le Joueur généreux ».

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Poètes de Nice, poètes du monde

Je suis récemment tombé sur une belle anthologie publiée par le CRDP de Nice. Le principe en est fort intéressant : on a demandé à plusieurs poètes niçois de donner à lire des poètes francophones du monde entier. C’est une belle façon de relier les aires culturelles et de montrer que la poésie peut se partager d’un bout à l’autre du monde !

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« Maélo » de Gérard Noiret

Je voudrais vous parler aujourd’hui d’un tout petit livre que j’ai récemment découvert en parcourant une boîte à livres : le nom de l’auteur m’a arrêté, car je l’avais rencontré à Cerisy à l’occasion du colloque sur Marie-Claire Bancquart. Ce petit ouvrage, sobrement intitulé Maélo, possédait un défaut de fabrication, certaines pages étant imprimées plusieurs fois alors que d’autres manquent. Je l’ai néanmoins lu avec plaisir.

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« Donnez-moi le silence, l’eau, l’espoir.
Donnez-moi le combat, le fer et les volcans.
Collez vos corps à moi ainsi que des aimants.
Accourez à ma bouche et à mes veines.
Parlez avec mes mots, parlez avec mon sang. »

Pablo Neruda, Chant général, Paris, Gallimard, coll. « Poésie », p. 51.

Poésie et idéal

« Au reste, le domaine de la poésie est illimité. Sous le monde réel, il existe un monde idéal, qui se montre resplendissant à l’œil de ceux que des méditations graves ont accoutumés à voir dans les choses plus que les choses. »

Victor HUGO (1802-1885), Préface des Odes (1822)
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Poésie, prière et précarité

Je voudrais vous parler aujourd’hui de La poésie précaire. Cet essai a été publié en 1997 par Jérôme Thélot. En s’appuyant sur le concept central de « précarité », il éclaire d’une façon originale la poésie moderne et contemporaine.

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